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Politique

Suspension des accords de Schengen et vague de réaction en UE

Migrants : Valls ouvre le bal de la xénophobie à l’Assemblée

Yano Lesage Après le débat de la veille actant les frappes françaises en Syrie, les députés se sont attelés, ce mercredi, à la question de l’accueil des réfugiés sur le sol français. Tout comme celles d’A. Merkel, les larmes socialistes ont vite séché après l’émoi provoqué par la mort du petit Aylan... En affirmant qu’il n’hésitera pas à rétablir le contrôle aux frontières, et en limitant l’accueil des réfugiés à 24 000, le gouvernement Valls n’est pas épargné par la vague réactionnaire qui gagne toute l’Europe actuellement et fait une haie d’honneur aux idées xénophobes de l’extrême droite. La preuve à l’Assemblée.

mercredi 16 septembre 2015

Retour des contrôles aux frontières et stricte limitation de l’accueil des réfugiés

Valls a ouvert la séance : si le gouvernement a annoncé souhaiter débloquer 300 millions d’euros pour aider les mairies et les collectivités locales à l’accueil des réfugiés en 2016, il a aussi expliqué clairement que cet accueil serait limité à 24 000 réfugiés en deux ans, un chiffre totalement dérisoire lorsqu’on le compare aux 60 000 demandes actuellement en cours, mais surtout aux 400 000 arrivées en Union européenne, recensées depuis le début de l’année. Il est d’autant plus ridicule quand on connaît les capacités de l’État français en terme financier et spatiaux, qui n’hésite pas à engager des dépenses militaires dans une nouvelle intervention impérialiste en Syrie.

De plus, et dans la droite ligne des déclarations d’Angela Merkel et des pays européens qui se sont empressés de suivre son exemple, Valls a annoncé qu’il « n’hésitera pas à rétablir le contrôle aux frontières » comme c’est déjà le cas sur le tronçon franco-italien, point de passage vers le nord de l’Europe pour les migrants arrivés sur les côtes méditerranéennes en Italie. Du président hongrois Viktor Orbán, largement dénoncé pour sa politique ouvertement xénophobe, au gouvernement Hollande-Valls, et malgré le rétablissement des frontières entre les deux pays, les rapprochements idéologiques n’ont jamais été aussi forts.

La droite et l’extrême droite prises de court par le gouvernement

La gauche était rassemblée derrière l’hypocrisie du PS prônant les raisons humanitaires de l’accueil des réfugiés, même si les communistes ont fait entendre l’idée que les capacités d’accueil des réfugiés pouvaient être augmentées.

Du côté de la droite, un temps déstabilisée par l’inflexion temporaire du discours de Merkel en faveur des réfugiés syriens, les Républicains se retrouvent coincés entre le retournement de la politique du gouvernement PS sur la gestion de la crise migratoire et la nécessité de jouer la surenchère xénophobe pour ne pas se laisser déborder sur sa droite par le Front National. Des divergences se sont exprimées au sein des Républicains, entre l’aile sarkozyste incarnée par Bruno Le Maire qui veut à tout prix donner une image de fermeté et ceux proches plus ouverts, tel d’Alain Juppé qui jugent le chiffre de 24 000 réfugiés acceptable.

Le statut de « réfugiés » a été un des points d’achoppement des débats. La droite comme l’extrême droite contestent à la plupart des migrants ce statut qui relève des situations de persécution personnelle. À la distinction entre réfugiés et migrants économiques, la droite en a ajouté une supplémentaire, celle de « réfugiés de guerre  », pour mieux insister sur la nécessité de voir ces réfugiés repartir dans leur pays d’origine une fois la guerre achevée. Abondant dans le sens du FN qui est pour le renvoi dans des camps au sein des pays limitrophes aux conflits, le pan le plus sarkozyste des Républicains réfléchit également au fait de refuser le « droit du sol » aux enfants des réfugiés qui pourraient naître sur le territoire national.

La position du gouvernement, favorable aux hot-spots et au renvoi des réfugiés dans des camps aux limites de l’UE et des zones de conflit comme le soutient le FN, et assumant la distinction entre migrants économiques et réfugiés chère à la droite républicaine, ne laisse que peu de marge de manœuvre à l’opposition. Une telle politique ne fait qu’augmenter le niveau de surenchère xénophobe et abjecte qui s’est exprimé clairement dans les rangs de l’Assemblée, déplaçant également les lignes de fracture, sur la droite, au sein de l’échiquier politique.

Et ce mouvement général de droitisation ne semble que commencer. S’il y a un élément qui en est particulièrement symbolique, c’est bien la décision du gouvernement de suspendre la libre circulation dans l’espace Schengen, programme depuis longtemps revendiqué par le Front National. Même si son caractère provisoire a été annoncé, on se doute bien que ce n’est qu’un premier pas vers une adaptation à un repli national, si cher au FN.




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Réfugiés   /    Politique