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Réseau grève générale

Meeting pour la grève générale : 600 personnes pour défendre une stratégie alternative à l’intersyndicale

Lundi 13 mars, le Réseau pour la grève générale a rassemblé 600 personnes lors d’un meeting appelant à « faire battre Macron en retraite ». Comment tenter d’inverser la stratégie de la défaite de l’intersyndicale ? Voilà la question à laquelle ont voulu répondre les intervenants de nombreux secteurs.

Arthur Nicola

14 mars 2023

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Meeting pour la grève générale : 600 personnes pour défendre une stratégie alternative à l'intersyndicale

Crédits photo : Révolution Permanente

Une ambiance électrique. Ce lundi 13 mars, 600 personnes se sont réunies dans une Bourse du Travail de Paris bondée à l’appel du réseau pour la grève générale dans un meeting pour « Faire battre Macron en retraite ». Laura Varlet, a introduit le meeting, rappelant les objectifs du réseau : « se donnre pour objectif de penser concrètement la stratégie et les actions pour gagner ». Un réseau qui réunit d’ores et déjà de nombreux secteurs : SNCF, RATP, raffineries Total, Sidel Le Havre, éboueurs, égoutiers, Onet, Orano, Aéroport de Roissy, usines de Stellantis, Geodis, Energie, Nucléaire, Aéronautique et aérospatiale, Santé, Education, Poste, Agroalimentaire, commerce, collectifs antiracistes CSP75, avocats, intellectuels.

Le meeting a donc constitué à la fois un point de rencontre et une discussion ouverte sur la situation du mouvement contre la réforme des retraites. La discussion a été centrée sur comment dépasser l’impasse dans laquelle l’intersyndicale mène le mouvement.

« On est trop gentils ! Il faut durcir le mouvement et bloquer le pays ! »

S’il y a eu une star de la soirée, ce sont bien les éboueurs et égoutiers de Paris, qui, depuis le 7 mars dernier, ont arrêté les usines d’incinérations des déchets et bloquent la collecte des ordures. Ce n’est qu’après une minute de standing ovation que Julien, égoutier à la mairie de Paris, a pu prendre la parole : « Depuis lundi dernier on tient d’incinérateur d’Ivry, et le personnel de l’incinérateur est à 100 % en grève, et la CGT Transports de la société privée de collecte de déchets Pizzorno est aussi en grève. Trois des quatre TIRU sont en grèves, et ils sont obligés d’envoyer les bennes à Claye Souilly [à 50km de Paris] pour enfouir les déchets ».

Mais ce qui rassemble tous les participants, c’est bien la volonté d’aller plus loin, de dépasser les manifestations les jours de grèves isolées. « Malgré les manifestations qu’on a sur Paris, le résultat il est faible. Ce qu’on demande, ce sont des vrais blocages, dans des sites stratégiques, comme Roissy, voilà où on peut faire mal » lance Tayeb Khouira, porte-parole de Sud Aérien à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, dès la première intervention. Tout bloquer, mettre réellement le pays à l’arrêt : voilà l’aspiration qui transpire de toutes les interventions. « On est trop gentils : les défilés, les marches silencieuses, les petites chansons, les chorégraphies : il faut arrêter ! Il faut durcir le mouvement, et bloquer le pays, les sites stratégiques : les autoroutes, le rail, les aéroports ! » défend à la tribune Djamel Abdelmoumni, chauffeur de bus chez Transdev. « Pitié, assez de République Nation ! » renchérit par la suite le philosophe Frédéric Lordon.

Généraliser la grève reconductible : pourquoi et comment ?

« L’heure de vérité approche, pour tout le monde : Macron, l’intersyndicale et les travailleurs » prévient Frédéric Lordon. « Lorsque la loi aura été votée, et que Macron nous tirera un ultime bras d’honneur, que pourra donc faire l’intersyndicale, à part constater que sa méthode reposait sur des hypothèses de décence démocratiques, toutes absolument fausses ? » Dans toutes les interventions, la stratégie de l’intersyndicale est critiquée et l’enjeu de généraliser la grève reconductible martelé.

Adrien Cornet demande : « On lui envoie un courrier, mais pourquoi faire ? Macron c’est l’éborgneur des gilets jaunes, c’est celui qui nous soulève sur les piquets en envoyant les forces de l’ordre face aux raffineurs, aux éboueurs et sur les dépôts RATP. Macron c’est celui qui met en garde à vue des lycéens 36h. Macron on n’a rien à lui, à part que la seule force qu’on a, c’est la grève. L’heure n’est pas et n’a jamais été à demander un référendum à quelqu’un qui parle de 49-3 toute la journée ». Alors que l’intersyndicale a expliqué vouloir respecter le vote démocratique si la loi passait à l’Assemblée, annonçant de facto qu’elle pourrait quitter le mouvement dès jeudi soir, un sondage expliquait récemment que 55% des sondés voulaient que le mouvement se poursuive après le vote de la loi.

