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Jeunesse

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Mobilisation dans les universités : une semaine pour mobiliser avant le 5 décembre

L'immolation d'Anàs le 8 novembre dernier, puis celle hier, de Madina, lycéenne de 18 ans, en plein cours, suscitent une vague d'indignation dans la jeunesse. C'est dans ce contexte que ce mardi 26 novembre, dans plusieurs villes de France, les étudiants dans les facs se sont mobilisés contre la précarité étudiante et le malaise dans la jeunesse. A quelques jours du 5 décembre, le ralliement d'un mouvement étudiant et lycéen à la grève reconductible pourrait permettre de réunir les ingrédients pour gagner face à Macron et au rouleau compresseur néo-libéral.

mercredi 27 novembre 2019

Crédit Photo : NURPHOTO VIA GETTY IMAGES

Lundi au lycée Georges Clémenceau de Villemomble, une lycéenne de 18 ans s’est aspergée d’un liquide inflammable et s’est immolée en plein cours. Transférée à l’hôpital de Clamart dans la soirée, son pronostic vital est engagé. Il y a quelques semaines, le 8 novembre dernier, c’était l’immolation d’Anàs devant le CROUS de Lyon qui provoquait une vague d’indignation. Après les Gilets Jaunes, et tandis que les colères contre le gouvernement coagulent autour de la grève du 5 décembre, le tabou de la précarité étudiante commence à tomber, provoquant des rassemblements devant les CROUS suivis de manifestations spontanées, à l’instar des quelques centaines d’étudiants qui ont défilé dans le centre de Paris avant de forcer la grille du ministère de l’enseignement supérieur et de a recherche le 12 novembre.

La jeunesse à l’épreuve de l’offensive néo-libérale...

A ces actions, ont succédé des assemblées générales dans les facs. Les étudiants se lâchent et parlent des galères de frigos vides, des chambres insalubres, de l’isolement et du malaise de la jeunesse. Egalement en ligne de mire, les récentes réformes dans l’éducation et l’enseignement supérieur : la sélection à l’entrée de l’université avec Parcoursup, l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, la réforme du Bac, mais aussi la baisse de 5€ des APL décidé au début du quinquennat d’Emmanuel Macron et vécu à juste titre comme un véritable geste de mépris, ou encore la suppression de la sécurité sociale étudiante, et la mise en place d’une Contribution de Vie Etudiante et de Campus (CVEC) non-exonérable pour les étudiants boursiers. C’est dans ce contexte que la pression financière et psychologique à la réussite scolaire s’est accrue sur les étudiants et leurs familles, tandis que le taux de chômage s’est envolé pour atteindre près de 25% chez les jeunes actifs.

Lorsque les Gilets Jaunes avaient fait irruption sur la scène politique en exprimant de manière explosive la peur et la colère d’une part importante de la population face à la précarité pour boucler les fins de mois et aux incertitudes devant l’avenir, la jeunesse en particulier étudiante était restée en marge du mouvement jusque là. S’il était admis d’accepter une vie précaire pendant le temps des études, la contrepartie devait en être l’assurance de trouver un emploi stable une fois le diplôme en poche. La tentative de suivi de de l’étudiant lyonnais met en évidence que les jeunes diplômés sur le marché du travail n’en auront pas fini avec la précarité, et que c’est au contraire ce qui les attend durant toute leur vie.

...Et Macron à l’épreuve d’une potentiel mouvement de jeunesse.

La « théorie du ruissellement » de Macron ainsi rattrapée par la réalité, la précarité étudiante accrue par les réformes successives, et l’indignation qui a suivi l’immolation d’Anàs, le gouvernement tente aujourd’hui de déminer contestation dans les facs qui commence à prendre depuis quelques semaines, et éviter la mobilisation d’un nouveau secteur à l’approche de la grève reconductible du 5 décembre. C’est en ce sens que Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, a fait deux propositions : la création d’un numéro vert payant (sic) pour les étudiants en situation d’urgence, et la mise en place d’une aide d’urgence d’un maximum de 5.500€/an, soit pas plus de 500€/mois (alors que le seuil de pauvreté aujourd’hui en France correspond à 1.100€/mois), pour les étudiants qui remplissent les mêmes conditions de diplôme, d’études, et de nationalité que les étudiants boursiers sur critères sociaux, mais qui n’en bénéficient pas (les exemples typiques sont ceux d’étudiants en rupture familiale, fiscalement indépendant, ou en reprise d’étude tardive, etc.), sans plus de précision. Si ces propositions sont complètement déconnectées du quotidien des étudiants précaires, et montrent qu’il n’y a rien à attendre de ce gouvernement, encore faut-il convaincre qu’il est possible pour les étudiants d’arracher des victoires face à la macronie et à l’avenir précaire qu’elle promet à la jeunesse.

