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Notre classe

Journée internationale des travailleuses et travailleurs

Meeting du 1er mai en Argentine : « la classe ouvrière doit prendre en main la résolution de la crise »

« Sinon, nous allons vers une catastrophe d’une ampleur que personne d’entre nous n’a connu », a conclu Nicolas Del Cano. Nous reproduisons le discours du député national du Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) en Argentine, qui clôturait vendredi dernier le meeting du Front de gauche et des travailleurs (FIT-U), coalition d’organisations révolutionnaires.

mercredi 6 mai

Le Covid-19, une conséquence de la gestion capitaliste du monde

 
Le Covid-19 n’est pas une sorte de punition de la nature. Il a de profondes racines sociales et politiques. Il y avait eu des avertissements sur la possibilité qu’un tel virus se répande, mais aucune mesure préventive n’a été prise. Bien au contraire : les capitalistes et leurs gouvernements ont détruit les systèmes de santé publique dans presque tous les pays du monde. Ils ont précarisé les conditions de travail et de vie de la majorité de la population, dans le seul but de continuer à augmenter leurs profits, leurs fortunes, et ont généré des inégalités toujours plus brutales sur toute la planète.
 
Comme ils n’ont pas pris en compte les alertes concernant le risque d’une telle pandémie, ils en sont responsables, et les solutions qu’ils proposent aujourd’hui ne conduiront qu’à plus de faim, plus de chômage et des conditions de vie de pire en pire pour des millions de personnes. Voilà une des conclusions que nous avons partagé, il y a quelques instants, lors d’un meeting que nous avons réalisé avec l’ensemble du réseau international de médias La Izquierda Diario, et les 14 organisations sœurs du PTS qui les dirigent, des organisations socialistes et internationalistes. Des camarades de différents pays y ont souligné ce contraste entre les plans de sauvetage permanents pour les grands entrepreneurs et les attaques permanentes sur la classe ouvrière.
 
Prenons seulement l’exemple des États-Unis : en quelques semaines, 30 millions de nouveaux chômeurs. 30 millions ! La majeure partie des plans de sauvetage mis en place, qui s’élèvent à plus de 2200 milliards, vont couvrir, les grandes entreprises, en commençant par les entreprises financières. Un rappel que les capitalistes accumulent non seulement leurs profits, leurs fortunes, par l’exploitation directe des travailleurs, mais aussi grâce aux avantages constants qu’ils reçoivent des États.
 
En Argentine, nous avons l’exemple très clair de l’entreprise Techint qui appartient à l’homme le plus riche du pays, Paolo Rocca, et qui a été subventionnée en permanence par tous les gouvernements, année après année. Sans parler des banques, qui ont fait de bonnes affaires, notamment avec la dette et avec les obligations. Nous ne pouvons donc pas accepter qu’ils nous disent que c’est à nous, les travailleurs et classes populaires, de faire des sacrifices.
 

La classe ouvrière doit prendre en main la résolution de la crise

 
Cette crise n’est pas seulement sanitaire, mais est aussi économique et sociale. C’est pourquoi la classe ouvrière doit prendre en main sa résolution. Sinon, nous nous dirigeons vers une catastrophe qu’aucun parmi nous n’a déjà connu.
 
Dans cette situation très difficile, avec le confinement, nous voyons déjà la classe ouvrière mener de premières batailles. Par exemple, aux États-Unis, dans des entreprises comme Amazon, Wal-Mart ou bien d’autres, les travailleurs font grève ou se mobilisent pour la première fois. Dans les hôpitaux surtout, avec les travailleuses et travailleurs de la santé. Les camarades italiens nous ont également parlé des grandes grèves dans les secteurs les plus concentrés de la classe ouvrière, qui refusaient de travailler dans les activités « non essentielles » sans mesures sanitaires. En France, des milliers de personnes sont confrontées à la répression dans les quartiers populaires, les fameuses « banlieue », alors qu’elles n’ont même pas les moyens de se nourrir.
 
Partout dans le monde, et aussi dans notre pays, ce sont les travailleuses et travailleurs de la santé qui sont en première ligne. Non seulement dans la bataille contre le coronavirus, mais aussi dans l’organisation et dans la lutte.
 
Et s’il y a une chose que cette crise a fait ressortir clairement, c’est que la seule classe essentielle est la classe ouvrière.
 
Ceux qui prédisaient que la fin du travail approchait, que les robots et l’intelligence artificielle remplaceraient les travailleuses et travailleurs, vont devoir se taire pour longtemps. Car si la classe ouvrière ne produit pas, ne distribue pas, ne fournit pas de services, ne dispense pas de soins de santé, la planète s’arrête. Cette conclusion est très importante, car elle démontre la force que la classe ouvrière a entre ses mains, pour refuser que ce soient les travailleurs et classes populaires qui paient la crise.
 
