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Politique

Militarisme chez LFI

Mélenchon pour le rétablissement du service militaire des jeunes « au service de la patrie »

Dans une interview pour le journal l’Opinion, Mélenchon se dit favorable au service militaire et va même jusqu’à envisager un service du travail obligatoire pour les jeunes en cas de catastrophe naturelle. Après sa sortie xénophobe sur les Tchétchènes sur laquelle il s’est finalement rétracté, le leader de la FI poursuit une fuite en avant dans la présentation d’un programme teinté de défense de la patrie. Un programme qui, s’il exprime la logique du souverainisme de gauche de Mélenchon n’en est pas moins une virée à droite que la base de la FI se devrait de dénoncer.

mardi 1er décembre 2020

Crédits : Bertrand GUAY / AFP

Promotion de l’impérialisme français et relents militaro-patriotiques

Ce n’est pas une nouveauté, mais l’interview a au moins le mérite de la clarté. Mélenchon y fait la synthèse de son programme de « défense » axé sur la souveraineté du complexe militaro-industriel français et la promotion d’un impérialisme « autonome », non aligné sur les intérêts nord américains. Sur fond de relents patriotiques, le candidat de la France Insoumise en appelle même au renforcement de l’industrie française de l’armement, alors même que la France se trouve être le troisième exportateur d’armes dans le monde.

En vertu de la sacro-sainte souveraineté, Mélenchon affiche sa volonté de rebâtir une industrie de guerre entièrement autonome. Ainsi déclare-t-il que « la France doit être indépendante [et que] pour cela il faut que nous puissions être souverains, capables de nous défendre par nous-mêmes et par conséquent de produire par nous-mêmes les armements nécessaires ». Mais est-il vraiment anodin (et sérieux) de dépeindre la 5ème armée du monde, qui déploie plus de 30 000 militaires dans le monde de façon entièrement « souveraine », comme la vassale de puissances extérieures ? Il faut pourtant rappeler que la France, par ses intérêts économiques en Afrique et au Moyen Orient ainsi que par ses interventions militaires et la vente d’armes à travers le monde participe directement aux guerres, tuant par milliers des personnes.

Si Mélenchon aspire à une France « libérée » de l’OTAN, c’est essentiellement pour récupérer une pseudo indépendance militaire de la France qui aurait été perdue. Mais peut-on sérieusement croire que la France, par la seule force magique de son universalisme prétendument constitutif, pourrait troquer son habit de puissance impérialiste dominatrice et agressive au profit de celui de leader « pacifique et raisonnable » des « non-alignés » ?

Un bellicisme à peine dissimulé sous les arguments éculés de la défense préventive

Non content de dissimuler la forêt de l’impérialisme français et des profits faramineux du capitalisme de l’armement à la sauce bleu-blanc-rouge derrière l’arbre des dépendances en matière de politique extérieure de la France, Mélenchon adopte ouvertement un discours aux accents martiaux.

A propos des tensions diplomatiques avec la Turquie, il déclare en effet : « Je pense d’abord qu’on ne doit jamais se laisser provoquer. Jamais ! C’est au moment où les Turcs ont attaqué en Syrie, dans une zone tenue par les Kurdes qui sont nos alliés, qu’il aurait fallu prendre la décision de convoquer une assemblée de l’OTAN, pour faire valoir les droits des Français à se trouver en Syrie, là où ils estimaient nécessaire d’être ».

Décidément plus catholique que le Pape en la matière, Mélenchon, qui ne se laisse pas étouffer par la contradiction, affiche sa sympathie pour l’aventurisme militaire sous l’égide… de l’OTAN.

De plus, le candidat de la France Insoumise témoigne de son bellicisme à l’égard de la Turquie réactionnaire d’Erdogan en affirmant plus loin " [maintenir] que la Turquie doit rendre des comptes. Les moyens de représailles sur les Trucs sont plus nombreux qu’il n’y parait, y compris sur le plan des démonstrations militaires".

Le conflit qui oppose le capitalisme pétrolier français à la Turquie ne fait ici de la part du candidat LFI l’objet d’aucune critique, Mélenchon préférant verser dans le discours nationaliste fantasmant une France tout entière unie contre ses ennemis.

Encasernement de la jeunesse et service du travail obligatoire

Dans ce contexte d’offensive réactionnaire, sécuritaire et islamophobe, Mélenchon prend même position en faveur d’un retour au service militaire pour la jeunesse. Ces éléments de programme participent d’une stratégie du candidat de la France Insoumise pour séduire les classes dominantes.

" Je suis partisan de la conscription, déclare-t-il, […] il faut aller à l’essence de ce qu’elle est : un impôt du temps au service de la patrie". Encaserner la jeunesse, lui voler ses années pour le bien de la patrie et notamment de la police qu’elle se devrait d’épauler, en assurant en partie ses missions, afin de restaurer sa popularité auprès de la population, voilà le projet ouvertement déclaré à l’aune d’une crise sociale sans précédent qui touche déjà profondément la jeunesse et ses conditions d’existence.

Mais « l’insoumis » va plus loin : Une jeunesse encasernée pourrait même servir de main d’œuvre bon marché en cas de catastrophe climatique majeure. « On ne peut pas se payer la réparation de la France au prix du marché. Donc, on sera obligé de demander la contribution des jeunes Français ». Mélenchon déclare sans ambages ni honte aucune, vouloir condamner la jeunesse à travailler « sous le prix du marché » afin de réparer les calamités que nous inflige ce système.

Après sa sortie xénophobe sur les Tchétchènes, sur laquelle il s’est finalement rétracté, Mélenchon persiste dans une fuite en avant réactionnaire. Une position qui n’est pas largement partagée par la base des Insoumis comme il l’explique lui-même : à la question « Rétabliriez-vous une forme de service militaire obligatoire ? », Mélenchon répond « Oui, même si je ne suis pas certain que tous les Insoumis soient d’accord avec moi. ».

Dans la perspective de 2022, Mélenchon commence à esquisser son programme dont le ton ne résonne guère avec celui portée lors de sa campagne en 2017, « L’avenir en commun », dont les axes mis en avant lui donnaient une teinte plus progressistes. Plus que jamais, il est nécessaire que la base de la FI qui s’était offusquée de la sortie réactionnaire sur les Tchétchènes de Mélenchon dénonce cette fuite en avant qui corrobore la période marquée par l’offensive autoritaire et sécuritaire du gouvernement. Et cela est d’autant plus important à l’aune de la naissance d’un mouvement de masse pour la défense des droits démocratiques, contre la loi Sécurité Globale. Il faut par ailleurs rappeler que la défense des droits démocratique est intrinsèquement lié au mouvement anti-guerre contre l’impérialisme d’où qu’il vienne, et en premier lieu contre l’impérialisme français.




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La France Insoumise   /    Jean-Luc Mélenchon   /    Politique