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Jeunesse

« Militer n’est pas un crime ». De nombreux soutiens devant le tribunal de Versailles pour Roga et Victor

Ce mardi 13 octobre se tenait le procès en appel de deux étudiants de Nanterre, Roga et Victor, condamnés en première instance, respectivement à 6 mois de prison ferme et 4 mois de sursis pour avoir osé défendre leur droit à étudier. Plus de 200 personnes sont venues les soutenir pour crier haut et fort que militer n'est pas un crime.

mardi 13 octobre

Une affaire interminable et toujours aussi peu de preuves

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Ce mardi 13 octobre se tenait le procès en appel de deux étudiants de Nanterre, Victor et Roga, accusés d’avoir exercé des violences sur deux agents de la force publique, lors de l’évacuation d’une Assemblée Générale en 2018. En effet, dans le contexte du mouvements étudiant contre la loi ORE, le président de l’université, Jean Francois Balaudé avait déclaré la fermeture administrative de l’université. Les étudiants, bien décidés à défendre leur droit de réunion avaient organisé une Assemblée Générale dans l’université, de laquelle ils avaient été violemment évacués par les forces de l’ordre sur appel du président de l’université.

C’est dans ce contexte que Victor et Roga se retrouvent accusés de « violences sur dépositaire de l’ordre public », sur l’unique base de deux témoignages de policiers. Ainsi, Roga est condamné en première instance à 6 mois de prison ferme et Victor à 4 mois de sursis. Ceci alors qu’il n’existe aucune preuve visuelle de ces violences malgré un grand nombre de vidéos montrant l’entièreté de l’opération policière. Face à cette décision invraisemblable et clairement politique, ces derniers décident de faire appel. En octobre 2019, le juge renvoie le procès demandant la collégialité des juges pour traiter de l’affaire.

Aujourd’hui, le collège de trois juges a décidé de reporter le délibéré au 17 novembre après un procès pour le moins étonnant. Les deux policiers qui avaient porté plainte contre les militants étaient absents, et les seules preuves allant dans leur sens sont leurs propres témoignages. Ces témoignages entrent en contradiction avec ceux de nombreux professeurs, travailleurs sociaux et étudiants innocentant Victor et Roga. Les réquisitions du procureur sont toujours les mêmes malgré la demande de l’avocate d’un des policiers d’y ajouter 400 euros de dommages et intérêts à l’encontre de Roga.

Face à la répression : Un large soutien des étudiants et des travailleurs

200 personnes étaient réunies toute la journée pour soutenir Victor et Roga. Ce procès est le symbole de la volonté de museler la jeunesse combative qui refuse de baisser la tête face à l’avenir morose que le système capitaliste lui réserve. Etaient ainsi présents des représentants de l’UNEF-Tacle Paris et Lyon, de Solidaires étudiants Nanterre, du FSE de Nanterre, du NPA, de Révolution Permanente, de l’UNL Sèvres, du Poing Levé Paris 1 et Paris 8, un grand nombre de militants du NPA jeunes de Paris, Montpellier et Bordeaux, du FSU 92, mais également les travailleurs de Sud Santé, Sud poste 92, Solidaires RATP du dépôt de Nanterre, CGT Monoprix du XVème arrondissement, de la coordination RATP-SNCF, de la CGT EDF Ernergie Ouest Ile-de-France, du Collectif unitaire contre la répression et bien d’autres.

Les soutiens sont venus témoigner de leur solidarité et exiger la relaxe des deux jeunes dans un contexte où comme le dit Konstantin, jeune gréviste de Biocoop : la répression s’abat sur le mouvement social « de l’université au monde du travail ». Dominique, de la CGT Monoprix rappelle que 18 élus sont assignés au tribunal de Paris. Etaient également présents Eric, Anissa et Boris, du collectif tous unis contre la répression. « On condamne des gens pour des mensonges. On ne peut plus laisser le mouvement social être criminalisé comme ça, il faut qu’on n’y oppose la solidarité pour se battre, contre les dégâts sociaux du gouvernement » affirme Eric, cheminot syndicaliste licencié pour s’être mis à genoux face à sa direction. Il ajoute « On exige la soumission de toute une partie de la population, et je l’ai fait pour la jeunesse car on demande à des jeunes de se mettre à genoux comme une classe qui se tient sage, je n’admets pas qu’on dise que Geneviève Legay n’aille pas manifester parce qu’elle doit faire preuve de sagesse, la sagesse c’est de se révolter, de ne pas se laisser soumettre. ». Ces derniers étaient aussi présents, tout comme Victor à Poitiers pour les 4 professeurs de Melles, qui passaient en conseil de discipline pour s’être battus pour leurs élèves contre le nouveau bac Blanquer qui crée toujours plus d’inégalités.

