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Jeunesse

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Mépris de la jeunesse précaire. Pour Le Maire, « à 18 ans on veut un travail pas une allocation »

Alors que la jeunesse doit affronter une énorme détresse psychologique et une forte précarité, Bruno Le Maire a affirmé dans la matinale de BFMTV, vendredi dernier : « A 18 ans on veut un travail, pas une allocation ». Une nouvelle fois, le gouvernement montre la réponse qu'il donne à la jeunesse : celle du mépris et de l'indifférence.

lundi 18 janvier

Crédits photo : AFP / Eric Piermont

Invité de la matinale de BFMTV vendredi dernier, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, questionné sur la situation inquiétante de la jeunesse, a gardé le cap défendu par le gouvernement : pas question de parler de l’élargissement des aides sociales pour les moins de 25 ans. En effet, le ministre a fermement affirmé son opposition à l’élargissement du RSA aux 18-25 ans. Ce versement de minima sociaux aux jeunes a déjà été maintes fois rejeté par Macron, notamment le 4 décembre lors de son interview pour Brut où il disait y préférer « des solutions d’incitations de retour à l’emploi » , ou encore dans les déclarations de Gabriel Attal, alors secrétaire d’État à la jeunesse, au printemps dernier : « Le RSA pour les jeunes, ce serait se placer dans un esprit de défaite pour les jeunes comme pour l’État, aucun jeune ne grandit avec les minima sociaux comme horizons ». Malgré la demande claire d’aides urgentes de la part des organisations de la jeunesse, Le Maire a déclaré au micro de Jean-Jacques Bourdin qu’« à 18 ans ce qu’on veut c’est un travail, une rémunération de son travail […], pas une allocation. »

La revendication de l’ouverture d’aides pour la jeunesse n’est pas nouvelle, mais elle est plus que jamais d’actualité, la paupérisation de la jeunesse ne cessant d’augmenter avec la crise sanitaire et économique. Tous les facteurs montrent une réalité particulièrement inquiétante : au troisième trimestre de 2020, le taux de chômage, déjà en hausse historique pour l’année, a progressé « davantage pour les jeunes (+2,6 points) que pour les autres classes d’âge » (Insee) et 74% d’entre eux déclarent avoir rencontré des difficultés financières durant la crise, selon une enquête Ipsos commandée par la Fage.

Des contrats courts et précaires pour la jeunesse

« Nous, notre politique c’est mettre l’argent là où cela permet à un jeune de trouver un emploi », explique le ministre de l’Économie et des Finances. Mais quels emplois ? Lors de son allocution le 24 novembre, le président de la République a répondu à cette question en présentant la plateforme "1 jeune 1 solution". Cette plateforme est en réalité une gigantesque arnaque, et si le site renvoie à « plus de 20 000 offres d’emploi » déjà proposées par Pôle Emploi, mais aussi à des offres de services civiques et des missions locales, il s’agit avant tout d’un cadeau au patronat et un montage pour faire baisser les chiffres du chômage. En effet, le cadre d’1 jeune 1 solution permet aux entreprises de recevoir 4000 euros par tête recrutée, avec des conditions d’embauches précaires, proposant par exemple des CDD de plus de 3 mois. Quant aux services civiques, ils reposent sur des contrats temporaires et payés seulement 500 euros par mois. Ainsi, "1 jeune 1 solution" garantit aux entreprises flexibilité et bas coût des jeunes salariés, s’inscrivant dans la droite lignée de la politique pro-patronale du gouvernement.

