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Mediapro stoppe ses activités en France : 90 salariés mis à la porte

Après le scandale des droits télévisés du championnat de France de football, le géant de l'audiovisuel Mediapro a décidé de stopper ses activités en France. Une décision dictée par la recherche de profit, au détriment des 90 salariés du groupe présents en région parisienne et à Montpellier, que le groupe veut licencier dans des conditions particulièrement scandaleuses.

mercredi 14 avril

Le groupe Mediapro France s’est fait connaître du grand public en 2018, avec l’obtention des droits de retransmission télévisée du championnat de France de football, mais il est implanté en France depuis 2012. Avant d’être diffuseur, Mediapro est un producteur de contenu audiovisuel. En France, l’entreprise était un prestataire technique, c’est-à-dire qu’elle participait à la captation et à l’enregistrement, essentiellement de compétitions sportives.

En 2018, alors peu connu, Mediapro France a développé ses activités de façon très offensive : le groupe a répondu à un appel d’offre et a obtenu les droits télé de la Ligue 1 de la période 2020-2024, en déboursant près de 800 millions d’euros. Le groupe a alors créé une chaîne entièrement dédiée au football, Telefoot, pour assurer la diffusion.

Alors que plusieurs analystes extérieurs doutaient des capacités de Mediapro à mener à bien ce projet très ambitieux, la société a confirmé les craintes et a été à l’origine d’un scandale qui a secoué le football français cet automne. Se servant des perturbations du Covid-19 comme prétexte, Jaume Roures, président de Mediapro, a lâché une bombe dans une interview au journal l’Equipe, le 7 octobre dernier, en annonçant vouloir renégocier le contrat avec la Ligue de Football Professionnel. Le groupe Catalan s’est alors lancé dans un bras de fer avec la LFP pour obtenir 200 millions d’économie. Ce bras de fer les a menés en décembre dernier ) rompre leur contrat de diffusion et donc à annoncer la fermeture de la chaîne Telefoot.

Après ce véritable fiasco très largement critiqué dans la presse, Mediapro était en difficulté pour continuer ses activités initiales de prestataire. Son président, Jaume Roures, a donc décidé d’arrêter les activités de la chaîne en France. Une décision brutale, que les salariés n’ont appris que le 18 mars, après plusieurs mois d’incertitudes et de promesses en l’air de la direction. En pleine crise économique et crise sanitaire, Jaume Roures a décidé unilatéralement de licencier 90 personnes, en multipliant les méthodes les plus scandaleuses.

En premier lieu, Mediapro se retrouve dans cette position en France après avoir tenté un bras de fer avec la LFP, pour faire une économie de 200 millions. Une manœuvre risquée, qui montre bien le peu d’importance que Roures, à l’instar d’autres grands patrons comme Patrick Pouyanné ou la famille Mulliez, accordent aux travailleurs et aux travailleuses : ils gèrent leurs affaires avec comme seule boussole le profit, et lorsqu’ils font des erreurs ou qu’ils changent de stratégie, ce sont les salariés qui paient les pots cassés de façon dramatique.

Cerise sur le gâteau, dans le plan de licenciement prévu par le groupe, les indemnités de licenciements sont une véritable insulte aux salariés, qui pour certains travaillent pour Mediapro depuis le début des activités du groupe en France en 2012. Quelques milliers d’euros, même pas six mois de salaire, pour des travailleurs qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi, dans un secteur spécifique dans lequel il est difficile de retrouver du travail.

Pourtant, ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent. Début février, le groupe répondait à un appel d’offre pour les droits télévisés du championnat italien, estimés à 900 millions d’euros. Dans le même temps, Mediapro remportait les droits télévisés de la Concacaf, c’est-à-dire des compétitions de football de l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et les Caraïbes, estimés là encore à plusieurs centaines de millions d’euros.

On voit bien tout le mépris de la direction pour des salariés dont la vie va être bouleversée. Par exemple, ceux du site de Saint-Georges-d’Orque, à proximité de Montpellier, expliquent que leur lieu de travail était la seule base de car-régie en France. Comment retrouver du travail dans ces conditions-là ?

Enfin, Jaume Roures et Jérémie Roudaire, directeurs de Mediapro France, ont étalé toute leur indécence durant ce mois de mars, en utilisant les pires méthodes du patronat pour mater les salariés en colère et conduire leurs affaires sans trop de vagues. Après l’annonce du plan de licenciements, les salariés ont fait part de leur indignation et de leur surprise, et se sont mobilisés pour s’opposer au plan tout tracé de la direction. Mais alors qu’il restait quelques captations à faire pour Mediapro, notamment un match de handball de l’équipe de Nîmes, la direction du groupe a démobilisé ses salariés français et fait intervenir des équipes venues d’Espagne, afin d’éviter tout mouvement de grève ou de contestation.

Roures et Roudaire privent ainsi les salariés de tout moyen de lutte, et essayent jusqu’au bout de passer en force pour liquider leurs activités en France au moindre coût possible. Les salariés mobilisés, qui entendent bien ne pas se laisser faire, ont prévu notamment de se rassembler lors des réunions du CSE pour faire entendre leur voix et leur mécontentement. Cet énième plan de licenciement, dans lequel les patrons n’hésitent pas à se cacher derrière la crise sanitaire, sacrifier des centaines de salariés, et utiliser les pires méthodes pour mater la réaction des travailleurs et des travailleuses, nous rappelle encore une fois l’urgence et la nécessité d’avoir un plan de bataille national, une stratégie pour lutter contre les licenciements et empêcher le grand patronat de nous faire payer leur crise.




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