Une justice de classe pour museler la jeunesse qui se révolte

Victor le soutient, ce procès a pour but de museler le mouvement social, et ceux qui se battent contre les réformes de destruction des acquis sociaux et pour de meilleures conditions de vies. Il raconte le contexte de leur arrestation : « Des CRS qui nous poussent, nous trainent par terre, nous tabassent, nous mettent en garde à vue et on est accusés, pour Roga de tentative de coup de poing, alors même qu’ il n’a pas donné de coup de poing et de morsure pour moi [… ] ce sont de fausses accusations, des accusations très politiques, aussi politiques que les manifestations que les flics ont fait pour avoir le droit de tuer, aussi politiques que tous les discours qu’on entends sur les séparatismes, mais qui sont les séparatistes ? ce sont eux les séparatistes ».

Malgré cette volonté de museler les militants Victor rappelle que rien ne pourra arrêter les luttes contre les attaques sociales : « c’est une situation très contradictoire d’avoir un procès chez les versaillais et un sentiment de fierté d’appartenir à un camp social, à des organisations étudiantes, syndicales et politiques qui sont venues en nombre pour cette campagne contre la répression [… ] une fierté d’appartenir à un camps qui se bat et relève la tête avec dignité ».
Léo, militant au NPA Jeunes et au Poing levé Paris 8 est intervenu dans ce sens pour rappeler que partout où la jeunesse se battait, en Algérie, au Liban, ou encore au Chili, elle était réprimée, parce que la jeunesse qui relève la tête, qui est déterminée à ne pas subir un avenir de précarité et d’incertitude fait peur.

De nombreux étudiants sans-facs, que la sélection veut condamner à ne pas étudier et qui se battent aujourd’hui, étaient présents. C’est aussi le cas de lycéens qui subissent la réforme du lycée. Un représentant de l’UNL le dit : « Les lycéens regrettent la sélection qu’ils vont subir, contre la réforme du lycée, le fait qu’ils subissent des reformes sur lesquelles on ne leur a jamais demandé leur avis. L’Etat a peur car il sait que personne ne veut cette politique du tous contre tous [… ] que sa politique est impopulaire . Si l’Etat a peur, c’est un signe d’espoir, il sait combien on est forts, déterminés, comment on peut le faire trembler car quand on est un jeune issu de l’immigration, des classes populaires, c’est la fac pour les plus riches et le chômage et la précarité pour les plus pauvres ».

Gael Quirante, militant NPA, syndicaliste combatif Sud Poste 92 et licencié, renchérit sur la lutte des classes qui est en train de se jouer et ironise sur une justice de classe : « Dans les Hauts-de-Seine, s’ils veulent des gens à enfermer, il y en a plein les mairies, il suffit de faire le tour de Neuilly, d’aller choper à Levallois, de redescendre à Rueil-Malmaison, t’as de quoi faire tu peux remplir une prison de voleurs à col blanc ».

Face à la répression, la solidarité des travailleurs et des étudiants est fondamentale. Pour Victor et Roga de nombreux soutiens sont venus aujourd’hui pour réaffirmer que militer n’est pas un crime. Il est essentiel aujourd’hui de se mobiliser en soutien à tous les réprimés, de refuser de laisser la criminalisation du mouvement social se banaliser, et d’affirmer notre droit à nous battre pour de meilleures conditions de vie. Être au côté de ces deux étudiants, c’est revendiquer une jeunesse qui relève la tête face aux tentatives de musellement du gouvernement et dans un contexte de crise économique terrible, alors que le gouvernement et le patronat tentent de faire payer la crise sur le dos de la jeunesse et des travailleurs, il est plus nécessaire que jamais de réaffirmer notre inconditionnel soutien à Victor et Roga.




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