Par ailleurs, ce plan de relance prévoit l’augmentation des moyens financiers alloués aux missions locales, permettant de doubler le nombre de bénéficiaires de la garantie jeunes en 2021 à 200 000. Lancée en 2013, la garantie jeunes permet aux NEET (Neither in Employment nor in Education or Training, jeunes en situation de précarité n’étant ni en emploi, ni en formation, ni en études) de recevoir un montant d’au maximum 484 euros, à condition de suivre un parcours d’insertion intensif en mission locale pendant un an à un an et demi. Ce dispositif n’apporte ainsi qu’une réponse de court terme au chômage dans la jeunesse. Le projet de son élargissement en « garantie jeunes universelle », initiative de la ministre du travail Elisabeth Borne qui sera étudiée dès la mi-janvier, est l’alternative d’opposition toute trouvée à l’extension du RSA. Face à la précarité, la réponse du gouvernement est encore une fois celle de la précarisation des contrats jeunes. Dans ce sens, le discours de Bruno Le Maire est on ne peut plus hypocrite, les plans du gouvernement sont une succession de cadeaux au patronat sur le dos de la jeunesse. Si le gouvernement répond aux besoins vitaux de toute la jeunesse en affirmant « créer de l’emploi », la réalité est toute autre : ces contrats proposés sont on ne peut plus précaires, le marché de l’emploi est bouché et la situation est dramatique.

Le mépris de la détresse psychologique des étudiants

À l’université, les étudiants qui sont contraints de suivre leurs cours à distance et de s’isoler depuis des mois, qui voient leurs stages annulés ou reportés, sont nombreux à décrocher. La détresse psychologique qu’ils subissent s’est illustrée par six tentatives de suicide en une semaine, dans des résidences universitaires de Lyon, sur un campus à Strabourg et à Paris 4, et depuis vendredi par le suicide de deux étudiantes en PASS dans des facultés de médecine parisiennes. Ce même vendredi, Macron répondait « Il va falloir encore tenir » à une étudiante de Science Po Strasbourg qui l’avait interpellé sur le mal-être lié à la fermeture des universités dans une lettre relayée sur les réseaux sociaux. Ce mépris de la jeunesse par le gouvernement avait déjà été explicite jeudi dernier, lors de l’allocution de Castex et quelques ministres, actant la non-réouverture des universités, sauf pour les TD pour les étudiants en première année à partir du 25 janvier. Deux coups de com’ avaient en revanche été annoncés : le doublement des effectifs de psychologues dans les universités, quand on sait qu’ils sont en moyenne 1 pour 30 000 étudiants, ainsi que l’embauche, dans des contrats précaires, de 20 000 étudiants tuteurs ayant pour mission d’accompagner leurs pairs.

Ainsi la jeunesse, en première ligne de la crise sanitaire et économique, fait face d’une part à la perte d’emploi et d’autre part à des modes d’insertions sur le marché du travail qui ne donnent pour perspective d’avenir qu’une précarisation toujours accrue. Laissés-pour-compte, les étudiants souffrent de leur isolement et voient l’enseignement suivi se dégrader de jour en jour. Parallèlement, la crise sanitaire et économique a mis en lumière l’absolue priorité du gouvernement pour maintenir la machine capitaliste en protégeant à tout prix le profit des entreprises, au mépris des systèmes de santé ou d’éducation. L’application de cette politique fait payer la crise à la jeunesse et aux travailleurs.

Plus que jamais, la jeunesse se doit de se mobiliser et de descendre massivement dans la rue pour obtenir les revendications nécessaires. Au-delà de l’élargissement du RSA aux 18-25 ans, il est aujourd’hui vital d’exiger la mise en place d’un revenu étudiant pour tous et toutes. Il est également important, à l’heure où la détresse des étudiants s’exprime de la manière la plus tragique qui soit, d’exiger la réouverture des facs indexée à des moyens supplémentaires pour mettre en place un protocole sanitaire cohérent. Il est vital également d’augmenter le nombre de personnels médicaux dans nos universités et, dans ce sens, de lutter contre la casse généralisée de l’université. Enfin, la jeunesse qui s’est mobilisée massivement dans les mouvements contre les lois liberticides et racistes, mais aussi contre les violences policières, doit se mobiliser contre le gouvernement pour gagner sur ses aspirations : celle d’une autre société anticapitaliste, et réellement émancipatrice.




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