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Politique

Meurtre de Samuel Paty

Mélenchon et la « communauté tchétchène », un discours d’extrême-droite

Avec ses déclarations sur les Tchétchènes depuis le meurtre de l’enseignant Samuel Paty, le leader de la France Insoumise participe à alimenter une ambiance réactionnaire dans le pays.

lundi 19 octobre

Crédit photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

A la suite du terrible meurtre de l’enseignant Samuel Paty par un jeune tchétchène de 18 ans vendredi dernier, on savait que le gouvernement et les différentes forces réactionnaires du pays, à commencer par l’extrême-droite et la droite, allaient en profiter (c’est cette expression qu’ils utilisent) pour manipuler l’opinion publique et alimenter l’ambiance islamophobe et répressive dans le pays. La machine des amalgames et stigmatisations s’est mise en route immédiatement. Le pire exemple de cela est sans doute le ministre de l’Intérieur Gerald Darmanin qui déclarait ce lundi sur l’antenne d’Europe 1 que des opérations ont été lancées contre des « dizaines d’individus » qui n’ont pas un « lien forcément avec l’enquête mais à qui nous avons manifestement envie de faire passer un message ». Un style digne d’un gangster.

Mais dans ce concert réactionnaire à plusieurs voix on a eu un invité surprise : Jean-Luc Mélenchon, le leader de la France Insoumise. Celui-ci depuis vendredi s’est lancé dans une série de déclarations jetant un voile de stigmatisation sur la communauté tchétchène. « Face au terrorisme islamiste, il faut répondre de manière très précise. Il y a clairement un problème avec la communauté tchétchène en France. Les Tchétchènes qui ont une activité d’islamisme politique sur les réseaux sociaux doivent être retrouvés et expulsés », lançait-il sur LCI.

Lors du rassemblement en hommage à l’enseignant assassiné à République il a tenu également à exprimer son message xénophobe à l’égard des Tchétchènes mélangeant une dénonciation contre les auteurs de crimes terroristes et une interrogation sur la « communauté tchétchène » : « on a affaire à des fous et à des assassins qui pratiquent des actes de terrorisme islamiste qui salissent leur religion et nous pourrissent la vie (…) Et puis aussi il faut interroger ce qu’il se passe avec les Tchétchènes en France parce qu’on a accueilli des Tchétchènes qui étaient des partisans d’une guerre civile sur fond de religion. Alors voilà la deuxième fois qu’on a affaire à des individus liés à cette communauté. Une première fois ils s’envoient à 150 terroriser une ville ; une deuxième fois en voici un qui coupe la tête d’un enseignant (...) il faut qu’on s’interroge sur ce qu’ils font ».

Il s’agit ici de discours martelés contre l’ensemble de la communauté tchétchène et non contre des individus qui pourraient commettre des actes terroristes ou des crimes de divers degrés de gravité. Et ces discours de Mélenchon contribuent à créer des amalgames et rendre tout Tchétchène « suspect » de terrorisme. Ces discours n’ont rien à envier à la stigmatisation opérée au quotidien par le gouvernement et les organisations et journalistes d’extrême-droite.

Dans ces situations terribles, l’opportunisme intrinsèque du leader de la France Insoumise le conduit à user de la pire rhétorique xénophobe, espérant capter une portion de l’électorat le plus chauvin et imbibé de préjugés islamophobes. Mais ce n’est pas un hasard si Mélenchon s’attaque aux Tchétchènes en particulier. Il est connu que l’ex-sénateur du PS s’adonne régulièrement à des louanges sur la politique étrangère russe. En ce sens, sa russophilie peut expliquer dans une large mesure son verbe rageur contre les Tchétchènes.

Quoi qu’il en soit, ces déclarations de Mélenchon participent pleinement à alimenter le tournant à droite dans la situation, l’offensive gouvernementale contre les musulmans et les discours xénophobes et réactionnaires de toutes les tendances d’extrême-droite. Certains militants ou sympathisants de la France Insoumise se trouvent eux-mêmes à tenter de défendre leur principale figure en reprenant à leur compte des arguments remplis de préjugés. Mais cela est le résultat inévitable du républicanisme chauvin que Mélenchon et la France Insoumise exhibent depuis le début, ce « nationalisme social » complètement adapté au républicanisme impérialiste français ne peut qu’aboutir au renforcement des préjugés nationalistes.

Cependant, nombreux sont les militants et sympathisants de la France Insoumise qui ont exprimé leur rejet des dires de Mélenchon. Beaucoup ont dénoncé via les réseaux sociaux ces amalgames dignes de Marine Le Pen. Effectivement, dans un moment où les forces réactionnaires tentent de profiter de cette tragédie pour se renforcer contre les travailleurs et l’ensemble des opprimés, ce n’est pas de ce type de prise de position que le monde du travail, la jeunesse, les classes populaires ont besoin. C’est en ce sens que nous condamnons fermement le meurtre de Samuel Paty et nous solidarisons avec ses proches mais en même temps rejetons toute récupération raciste, tout amalgame qui serve à rendre responsables tous les musulmans de cet acte ignoble. En ce sens, nous condamnons ces déclarations stigmatisant les Tchétchènes, notamment quand il s’agit d’une figure politique ayant une influence importante auprès des exploités et opprimés.




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