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Politique

Métallurgie. Le chômage partiel longue durée instauré à peine le décret sorti

Le décret entérinant le chômage partiel longue durée est sorti ce jeudi au Journal officiel. Quelques heures après, l’accord a été signé pour tout le secteur de la métallurgie. Un nouveau chantage à l’emploi qui va permettre au patronat de préserver ses bénéfices, en faisant trinquer les travailleurs et le contribuable.

jeudi 30 juillet

Crédit photo:REMY GABALDA / AFP

Ce jeudi le décret du « dispositif spécifique d’activité partielle en cas de réduction d’activité durable », plus simplement et couramment nommé « chômage partiel de longue durée » a été publié au Journal officiel. Le dispositif « autorise une réduction du temps de travail jusqu’à un maximum de 40% d’heures chômées, compensées par l’État », « de son côté, l’entreprise recevra une compensation de 85% de l’indemnité versée au salarié, (soit 15% de reste à charge) pour un accord conclu avant le 1er octobre et 80% pour un accord conclu après. » résume ainsi BFM-Tv. Pour les salariés par contre, la note sera plus salée, puisque sur les 40 % d’heures chômées, ils ne toucheront que 84% du salaire net (ou 70% du brut). Ce dispositif n’est rien d’autre qu’un moyen pour les patrons des grosses entreprises d’accroître la « flexibilité » au travail, en modifiant à l’envie le nombre d’heures travaillées par les salariés, en faisant payer le tout par l’État — sans donc jamais toucher à leurs profits. Il s’inscrit dans la suite du chômage partiel mis en place pendant l’état d’urgence sanitaire et dans la continuité de la politique pro-patronale du gouvernement. En effet, ce dernier a enchaîné les cadeaux au patronat ces derniers mois, à l’image des milliards d’euros d’aide et de prêts garantis dont ont pu bénéficier des entreprises comme Renault ; et il prolonge ces aides pour plusieurs années, puisque les patrons ont jusqu’en juin 2022 pour faire la demande de ce chômage partiel de longue durée.

À l’origine de ce décret, on trouve un manifeste porté par le patronat de la métallurgie- l’Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et les syndicats CFDT et FO du secteur. Et ces champions du « dialogue social pour mieux casser les acquis sociaux », attendaient avec impatience l’officialisation du décret qui reprend les contours de leurs propositions. Ainsi quelques heures à peine après la sortie au Journal officiel, l’IUMM et et la CFDT, CFE-CGC et FO ont signé le premier accord de branche mettant en place le chômage partiel longue durée. Et l’attaque n’est pas des moindre puisque comme nous l’apprend le Figaro : alors que ce décret est normalement conditionné à un accord par branche, établissement ou groupe , l’accord signé dans la métallurgie pourra être mis en place même « en l’absence d’accord d’établissement, d’entreprise ou de groupe ». L’accord, par ailleurs, autorise à titre exceptionnel de dépasser le seuil de 40 % de travail chômé pour atteindre les 50 %, réduisant encore un peu plus les salaires des employés soumis à ce statut. Mais il n’y a pas que dans la métallurgie que le patronat est intéressé par l’activité partielle de longue durée : chez Safran le dispositif a déjà été négocié, avant même l’arrivée du décret, et d’autres devraient suivre.

La mise en place de ces attaques qui vont tomber au compte-goutte, au fur et à mesure des accords locaux, a été permise au nom du « maintien de l’emploi ». C’est là dessus que joue hypocritement le patronat qui cherche avant tout à gagner du temps, en repoussant les licenciements massifs et la colère qui pourrait s’en suivre. En effet les mesures anti-sociales mises en place au nom des soit disant licenciements “évités” ont déjà engendré des réponses de la part des salariés, comme chez Derichebourg où les salariés se sont mis en grève contre les Accords de Performance Collective. Mais c’est également derrière ce prétexte du « moindre mal » que se cachent les syndicats traîtres qui sont allés négocier ces attaques ainsi dans le cas de l’accord de branche«  Pour FO, ce nouveau dispositif « devrait permettre d’éviter la mise en œuvre d’autres instruments juridiques bien plus dévastateurs socialement .  » Et c’est dans ce même sens que se réjouit le gouvernement par la voix de l’actuelle ministre du Travail, qui a félicité chaudement les organisations patronales et syndicales pour avoir mis en place cet accord... pour «  protéger de nombreux emplois ».

Alors même que sa prédécesseure Muriel Pénicaud affirmait le 28 juin qu’« Un accord majoritaire pourra permettre des licenciements en même temps » que les entreprises bénéficieront des financements du chômage partiel.

Ce dernier exemple est édifiant, il permet de voir l’hypocrisie de ce décret, qui n’est rien d’autre qu’un dispositif pour permettre au patronat de préserver ses profits. Un chantage à l’emploi indigne, où le dialogue social sert de caution pour le patronat et le gouvernement. En effet, le dialogue social est au cœur de la politique du gouvernement ces derniers temps. Castex en a fait son cheval de bataille pour prévenir et tenter d’étouffer toute forme de contestation, tout en faisant passer de violentes attaques contre les travailleurs. L’exemple qu’il faut suivre est celui de ceux qui refusent les licenciements comme chez Nokia, de ceux qui font grève pour ne pas travailler 37 heures au prix de 35, ou de ceux encore qui se battent contre des fermetures d’usines. Il faut dénoncer ce dialogue social qui souhaite « limiter la casse », il faut refuser au contraire tous les licenciements. Il s’agit de prendre exemple sur toutes ces grèves qui ont éclatées face aux premiers plans de licenciements, de les poursuivre et les coordonner.




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