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Politique

Mineurs isolés

Migrants "voleurs, assassins, violeurs" : Zemmour surfe sur l’offensive réactionnaire du gouvernement

Alors que l'agenda réactionnaire du gouvernement s'accélère autour du projet de loi « contre les séparatismes », Zemmour s'est engouffré dans la brèche pour déverser sa haine raciste, décrétant que les jeunes migrants sont tous "des voleurs, des assassins, des violeurs".

jeudi 1er octobre

Photo : Dr

A l’approche du discours présidentiel sur la loi contre le "séparatisme", la droite extrême et l’extrême droite se sont engouffrées dans la brèche réactionnaire ouverte par le gouvernement. Eric Zemmour n’a pas fait exception, et détient certainement la palme de la réaction, avec sa sortie sur Cnews ce jeudi : « Les jeunes issus de l’immigration [...] sont tous des voleurs, ils sont tous des assassins, ils sont tous des violeurs ». Une énième déclaration polémique et xénophobe, qui lui a valu une plainte de SOS Racisme.

Mais cette nouvelle sortie raciste ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans la continuité de la politique nauséabonde du gouvernement, et pousse sa logique à son paroxysme. Il suffit pour s’en convaincre de lire les déclarations de Gérald Darmanin. Pour le ministre de l’intérieur, il y a « d’abord ceux qui méritent le droit d’asile, l’accueil de la République, et ceux qui méritent d’être reconduits à la frontière parce que soit ils ne sont pas mineurs, soit ils doivent repartir dans leur pays ». La rhétorique classique du « bon » et du « mauvais » migrant, qui vise à justifier le tri fait aux frontières de l’Europe et de l’hexagone pour renvoyer dans leurs pays d’origine des hommes et des femmes qui fuient la guerre et la misère. Un tri qui devraient également s’effectuer en fonction de l’origine des demandeurs d’asile selon Darmanin puisqu’il cible certains demandeurs d’asile en particulier (venant « du Maroc, de l’Algérie, mais aussi de la Tchétchénie ou du Pakistan ») arguant que « le problème [...] relève notamment des pays du Maghreb ».

C’est une attaque au hachoir commise le 25 septembre à quelques pas de l’ancien siège de Charlie Hebdo par un jeune Pakistanais qui a servi de prétexte à la droite et l’extrême-droite pour ouvrir cette polémique nauséabonde sur l’accueil des mineurs isolés en France. Alors que l’auteur de l’attaque déclarait être né en 2002 pour pouvoir être admis sur le territoire au titre de mineur non accompagné, son âge a récemment été estimé à 25 ans. Une affaire immédiatement instrumentalisée à tout va pour chercher à justifier un nouveau durcissement en matière d’accueil des migrants en France, et en particulier l’asile accordé aux mineurs isolés.

Pour Marine Le Pen, la solution est simple : il s’agit de renvoyer l’ensemble des mineurs isolés dans leurs pays d’origine. « « La criminalité du quotidien générée par ces présumés mineurs, qui mène désormais jusqu’au terrorisme, mais aussi le coût financier exorbitant des prestations, montrent les carences et les risques multiples qui pèsent sur la vie des Français du fait des choix politiques des gouvernements successifs » a ainsi déclaré la présidente du RN. Elle exige également, au même titre qu’Eric Ciotti (LR), que des tests osseux soient effectués systématiquement sur les jeunes qui demandent asile en France. Le recours à cette méthode n’est aujourd’hui pas privilégiée, et sa fiabilité est loin d’être totale.

Mais par dessus tout, ce qui se cache derrière ce discours qui estimerait qu’on ne mérite d’être accueilli en France que jusqu’à 17 ans et 11 mois, voire pas du tout, c’est encore une fois une rhétorique de la peur, qui insinue que tous les jeunes qui mentent sur leur âge pour fuir un pays dévasté par des conflits militaires ou par une crise économique sont des terroristes en puissance. Dans la même veine, le procureur de Paris évoque « un nombre très important, en hausse considérable, de mineurs non accompagnés qui sont à l’origine d’une délinquance, inquisitive, de voie publique, particulièrement significative ».

Devant la recrudescence de positions toutes plus réactionnaires et xénophobes les unes que les autres, l’UNICEF s’est exprimée ce jeudi sur la polémique, arguant que « des situations ou des cas problématiques devenus médiatiques ne doivent pas être utilisés pour généraliser le propos et stigmatiser les mineurs non accompagnés » qui doivent « bénéficier d’une protection quelle que soit leur origine ».

Dans une vidéo publiée sur Twitter, Anasse Kazib, délégué syndical Sud Rail et militant à Révolution Permanente, revient sur la signification politique de ce renforcement du discours xénophobe et sécuritaire. Il rappelle que « Zemmour c’est un épouvantail, il va tellement loin que ça force les autres personnalités à se positionner toujours plus à droite, ils apparaîtront forcément moins réactionnaires que lui ».

Et en effet, derrière ces déclarations toutes plus réactionnaires les unes que les autres, c’est un véritable glissement à droite de l’échiquier politique qui est en train de s’opérer. Un renforcement de la politique sécuritaire et xénophobe dont le gouvernement en place est le premier responsable, et dont les populations musulmanes ou assimilées sont les premières victimes.

Car l’offensive lancée par Darmanin sur la question des mineurs isolés intervient dans un moment bien particulier. Cette nouvelle polémique intervient la veille du discours de Macron contre le séparatisme, alors que chaque fait d’actualité devient prétexte à une déferlante raciste et islamophobe. Le 11 septembre, une étudiante voilée qui filme des recettes de cuisine à petits budgets était assimilée à une terroriste par une journaliste du Figaro. Quelques jours plus tard, deux députées – LR et LREM – quittaient l’assemblée, refusant d’écouter une syndicaliste de l’UNEF portant le hijab. Le gouvernement mène de façon décomplexée la politique de l’extrême-droite en matière de sécurité et d’immigration, tout en jouant un rôle de premier plan dans les conflits impérialistes qui sont souvent la raison de la fuite des habitants des régions déstabilisées par les interventions militaires de pays comme la France.

Dans ce contexte, il est plus urgent que jamais de réaffirmer notre solidarité pleine et entière à tous les réfugiés et les migrants et d’exiger un accueil digne pour celles et ceux qui le souhaitent et indépendamment de leur âge réel ou supposé. Il faut réquisitionner les logements vides pour y loger tous les sans-abris, et combattre l’ensemble des lois xénophobes mises en place par le gouvernement en France et à l’échelle européenne. Contre la logique de la peur et du tout sécuritaire, contre la répression des réfugiés qui s’accompagne d’un discours raciste et islamophobe, revendiquons le droit d’installation pour toutes et tous.




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