Cette force s’est également exprimée avant cette pandémie : nous avons assisté à l’énorme grève des travailleuses et travailleurs du transport en France contre la réforme des retraites de Macron, à la grande rébellion populaire au Chili, à la rébellion indigène-paysanne en Équateur.
 
Nous avons vu le mouvement de lutte des femmes, qui a traversé les frontières dans la lutte contre la violence machiste et contre les institutions comme l’Église, qui s’opposent à des droits élémentaires comme l’avortement.
 
A partir des organisations qui composent le Front de Gauche (FIT-U), nous avions proposé d’organiser une Conférence Latino-Américaine [des organisations révolutionnaires] qui devait commencer aujourd’hui. Et malgré le fait que nous ayons dû la suspendre, l’ambition de cette conférence, qui était de doter ces mouvements d’un programme pour qu’ils puissent triompher, est plus valable que jamais. Parce que l’énergie de ces luttes, de ces mouvements, va refaire surface, plutôt tôt que tard, au travers des mobilisations de tous les secteurs populaires, partout dans le monde, face à la catastrophe qui s’annonce. Nous le voyons déjà aujourd’hui, par exemple, au Liban avec les révoltes de la faim ainsi que dans d’autres pays.
 
En Argentine, nous avons dénoncé depuis mars le fait que nous soyons entrés en quarantaine pratiquement « sans GPS », sans tests massifs pour détecter les personnes contaminées par le virus qui ne présentent pas de symptôme, afin d’isoler leurs proches et contenir l’épidémie.
 

Face à la crise, le gouvernement soutient les revendications patronales

 
Aujourd’hui, la classe capitaliste et le gouvernement ne savent pas comment sortir de cette situation. Il y a des millions de personnes qui n’ont aucun moyen de survivre parce qu’elles se retrouvent sans revenus, dépendent de leur salaire au jour le jour, travaillent dans des petits commerces. Les dix mille pesos (environ 138€) accordés par le gouvernement sont clairement insuffisants, nous le savons tous. De leur côté, les grands patrons profitent de cette situation et proposent un retour immédiat à la normale comme si de rien n’était. Ils ne se soucient pas de la vie des travailleuses et travailleurs. Tout ce qu’ils veulent, c’est augmenter leurs profits.
 
Mais nous avons également Alberto Fernandez (le président argentin), les maires et les gouverneurs tirer à la courte paille pour voir qui assumerait la responsabilité de sortir lentement du confinement, dans un contexte marqué par la dévastation du système de santé. Or cette situation n’est pas seulement liée aux plans d’austérité du gouvernement précédent. Prenons l’exemple de la province de Buenos Aires : depuis la dictature, celle-ci a été gouvernée pendant 28 ans par le péronisme, qui a également réduit les budgets de la santé, comme l’a fait Maria Eugenia Vidal, gouverneure de la province de Buenos Aires de 2015 à 2019.
 
Et puis, comme on l’a également dit, il y a la question de la dette. Depuis le début de cette année, dans le contexte de toute cette crise, le gouvernement a payé plus de 5 milliards de dollars qui ont fini dans les poches des spéculateurs. Aujourd’hui, ce pourrait être les ressources nécessaires pour obtenir des masques, des respirateurs, des équipements de protection individuelle pour les travailleuses et travailleurs de la santé. De cette manière, nous n’aurions pas le triste record du pays avec le plus haut pourcentage de contagion parmi les travailleuses et travailleurs de la santé.
 
Les patrons tentent de tirer profit de cette situation, d’imposer une réforme du travail de facto, en abaissant les salaires, en modifiant les conditions de travail. Ils trouvent dans la CGT un allié fondamental, car ses représentants sont sortis de leur éternelle quarantaine pour aller signer la baisse de salaire de centaines de milliers de travailleurs. Le gouvernement a bien sûr approuvé cette mesure, il l’avait déjà approuvé dans le décret interdisant les licenciements. Lorsque nous étions avec Alberto Fernández à la réunion des présidents de groupes parlementaires, il nous avait répondu qu’il allait s’occuper de cette question : eh bien, nous avons la réponse, c’est l’approbation directe par le gouvernement des réductions de salaires demandées par les grands patrons.
 
Mais notez que la classe ouvrière a un programme. Non seulement, elle a la force que nous avons mentionné plus haut, mais elle a également un programme pour faire face à cette situation, et ce programme doit commencer par faire le contraire de la CGT : n’accepter ni les licenciements, ni le chômage partiel, ni les réductions de salaire.
 

