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Politique

Mépris pour les classes populaires

Même les miettes sont de trop pour le Sénat, qui refuse de voter « l’indemnité inflation »

Ce mercredi dans le cadre du projet de loi de finances rectificative, le Sénat à majorité Les Républicains a rejeté l’« indemnité inflation » de 100 euros promise par le gouvernement pour tenter de calmer la colère face à la hausse du coût de la vie. Pour les Sénateurs, même les miettes jetées à la figure des classes populaires par LREM sont de trop.

jeudi 18 novembre

Olga Hagen

Ce mercredi, la chambre haute du Parlement dominée par des sénateurs LR a retoqué la fameuse « indemnité inflation » promise par le gouvernement et inclue dans le second projet de loi de finances rectificative (PLFR). Une nouvelle navette entre Assemblée Nationale et Sénat va donc avoir lieu dès lors que Macron compte sur ces miettes pour contenter les classes populaires sans fâcher le grand patronat à quelques mois des présidentielles.

Mesure phare du gouvernement dans le PLFR, l’indemnité inflation correspondait en effet à un versement unique de 100 euros, et était adressée aux « salariés, indépendants, retraités, chômeurs, allocataires des minimas sociaux, étudiants boursiers percevant moins de 2000 euros par mois » d’après le gouvernement, soit 38 millions de français.

Une mesure bien minime que l’exécutif réserve à certains secteurs de la population de façon arbitraire et qui ne sera versée qu’une seule fois. Cependant, à la place, le Sénat a adopté des modifications – 145 voix pour, 30 voix contre et 168 abstentions – diminuant grandement le nombre de personnes concernées par l’indemnité : les bénéficiaires de minima sociaux et de prestations sociales. Pour les chômeurs et jeunes en parcours d’insertion, cela se fera au cas par cas. Un moyen de « mieux cibler » l’aide pour Jean-François Husson, mais surtout réduire le coût du dispositif. En effet, Vincent Capo-Canellas lui-même, leader du groupe centriste, a déclaré que cela laissait « beaucoup de trous dans la raquette ».

Si le montant a été élevé à 150 euros pour faire passer la pilule, l’objectif du Sénat est clair. Tout en souhaitant apparaitre plus généreux sur le montant, Les Républicains veulent incarner une aile plus rigoureuse et stricte à l’égard des aides sociales afin de contenter le grand patronat et sa base électorale en pleine primaire du parti. En effet, tandis qu’initialement les figures LR revendiquaient la baisse des taxes à la consommation plutôt qu’une mesure indemnitaire, elles souhaitent désormais plaider pour le déficit public et réduire le coût pour l’État de l’indemnité inflation.

Présidentielles en vue, le gouvernement Macron reste déterminé

De quoi permettre au gouvernement de se localiser comme défenseur des classes populaires face à un Sénat conservateur. « Si c’est moins coûteux, ça veut dire qu’il y a moins de Français qui reçoivent. On a pris une mesure massive, on l’assume » a ainsi annoncé sur LCI Gabriel Attal, faisant ainsi passer « l’indemnité inflation » pour une politique d’ampleur inédite et subversive. Souhaitant faire apparaitre le gouvernement comme solide à quelques mois des élections, il a ajouté que « ce qui compte, à la fin, c’est le texte définitivement adopté. L’assemblée nationale a le dernier mot et a la majorité présidentielle ». Une façon de prendre sa revanche sur le Sénat qui avait tenté de bloquer la prolongation du passe sanitaire il y a quelques semaines pour apparaitre comme principale opposition à l’autoritarisme sanitaire.

Ni la mesure du gouvernement, ni celle du Sénat : s’organiser pour exiger une augmentation des salaires

Face aux mesures palliatives et hypocrites du gouvernement, aux discussions entre grands électeurs sur les miettes qu’ils pourraient bien vouloir laisser aux différents secteurs de la population touchées par l’augmentation des prix, il est nécessaire de s’organiser pour exiger une augmentation générale des salaires de 300 euros, indexés sur l’inflation. De la même manière, il faut une revalorisation du SMIC à 1800 euros net, et un gel des prix. On ne peut laisser les plus précaires payer la crise, pendant que Total multiplie ses profits par 23 par rapport à 2020 – dans le même temps qu’ils augmentent le prix du carburant –.




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