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Du Pain et des Roses

#MeTooGay. Sur les réseaux, la communauté LGBT brise le silence sur les violences sexuelles

Une vague de témoignages sur les violences sexuelles subies par des personnes LGBT secoue Twitter depuis le jeudi 21 janvier, visibilisant les victimes d’un sexisme dont on parle peu. Le déclencheur a été une accusation d’agression sexuelle et viol contre un membre élu du PCF à Paris.

samedi 23 janvier

Crédit photo : Pau Barrena / AFP

Une vague de témoignages sur les violences sexuelles subies par des personnes LGTB secoue Twitter depuis le jeudi 21 janvier, visibilisant les victimes d’un sexisme dont on parle peu. Le déclencheur a été une accusation d’agression sexuelle et viol contre un membre élu du PCF à Paris.

Carla Biguliak

Il s’agit du témoignage très dur d’un jeune de 20 ans qui a brisé le tabou et dénoncé sur Twitter avoir été violé par Maxime Cochard, élu PCF au Conseil de Paris, et son compagnon Victor Laby en octobre 2018. Affirmant que le couple a profité de son pouvoir politique, alors qu’il n’avait que 18 ans, ainsi que de sa « naïveté », étant donné qu’il n’avait nulle part où dormir en raison de problèmes familiaux, l’internaute a mis en mots ce qui passe habituellement sous silence et a rendu visible une violence énorme et silencieuse qui touche la communauté LGBT.

J’avais 10 ans, c’était quelqu’un de ma famille que j’idéalisai, en qui j’avais confiance.
Je me souviens où et comment comme si c’était hier
C’est la première fois que j’en parle #MeTooGay

— Fou du Roi🐝(@Quentindu5) January 21, 2021

Il y a quelques mois à peine, en septembre 2020, le journaliste Matthieu Foucher a publié un article intitulé « À la recherche du #MeToo gay », où il a précisément cherché à briser le tabou et à rendre visibles les violences sexuelles dont les gays sont victimes. En plus de citer plusieurs témoignages de viols et de violences sexuelles, le journaliste s’appuie sur une étude du Défenseur des droits publiée en avril 2020 pour montrer que les personnes LGBT sont les plus touchées par les violences sexuelles et physiques intrafamiliales : « 6% et 5,4% des hommes homosexuels et bisexuels répondaient avoir été agressés ou violés au moins une fois au cours de leur vie par un membre ou proche de leur famille (hors couple), contre 0,5% des hommes hétérosexuels et 2,5% des femmes hétérosexuelles. Ces chiffres atteignant par contre 9,8% et 12,3% chez les lesbiennes et bisexuelles ».

Dans un monde qui, encore aujourd’hui, méprise, violente et stigmatise tant la communauté gay, ces agressions sexuelles se traduisent par une difficulté encore plus grande pour les jeunes LGBT à se construire une identité propre et à profiter et vivre leurs relations sexuelles comme ils le souhaitent. Le journaliste se demande « comment, dans une société qui a longtemps associé homosexualité masculine et pédophilie (et continue trop souvent de le faire), fabriquer son identité en tant que gay et victime d’abus ? Comment échapper au double stigmate d’être homo et victime, quand les discours pathologisants et homophobes voudraient faire de l’homosexualité la conséquence de ces abus ? Comment accepter son attirance pour les hommes quand on a soi-même été agressé par un homme ? ».

Une fois de plus, après #MeToo et #MeTooInceste, la libération de la parole prouve que le sexisme est une oppression structurelle, solidement ancrée dans les institutions, légitimée et reproduite par elles. Le fait que le premier accusé de cette vague de dénonciations soit un élu du PCF (dont la réaction du parti a été de lui demander de se mettre en retrait de la politique) en témoigne.

Côté gouvernement, Marlène Schiappa a réagi au hashtag #MeTooGay en disant qu’ « Aucune violence sexuelle n’est excusable ! ». Pourtant, elle exerce auprès de Darmanin, lui-même accusé de viol. La ministre a expliqué que la police et les gendarmes étaient disponibles pour examiner ces plaintes. En d’autres termes, elle propose aux victimes de se tourner vers deux des organes répressifs les plus homophobes et violents qui existent dans le système actuel, sans parler du système judiciaire patriarcal.

Il est de plus en plus évident, après des années d’une omerta maintenue par les institutions, que toute confiance dans ces institutions pour éliminer l’oppression patriarcale hétéronormative est totalement illusoire. Il faut s’organiser collectivement, indépendamment des institutions, pour en finir avec les violences patriarcales et surtout à renverser ce système qui les produit.




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