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Politique

CRISE SANITAIRE

Méprisés et sous-payés : la colère des étudiants en médecine réquisitionnés par le gouvernement

Alors que l’hôpital public est confronté à une troisième vague qui fait craindre une saturation, l’impréparation du gouvernement rend nécessaire la réquisition d’étudiants du secteur de la santé. Une annonce qui a largement choqué les étudiants, déjà mis à l’épreuve depuis un an, souvent mal payés et avec des conditions d’examens inchangées.

vendredi 2 avril

Crédits photo : AFP

Si mercredi dernier, lors d’une énième allocution depuis le début de la crise épidémique, Emmanuel Macron a dû se résoudre à prendre à de nouvelles mesures, il maintient le cap qu’il a poursuivi depuis un an, fait de gestion répressive et de soutien aux entreprises, préservant le plus possible le temps économique au détriment de la vie sociale de la population. Cette logique, qui l’a conduit à s’entêter dans le pari d’un « trou de souris » censé éviter un nouveau confinement en appliquant d’intenses restrictions des libertés à l’aide du couvre-feu, a eu pour effet d’étaler dans le temps les effets de l’épidémie. Alors que les hôpitaux sont en permanence sous tension depuis octobre, la stratégie de l’exécutif s’est clairement faite sur le dos des soignants, devant assumer sans moyens supplémentaires, le choc de la troisième vague et du variant anglais.

Dans un secteur abimé par vingt ans de réductions de moyens, lesquelles ont continué au cours de l’année, l’hôpital a désormais besoin de main d’œuvre supplémentaire dans l’urgence sans pouvoir la financer ni la former. De même que le gouvernement a choisi de « pousser les murs de l’hôpital » en transférant des patients dans les régions les moins touchées pour pallier la saturation des services de réanimation, il a décidé de faire appel à l’apport supplémentaire des étudiants en santé pour répondre au manque de personnel.

Après la casse de l’hôpital public, le recours aux étudiants sous-payés…

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette annonce a été reçue froidement par les intéressés.


Tandis qu’Emmanuel Macron appelait à une mobilisation plus accrue des volontaires extérieurs aux personnels soignants, soit donc les étudiants, retraités, et membres de la réserve sanitaire, en réfléchissant donc à une réquisition, il a voulu saluer les efforts déjà entrepris par les étudiants en médecine, oubliant la masse d’étudiants dans le reste du secteur de la santé qui travaillent d’arrache-pied contre l’épidémie.

Comme ces derniers l’expliquent sur les réseaux sociaux, ils sont déjà mis à l’épreuve pour effectuer les nombreux tests salivaires et PCR réalisés chaque jour, mais aussi pour aider à la vaccination.

Dans le cas d’un virus qui circule partout sur le territoire, nécessitant des tests réguliers, et dont l’issue principale est la vaccination, ils fournissent donc un travail essentiel dans la lutte contre l’épidémie. Pourtant, l’effort fourni par les étudiants est souvent rémunéré à des montants ridiculement bas. Dans la diversité de formations qui offrent leur service aux hôpitaux (infirmiers en formation, étudiants en médecine, internes ou externes etc) on constate à chaque fois la même logique : des étudiants en médecine à Lyon réquisitionnés pour effectuer des tests PCR et rémunérés pour 2,6 de l’heure, aux infirmiers en formation rémunérés pour 1000 euros brut pour un 35h dans le grand-est, selon une note interne révélée par le collectifs inters-blocs

Pour le collectif, cette mobilisation forcée des infirmiers est révélatrice de logiques plus profondes, les étudiants devenant pour eux une variable d’ajustement des ressources humaines de l’hôpital. Après avoir laissé les soignants en manque d’effectifs pendant des années, l’hôpital public se rabat en effet sur des étudiants sous-payés.

… Qui n’empêche pas la sélection à l’université

 

D’autant que cet engagement contre l’épidémie risque d’avoir des conséquences lourdes pour leurs études, notamment du fait de l’intense sélection qui règne dans les filières de santé.

Tandis que les étudiants infirmiers qui ont réagi aux annonces de Macron déplorent les difficultés que cela cause sur une formation déjà courte, les étudiants en médecine doivent en plus faire face à des conditions d’examens inchangées. Déjà en avril 2020, les étudiants de médecine de l’Université de Paris réquisitionnés pendant la pandémie avait été contraints de passer leurs examens, de même qu’ils ont du passer leurs partiels en présentiel, en dépit des risques de contagion. A croire que l’effort surhumain demandé aux soignants d’affronter une épidémie hors de contrôle, ne doit pas empiéter sur la sélection et l’élitisme de l’université, dont l’Université de Paris, une des principales facultés de médecine parisienne, est un des exemples les plus avancés. Une sélection d’autant plus absurde que l’épidémie a mis en évidence le manque criant de personnel médical.

Dans le marasme sanitaire actuel où l’hôpital, abandonné depuis plusieurs décennies, est contraint de faire appel à des étudiants sous-payés, pour répondre à une flambée épidémique causée par l’irresponsabilité du gouvernement, il faut pointer du doigt clairement les responsables. Une marchandisation de la santé, des facs aux hôpitaux qui peut s’incarner dans l’action de Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris et membre de droit du Conseil d’Administration de l’Université de Paris, contre lequel luttent les soignants mobilisés contre la fusion des hôpitaux Bichat et Beaujon entraînant la suppression de 400 lits, et les étudiants du Poing Levé de l’Université de Paris.




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