La classe ouvrière a de la force, et un programme !

 
Aujourd’hui, des centaines de jeunes nous écrivent de différentes entreprises telles que McDonald’s, Burger King et bien d’autres. Ils nous racontent qu’ils ont été payés en pièces. Mais ils nous disent aussi qu’ils s’organisent, qu’ils se soulèvent pour ne pas accepter que leurs droits soient bafoués, qu’ils veulent que leurs camarades soient reconnu.e.s comme délégué.e.s. Cette force est très importante et, avec celle des travailleuses et travailleurs du secteur alimentaire, des supermarchés, elle peut être la clé pour exiger l’ouverture des livres de compte de toutes les entreprises de la chaîne de formation des prix des produits de première nécessité, qui augmentent de jour en jour, comme nous le voyons lorsque nous allons au supermarché.
 
En ce qui concerne les entreprises qui ferment ou licencient massivement, nous avons également un excellent exemple en Argentine : l’exemple des travailleuses et travailleurs de Zanon, des ouvrières de Brukman, de l’hôtel Bauen en 2001. Plus près de nous se trouvent les camarades de l’entreprise textile Neuquén, les camarades de l’ancien Donnelley, aujourd’hui Madygraf. Ils sont un véritable exemple car lorsque les patrons ont voulu vider les usines, ils les ont occupées et ont relancé la production, en exigeant une nationalisation sous le contrôle des travailleurs. Ces exemples sont très importants aujourd’hui face à la crise qui s’annonce.
 
Comme les camarades l’ont également dit auparavant, nous avons présenté un projet d’impôt sur les grandes fortunes, un impôt extraordinaire qui nous permettrait de disposer de ressources pour des missions spécifiques. Par exemple, pour accorder un salaire de quarantaine de 30 000 pesos (environ 414€) à toutes les travailleuses et travailleurs qui n’ont pas de revenus, parce qu’ils n’ont pas de ressources, parce qu’ils travaillent dans le secteur informel, qu’ils n’ont pas de congés payés. Nous pourrions multiplier par 13 le budget d’urgence pour la santé et la lutte contre le coronavirus. Mettre en place un impôt unique sur les banques, sur les gros profits, sur les sociétés, sur les grands patrimoines et les propriétaires terriens. Il s’agit également de construire 100 000 maisons en un an pour les familles qui vivent aujourd’hui dans des zones surpeuplées.
 
Cela fait partie d’un programme intégral qui implique la nationalisation des banques pour accorder des crédits bon marché aux petits commerçants ruinés, le contrôle du monopole d’État du commerce extérieur, afin que ce ne soient pas certaines entreprises céréalières et automobiles qui gèrent l’entrée et la sortie des devises. Et bien sûr répudier cette dette illégitime et frauduleuse, que le gouvernement paie aujourd’hui et tente de renégocier.
 
Nous savons bien sûr que des millions de travailleurs font confiance au gouvernement d’Alberto Fernandez. C’est pourquoi il est très important que nous encouragions toute lutte pour les salaires, pour les revendications des travailleuses et travailleurs sans aucun sectarisme, tout en sachant et en étant très conscients que si la lutte des travailleurs, des secteurs populaires qui souffrent aujourd’hui de la faim, se généralise, ceux-ci vont se heurter à un gouvernement qui gère l’État sans remettre le moins du monde en cause les intérêts des grands capitalistes. Cela ouvrira la voie à ceux d’entre nous qui croient, comme le dit le programme du Front de gauche et des travailleurs, que la lutte pour un gouvernement des travailleuses et travailleurs est nécessaire, et que c’est la seule façon de satisfaire pleinement les besoins de la classe ouvrière et des classes populaires.
 
Pour conclure, je voudrais dire qu’il est devenu clair dans cette crise, une fois de plus, que l’impérialisme est réactionnaire sur toute la ligne. De la coopération internationale, les puissances impérialistes sont passées au pillage, pour les masques et les respirateurs. L’Union Européenne a démontré qu’elle n’était bonne que pour les intérêts de quelques monopoles, et le commerce international est en lambeaux. C’est pourquoi, aujourd’hui plus que jamais, nous portons la perspective de la lutte internationale de la classe ouvrière et des peuples du monde, afin que toute la créativité et la science soient mises au service de l’humanité tout entière.
 
C’est pourquoi nous disons aujourd’hui avec les camarades du Front de gauche et des travailleurs : vive le 1er mai, vive la lutte internationale des travailleuses et travailleurs, vive le Front de gauche !

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