Pendant que la France se prépare à connaître une grève reconductible inédite, avec comme principal mot d’ordre le retrait de la réforme des retraites, se pose donc la question pour les étudiants qui veulent se battre, de savoir comment faire en sorte d’élargir la lutte aux jeunes pas encore assez convaincus au point de participer à la mobilisation et de militer pour une transformation de la société. Y répondre implique d’une part de rassembler autour d’une plateforme de revendications pour laquelle cela vaille le coup de se battre pour un grand nombre d’étudiants, quitte à rater ses cours, et d’autre part de convaincre qu’il est possible de gagner avec une stratégie en mesure d’affronter le gouvernement sans perdre une année « pour rien ». Là est le dilemme après des années de défaites, que cela soit contre la loi Travail en 2016, contre la loi ORE 2018, ou plus récemment contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers extra-communautaires l’an dernier.

Pour l’auto-organisation dans les facs et dans les cadres interpro, pour construire la grève reconductible du 5 décembre et gagner contre Macron et son monde !

L’intersyndicale composée de Solidaires Etudiant.e.s, de l’UNEF, et de la FAGE, présentée comme à l’initiative du mouvement par les médias n’appelle pas à la mobilisation du 5 décembre. Pourtant chez la majorité des étudiants qui veulent se mobiliser, la nécessaire unification autour d’un programme pour éradiquer la précarité étudiant et ouvrir la possibilité de faire des études supérieures à toutes et tous, de même que la nécessaire jonction avec la grève reconductible du 5 décembre contre la réforme des retraites, apparaissent comme une évidence. C’est pourquoi le NPA Jeunes a été à l’initiative d’un appel commun avec l’ensemble des organisations de jeunesse de gauche, pour construire la mobilisation étudiante en vue de la grève reconductible du 5 décembre contre la réforme des retraites, avec un programme offensif contre la précarité étudiante. Mais seule l’auto-organisation des étudiants et des travailleurs peut permettre de faire entendre leur voix.

A l’université Paris 8 – Saint-Denis, les étudiants réunis en assemblées générales ont voté pour la revendication d’un revenu étudiant au moins au niveau du SMIC et indexé sur l’inflation, financé par un impôt fortement progressif sur les grandes fortunes qui ne cessent de faire des profits, pour que toutes et tous, et en particulier les enfants de Gilets Jaunes, puissent étudier à l’université sans avoir à s’endetter ou à travailler 24h/semaine chez MacDo pour un salaire de misère. Cette revendication a été reprise dans plusieurs autres université, à Paris 1, ou encore au Mirail à Toulouse. Comme dans plusieurs autres université, en plus d’un plan de construction de logement pour loger tous les étudiants, de la réquisition et de l’expropriation des logements vides, et du paiement des stages au moins au niveau du SMIC, la volonté de s’allier avec les secteurs du monde du travail qui préparent la grève du 5 décembre s’est exprimée par le refus de la réforme des retraites et la revendication d’une retraite à taux plein à 60 ans pour tous sans condition, financée par les cotisations patronales.

C’est encore dans ce sens que des cheminots de la SNCF et de la RATP, mais aussi une syndicaliste combative de SUD Saint-Denis, et les enseignants et personnels de l’université présents à l’assemblée générale de l’université de Saint Denis ont appelé à construire le 5 décembre, en participant aux cadres interpro telles que la rencontre SNCF-RATP prévue ce mercredi 27 à 19h à la bourse du travail de Saint-Denis.




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