Face à cette impasse, le meeting pour la grève générale a permis ce lundi de dessiner une autre stratégie. Pour les intervenants, les choses sont claires : il faut bloquer le pays, non pas en multipliant les actions de blocage extérieures, mais en multipliant les grèves dans les entreprises, en élargissant la reconductible qui s’est installée chez les cheminots, raffineurs, éboueurs et énergéticiens. « On l’a dit les camarades : on n’est pas pour la grève par procuration, parce que dès le départ, on savait qu’il n’y avait pas de réforme par procuration » prévient Anasse Kazib en conclusion, avant de continuer sur la nécessité d’élargir la grève reconductible en élargissant les revendications : « Il y a nécessité de construire la grève reconductible partout, et de ne pas laisser un seul secteur. Les camarades précaires, les sans-papiers, ils ne sont pas en train de faire la manche. Ils demandent simplement à ce qu’on mette leurs revendications sur la table. Comment on fait pour faire rentrer l’ensemble des bataillons du mouvement ouvrier dans la lutte si on ne discute pas avec eux et qu’on ne se préoccupe pas de leurs revendications ? Tout le monde parle de l’inflation, et il n’y a que l’intersyndicale qui ne le voit pas. Les gens veulent se battre pour quelque chose qui va changer leur vie, il faut ajouter des revendications sur les salaires et leur indexation sur l’inflation ».

La question des salaires : « c’est la revendication gagnante, transversale, unificatrice »

Autre enjeu majeur sur lequel insistent de très nombreux intervenant, c’est le lien entre les revendications salariales et la question des retraites. C’est ce qu’exprime Nordine Kebbache, salarié chez Transdev Aéropiste sur l’aéroport de Roissy : lui et ses collègues se sont réunis en AG pour voter la reconduction de la grève après le 7 mars, tout en revendiquant 300€ d’augmentation et l’embauche des intérimaires. Même son de cloche dans les stations-service de Total : Djamila Mehidi explique comment, pour la journée internationale du droit des femmes, elle et ses collègues ont commencé une grève pour réclamer les mêmes avantages que leurs collègues des raffineries. Une grève qui a commencé par 24 stations le 8 mars et qui s’est étendue à 12 autres le lendemain.

« Quand est ce que l’intersyndicale sera capable d’ajouter à la lutte contre la réforme la lutte pour le pouvoir d’achat ? interroge à la tribune Frédéric Lordon. C’est la revendication gagnante, transversale, unificatrice ». Dans la stratégie de l’intersyndicale de ces deux derniers mois, Laurent Berger et le reste des dirigeants syndicats ont systématiquement refusé d’intégrer des revendications salariales au cœur du mouvement. « Il faut allier les retraites et les salaires, et c’est primordial pour mobiliser les travailleurs précaires comme ceux d’Argedis [la filiale de Total s’occupant des stations-services]. Avec cette stratégie on peut gagner, et nous devons gagner » renchérit Adrien Cornet, pompier chez Total Grandpuits, qui témoigne de la façon dont lui et ses camarades sont allé discuter avec les sous-traitants de sa raffinerie et des entreprises aux alentours pour convaincre, salarié par salarié, que la lutte contre la réforme et pour de meilleurs salaires sont un seul et même combat.

« La force de notre mouvement, c’est qu’il est politique et qu’il dépasse la seule question des retraites ! »

Mais durcir le mouvement ne suffit pas, pour les orateurs à la tribune, il s’agit aussi de le politiser, et d’élargir les revendications qui y sont portées. Ariane Serge, élue étudiante à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, insiste sur ce point : « contrairement à ce que dit Berger, quand il dit qu’il ne faut absolument pas politiser le mouvement, nous, la force de la jeunesse, c’est que notre mobilisation est politique et qu’elle dépasse largement la réforme des retraites. C’est pour l’écologie, le féminisme, contre les violences sexistes et sexuelles, les violences policières et la précarité que nous nous mobilisons ». Une réforme qui touche donc une jeunesse frappée de plein fouet par la crise Covid et qui n’en peut plus des conditions de travail et d’études, et de la précarité qu’elle subit alors que les députés ont refusé les restaurants universitaires à 1€.

L’enjeu d’intégrer les travailleurs immigrés et sans-papiers au combat contre la réforme des retraites est également évoqué de façon importante. Alors que sept millions d’immigrés vivent en France, et que le ministère de l’intérieur estime à 600 000 le nombre de sans-papiers, la question de l’unité entre ces travailleurs très précaires et le reste du mouvement contre la réforme des retraites est centrale. Mariama Sidibe, du collectif sans-papiers 75, explique à la tribune : « je ne peux pas vous dire que la retraites cela ne concerne pas les sans-papiers. Evidemment cela nous concerne. Mais avant de dire la retraite, on dit d’abord : les papiers ! ». Un avis partagé par Tayeb Khouira, qui abonde dans ce sens : « Cette réforme parait injuste et discriminatoire : on oublie souvent les travailleurs immigrés qui n’ont pas assez de cotisations et ceux-là ils vont jusqu’à 70 ans ». Car à défaut d’arriver très jeunes et d’avoir leurs papiers autour de leurs 20 ans, ce sont des dizaines de milliers de sans-papiers qui travaillent au noir, sans contrat et donc sans cotisations. Des années travaillées qui ne seront pas comptées pour leur retraite.

Finalement, c’est sur des propositions d’actions que s’est clôt le meeting, d’abord un appel à rejoindre le réseau sur la grève générale qui se réunira le week-end prochain pour discuter des suites du mouvement. Ensuite, aller manifester le 16 devant l’Assemblée Nationale et ne pas laisser l’intersyndicale n’en faire qu’une action « symbolique ».


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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