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Politique

Entre enjeux d’appareils et pressions électorales

Mélenchon et Jadot pourraient-ils se ranger derrière Benoit Hamon ?

Avec un Fillon au plus bas dans les sondages, c’est Macron qui semble arriver pour l’instant à se qualifier au second tour contre le FN en tête. Cependant, les candidats qui cherchent à capter l’électorat du « peuple de gauche », entre Hamon, Jadot et Mélenchon, sont actuellement particulièrement soumis à une pression unitaire : que ce soit le vote des adhérents EELV ou les appels du PCF, une candidature réformiste unique à gauche du gouvernement actuel se profile tant bien que mal. Cependant, on peut se demander comment, d’une telle alliance, pourrait sortir un gouvernement, avec un candidat socialiste devant sauvegarder un parti particulièrement divisé, et un Mélenchon qui ne prospère que sur un créneau qu’une alliance avec Hamon remettrait en cause.

vendredi 17 février 2017

Ecolos et communistes à la pointe de l’union des gauches

S’il y a bien deux formations qui sont prêtes à tout pour unir les gauches, ce sont bien les écologistes d’EELV et les communistes du PCF. Dans les deux cas, la triple candidature Hamon-Jadot-Mélenchon mettrait les-dits partis dans une situation difficile pour les législatives.

Face à la France Insoumise qui a dit vouloir présenter des listes dans toutes les circonscriptions, le Parti Communiste doit pouvoir trouver un accord avec le PS pour conserver ses (quelques) élus restants. C’est le sens d’un appel de militants du parti appelé « PCF : sortons de l’immobilisme », signé par plus de 600 cadres et militants du parti de Pierre Laurent, et plaidant pour construire « une plateforme commune contre les marchés financiers et répondre aux attentes populaires », un « rassemblement de la gauche et des écologistes [rompant] avec le social-libéralisme ». In fine, l’appel cherche surtout à aboutir à « un contrat majoritaire pour les législatives » : il s’agit pour les communistes, comme A. Chassaigne ou encore P. Carvalho, tous deux députés du Front de Gauche, de conserver leur assise territoriale et leurs élus, ce qui nécessite de fait une alliance aux présidentielles, et Hamon apparaît comme une meilleure position pour eux.

Chez les écologistes, c’est un peu la même logique : tandis que Yannick Jadot peine à dépasser les 2 %, il s’agit, pour un parti qui peine à apparaître dans les débats, de tenter aussi de conserver les quelques parlementaires qu’il reste du parti. C’est dans cette configuration que 89 % des militants du parti ont voté pour « ouvrir le dialogue » avec Hamon et Mélenchon, dans l’optique d’une candidature commune. Un vote qui fait lui aussi peser une pression importante non seulement sur Benoît Hamon, qui sera, alliance avec Mélenchon ou non, obligé de s’allier avec les Verts pour espérer être au deuxième tour.

Mélenchon dans une attitude défensive pour conserver son poids dans la balance

Face à ces différentes pressions de part et d’autres, Mélenchon, après l’élection de Benoît Hamon aux primaires de la gauche, se voit de plus en plus concurrencé par un autre candidat se réclamant de la même tradition politique, celle de Mitterrand. Et de fait, l’élection de Benoît Hamon a fait plonger le représentant de la France Insoumise dans les sondages. Alors qu’il avait pu rassembler près de 15 % d’intentions de votes avant la primaire, Mélenchon n’est plus aujourd’hui qu’à 10 %, avec peu de chances de dépasser à nouveau le candidat du Parti socialiste.

Cependant, il apparaît comme nécessaire pour lui de réfléchir a minima aux propositions de rassemblement de la gauche, notamment dans un contexte où les déboires de François Fillon peuvent donner des espoirs à une gauche qui serait arithmétiquement majoritaire si elle s’unissait. De surcroît, du temps où il dépassait le PS, celui qui en fut longtemps partie a toujours appelé à une telle unité, qu’il voulait derrière lui quand il était premier. Mais cette perspective d’alliance est en réalité un grand danger pour un candidat qui a fondé son parcours politique sur son éloignement du PS : la France Insoumise s’étant beaucoup définie contre le parti de Solférino, il pourrait être très difficile de s’unir aux ex-cadres du gouvernement Hollande.

C’est pourquoi le candidat des Insoumis a dû se plier à la réflexion de l’unité, tout en posant le plus de conditions possibles à Hamon. Dans ces « garanties » exigées par Mélenchon figurent l’absence total d’accord aux élections présidentielles et législatives puis au gouvernement avec Macron, mais aussi « l’abolition de la loi El Khomri, le CICE, l’Etat d’urgence permanent ». Et avec cet éloignement de la politique d’Hollande, le nécessaire écartement de celles et ceux qui l’ont incarnée : El Khomri, Valls, Bruno Le Roux, qui devront être écartés des législatives. Plus encore, le premier des Insoumis pose aussi des mesures « incontournables » : la convocation d’une constituante, la sortie de l’OTAN et la sortie du nucléaire sont autant de points de clivages avec Benoît Hamon. Toutes ces revendications préalables à toute consultation de ses militants font du coup d’une alliance Mélenchon-Hamon quelque chose d’encore très hypothétique.

Hamon tiraillé entre union du PS et union des gauches

Car si Benoît Hamon est obligé, pour penser à la victoire, de penser à l’union de la gauche au premier tour, il est aussi forcé de réfléchir à la façon d’unir son parti. Pour lui, pas question de « faire tomber des têtes » sur demande de Mélenchon. Ce n’est pas une histoire de loyauté de Benoît Hamon envers ses pairs, avec lesquels il a déjà formé un gouvernement sous Hollande. En réalité, la question qui se pose est de préserver ou non le PS dans sa forme actuelle. Loin de pouvoir former, comme l’avait fait Lionel Jospin en 1997, une gauche plurielle d’Emmanuel Macron à Jean-Luc Mélenchon, les socialistes ne peuvent aujourd’hui s’allier qu’avec leur gauche, ce qui empêche la droite du parti, de Valls à El Khomri, d’adhérer à un tel rassemblement qui délégitimerait toute leur action politique.

L’union d’Hamon et Mélenchon, si elle n’est pas synonyme de décès du PS, signifierait surement quelques départs sur la droite de celui-ci. Et au-delà de cet effritement du parti d’Epinay, ce serait une redéfinition d’un système politique qui avait fondé sa solidité sur un bipartisme alternant gaullisme et mitterrandisme. La redéfinition de cet équilibre pourrait se faire au détriment de Hamon et Mélenchon, et au profit de Macron comme principale force « progressiste », comme il aime à le dire lui-même.




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