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Politique

Stratégie sanitaire

Mesures territoriales : Castex veut masquer l’échec du couvre-feu

Le premier ministre, accompagné par Olivier Véran et « monsieur vaccin » Alain Fisher a pris la parole à 18h ce jeudi pour annoncer, au-delà des taux de contamination alarmants, la mise sous « surveillance renforcée » de 20 départements. Une nouvelle allocution gouvernementale qui tente de masquer l'échec de la stratégie sanitaire et de préparer le terrain à un troisième confinement national.

jeudi 25 février

Nouvelle allocution gouvernementale ce jeudi soir. Castex était accompagné pour l’occasion d’Olivier Véran, ministre de la Santé, et d’Alain Fisher, Président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. Après une phase d’optimisme et de « positive attitude » visant à justifier le pari de Macron de ne pas reconfiner à la rentrée de janvier, et de laisser les écoles et une partie des commerces ouverts, le gouvernement se voit bien obligé de revoir sa copie.

Le premier ministre a ouvert les annonces par des chiffres qui illustrent parfaitement l’échec de la stratégie du couvre-feu répressif instauré par le gouvernement il y a plus d’un mois sur l’ensemble du territoire. En effet, dans les dernières 24 heures qui ont précédé l’allocution, le seuil des 25 000 nouveaux cas de contamination a été dépassé, et les variants – en particulier le variant britannique, mais également le variant sud-africain en Moselle – continuent à gagner du terrain.

« Nous avons un phénomène de montée, réelle, mais plus lente, ce qui nous permet d’avoir des mesures fortes et territorialisées a déclaré Olivier Véran. Si nous avons des flambées épidémiques constatées, les mesures territoriales ne seraient probablement plus adaptées. » Mais pour l’heure, le gouvernement privilégie précisément les mesures locales, comme à Nice ou à Dunkerque concernés par des couvre-feux le week-end et la prohibition de la vente d’alcool, outre le couvre-feu à 18h en semaine. 20 départements au total sont placés sous « surveillance renforcée » et pourraient être soumis à des restrictions similaires d’ici le week-end prochain.

Ces mesures appliquées localement et qui révèlent déjà leur inefficacité ne parviennent pas à masquer l’inéluctabilité d’un troisième confinement que le gouvernement redoute pourtant. Le raffermissement des restrictions locales, après avoir véhiculé l’idée que l’hexagone était passé à travers les mailles du filets d’une reprise de l’épidémie, ont selon des conseillers de la macronie surtout l’objectif de préparer les esprits à un confinement strict qui apparaît de plus en plus inévitable. Peut-être même à une fermeture des écoles comme au printemps dernier. « Sans doute plus proche du confinement de mars que d’octobre » déclarait un proche de Macron aux Echos.

Autre point sensible : la stratégie vaccinale qui s’avère défaillante par bien des aspects. « Cette épidémie, nous en verrons le bout a déclaré Jean Castex. La progression de la campagne vaccinale nous fait fixer un cap, celui du printemps. D’ici là nous devons tenir ensemble, poursuivre nos efforts, rester vigilants et solidaires sur le plan collectif. Nous devons adapter nos mesures sans retard ni précipitation. Dans la recherche des bons équilibres avec les élus et les territoires. Dans la transparence et la vérité. »

Le gouvernement décharge ainsi la lenteur des vaccinations – dont il est encore trop tôt pour affirmer le taux d’efficacité – sur les individus, en insistant sur la responsabilité de chacun. Alors qu’à peine 2% de la population est aujourd’hui vaccinée, et que l’ouverture des vaccinations aux personnes de plus de 50 ans (particulièrement exposées au virus, notamment sur leur lieu de travail), ne se fera pas avant le mois de mai, les ministres se relaient pour vanter les mérites de la stratégie gouvernementale, et pointer la responsabilité des soignants. Soignants qui selon Olivier Véran refuseraient de recevoir des doses de vaccins : « Il y a quand même encore des établissements où les soignants ne se font pas vacciner. Cela me pose un problème éthique. » Une véritable insulte envers ces travailleurs de la première ligne quand on sait que le principal problème c’est la gestion des doses de vaccins et les pénuries successives.

Cette temporisation du gouvernement, qui n’en finit pas de masquer sa responsabilité dans la catastrophe sanitaire, derrière un discours individualisant et culpabilisant, et une stratégie du tout-répressif, provoque la colère des professionnels de la santé. Face à des proches de la macronie qui tentent à tout prix de retarder une troisième version du confinement, par exemple en proposant de confiner uniquement les plus âgés, Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’UFML s’est indigné : « C’est débile et honteux d’un point de vue scientifique, totalement contraire à la médecine de discriminer les gens selon leur état de santé. »




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