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Politique

Colère dans l'hôpital public

Colère des soignants : des minutes de silence « pour l’hôpital public » organisées partout en France

Vendredi et samedi dernier, un peu partout sur le territoire, à l'appel du Collectif Inter-Hôpitaux, des minutes de silence ont regroupé des personnels hospitaliers pour dénoncer « la mort annoncée de l'hôpital public ». Deux ans après le début de la crise sanitaire, la colère des soignants est forte.

lundi 17 janvier

Crédits photo : Minute de silence devant le CHU de Caen – Radio France – Lisa Penalver

Mardi dernier, les soignants et travailleurs du secteur social étaient mobilisés pour leurs conditions de travail à l’appel de la CGT, de SUD et de nombreux collectifs pour une journée de mobilisation de la première ligne qui, deux ans après le début de la crise sanitaire, continue de subir la casse du service public et des hôpitaux par le gouvernement. Dans la foulée, le vendredi 14 janvier dernier, des minutes de silence ont été organisées dans plusieurs CHU et structures sur tout le territoire pour continuer de dire la colère de la base face à la gestion catastrophique de la crise sanitaire par Macron et son gouvernement.

À l’appel du Collectif Inter-Hôpitaux, l’ensemble des personnels hospitaliers étaient appelé à faire une minute de silence pour « la mort annoncée de l’hôpital public » alors que, dans le même temps, les épidémiologistes tel Arnaud Fontanet jouent la carte de l’optimisme. « Le scénario du pire s’éloigne, la décrue a commencé, le pic des infections au Covid-19 a été passé ces jours-ci au moins en Île-de-France […] Le pic est en train de passer devant nos yeux, affirmait-il au micro de France Inter » ce lundi. À l’écouter, on se dirait presque que les soignants font les fines bouches alors que la situation serait moins grave qu’il y a deux ans. C’est que la situation de l’hôpital public, meurtri par deux ans de sollicitation intense des décennies de politiques néolibérales, fait l’objet d’un véritable black-out médiatique à quelques mois de l’élection présidentielle tandis que le gouvernement cherche à masquer son bilan coûte que coûte.

Initiée à Strasbourg le 10 décembre dernier, c’est pour percer ce black-out médiatique sur les « héros de la première ligne » que la pratique de la minute de silence s’est progressivement étendue à l’ensemble de la profession et sur tout le territoire. Sébastien Harscoat, médecin des urgences du Nouvel Hôpital Civil à Strasbourg, dénonce une « dégradation continue, au niveau du budget, des effectifs et des lits d’hospitalisation » et explique les raisons de la mobilisation : « Nous sommes là aujourd’hui car nous voulons continuer à soigner nos patients malgré l’épuisement, malgré la fermeture des lits, malgré les restrictions budgétaires, (...) mais nous n’y arrivons plus ». À Lorient, un médecin de l’hôpital du Scorff soutient que « l’hôpital doit rester un service public et pas une entreprise marchande » et dénonce « une dégradation de la qualité des soins » ainsi que « l’épuisement des personnels ». À Limoges, Sylvain Palat, docteur en médecine interne et porte-parole du collectif Inter-Hôpitaux au CHU soutient qu’il faut « un changement radical » pour remédier à la dégradation structurelle et catastrophique des hôpitaux.

Le même son de cloche résonne un peu partout : Rennes, La Rochelle, Lorient, Pau, Marseille, Paris, Colmar, Haguenau, Wissembourg, Limoges, Caen, Bordeaux, Pau, Lille... des rassemblements qui vont de quelques personnels à plusieurs centaines de soignants toutes catégories confondues se tiennent pour faire entendre leur détresse face à la dégradation du service public hospitalier. Le docteur Ramuntcho Aratcarena, médecin en gastro-entérologie et membre du Collectif Inter-Hôpitaux de Pau, résume ainsi la situation : « Le Covid est un peu l’arbre qui cache la forêt. Il a révélé des difficultés déjà présentes. Nous manquons de moyens humains à cause d’une politique de réduction budgétaire. En France, nous avons en moyenne une infirmière pour 14 patients, alors que c’est une infirmière pour 5 ou 6 patients au Canada ou en Suisse ».

La colère sourde qui s’exprime un peu partout dans les hôpitaux, au travers notamment de ces minutes de silence démontre que loin d’être derrière nous, les difficultés mises en lumières par le Covid sont encore à résoudre. Pour ce faire, il faudra arracher au gouvernement des moyens. Et si les minutes de silence permettent de visibiliser la colère, c’est par le rapport de forces qu’elle pourra espérer faire plier le gouvernement. En ce sens, après la journée de mobilisation historique dans l’Education nationale jeudi dernier, il est fondamental que la journée du 27 janvier, appelée par une inter-syndicale large, soit investie par les soignants pour revendiquer des augmentations de salaires mais aussi dénoncer de front toutes les attaques que le service public subit depuis des années, et qui se sont intensifiées sous le gouvernement de Macron. Les mêmes politiques néo-libérales produisent les mêmes conséquences désastreuses dans tous les domaines des services publics, et le 27 janvier peut être l’occasion de commencer à construire une riposte.



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