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Merkel marque ses distances avec Macron

« Il existe entre nous des différences de mentalité » a résumé la chancelière Angela Merkel au journal Süddeutsche Zeitung, dans un entretien qu’elle leur a accordé au sujet de sa relation avec le président Emmanuel Macron.

jeudi 16 mai

Deux ans après la visite d’Emmanuel Macron à Berlin, son premier déplacement à l’étranger en tant que Président de la République, les relations franco-allemandes sont loin d’être au beau fixe. À une dizaine de jours des élections européennes, Angela Merkel a décidé d’afficher ses distances avec Macron.

« Confrontations » et « compromis », mais une même vision néolibérale de l’Europe

Angela Merkel ne s’en cache pas : ses relations avec Emmanuel Macron sont difficiles. « Il existe entre nous des différences de mentalité ainsi que des différences dans la conception de nos rôles respectifs. Il en a toujours été ainsi. » Macron a d’ailleurs répondu à ces déclarations mercredi, et semble être sur la même longueur d’onde : « Nous devons accepter des désaccords momentanés, de ne pas totalement être d’accord sur tout, pour construire un compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer ».

Derrière cette langue de bois se cache un fossé qui se creuse entre les deux chefs d’État. Sur les questions européennes d’abord : Macron soutient le Français Michel Barnier, qui brigue la succession de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission européenne, tandis que Merkel soutient l’Allemand Manfred Weber, membre comme elle du Parti populaire européen, dont LREM ne fait pas partie.

Sur les questions écologiques aussi. Angela Merkel s’est ralliée à l’initiative française appelant l’UE à se fixer un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, mais avec prudence. Elle lance même une pique à Macron : « Si je voulais imposer cela d’un trait de plume, en Allemagne, on me demanderait à quel point c’est réaliste. » Une position plus modérée sur la question écologique donc, alors même que Macron est loin de tenir une ligne radicale sur le sujet...

Elle souligne cependant dans l’entretien que les deux pays on fait « d’énormes progrès » en matière de politique commune de défense, et se félicite du projet franco-allemand de conception d’un avion de combat et d’un char. Toutefois, ces "prises de distance" de Merkel ne semblent pas concerner la vision globale néo-libérale de l’Europe, qu’elle partage avec Macron. En définitive, c’est bel et bien en termes de protection du « leadership » allemand, d’où l’insistance sur les divergences de méthode plus que de fond, que Merkel joue sa partition. D’où, aussi, l’affirmation d’une entente totale sur la question sensible de l’Europe de la défense.

Merkel sur le départ

Cet entretien est aussi un moyen pour Angela Merkel de retrouver une certaine légitimité. Fragilisée par les résultats décevants de son parti aux dernières élections, désavouée au Parlement par sa propre coalition, la Chancelière entend néanmoins rappeler qu’en matière de politique européenne, on peut difficilement se passer d’elle.

« Emmanuel Macron n’est pas le premier président français avec lequel je travaille », lance-t-elle, rappelant qu’elle dirige l’Allemagne depuis 2005 qu’elle a été constamment réélue depuis et, qu’en définitive, elle reste la principale « taulière » des chefs d’Etats des pays centraux européens.

Et les relations ne risquent pas de s’améliorer de si tôt. Car Angela Merkel a décidé de ne pas se représenter à la présidence de son parti, et la personne qui semble la mieux placée pour lui succéder à la tête du pays est Annegret Kramp-Karrenbauer. Nouvelle chef de la CDU, elle incarne l’aile plus “sociale” du parti, et risque de ne pas entretenir de meilleurs rapports avec le président français ; elle est notamment d’avis que la France devrait céder son siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU pour en faire un siège commun à toute l’Union Européenne, ce qui promet de ne pas plaire au chef de l’État et à l’impérialisme français, pour qui cette place est un enjeu stratégique majeur.

La relation conflictuelle entre l’Allemagne et la France fragilise le projet néo-libéral, majoritaire au sein des différentes classes dominantes européennes, et, dont ils sont le principal moteur. Macron cherchait à se montrer comme le leader de l’Europe néolibérale, il se retrouve de plus en plus isolé face aux refus de concessions essuyés de la part d’Angela Merkel, bien déterminée à ne pas céder sa place. Sans doute, la chancelière allemande cherche aussi à se dissocier, au moins sur la forme, d’un Emmanuel Macron en difficulté et au plus bas avec la crise des Gilets Jaunes.




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