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Le départ de quelque chose…

Mobilisation du 22 mars : « ce n’est, qu’un début… » ?

La mobilisation massive du secteur public, de la jeunesse de certains secteurs du privé ainsi que celle particulièrement importante des cheminots marquent la possibilité du début d’un véritable mouvement social contre Macron, quelques mois après son arrivée au pouvoir.

Juan Chingo

24 mars 2018

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Tout porte à croire que quelque chose a bel et bien commencé, avec les cheminots en guise de fer-de-lance. Personne ne croyait à une telle mobilisation dans la SNCF, notamment dans la mesure où, à part Sud Rail, aucun appel ferme à la grève n’avait été lancé. Ce qui est arrivé, c’est que non seulement l’attaque contre le statut mais aussi le « cheminot bashing » pratiqué par le gouvernement est très mal passé : il a touché une corde sensible et a suscité une colère compliquée à canaliser pour les directions syndicales. Ce qui est en jeu est une espèce de lutte pour la dignité et contre le mépris, d’autant que les choix de l’Etat, le « tout TGV », au détriment d’un plan de développement raisonné du rail, sont à l’origine des maux dont Macron veut accabler les cheminots comme uniques responsables.

C’est bien pour cela que dans la manifestation cheminote parisienne à laquelle ont participé des travailleurs du rail de tout l’Hexagone, on sentait bien que ce qui était en jeu n’était pas uniquement la défense du statut. Ce qui se défendait, c’était également la défense des services publics, à savoir d’une certaine idée de la société absolument incompatible avec la philosophie macroniste du tout-privatisable, du tout-rentable, du tout-bradable. C’est bien ce sentiment de défense des services publics qui mobilise également la grande masse des cheminots, y compris jusqu’à certains secteurs de l’encadrement, souvent utilisés par la direction pour casser les grèves. C’est bien pour cela que la situation laisse augurer du meilleur pour l’avenir ainsi que la possibilité de débordement des directions syndicales, ces mêmes organisations qui ont appelé, à la seule exception de Sud, qui soutient la reconductible, à deux jours de grève par semaine, sur trois mois, à partir du 3 avril prochain.

Plus généralement, et à la différence des premiers mois de sa présidence au cours desquels Macron a réussi à faire passer ses contre-réformes en bonne partie grâce à la politique de dialogue social et à des directions syndicales qui sont tombées dans le panneau et n’ont pas réellement livré de bataille, on commence à voir apparaître une certaine usure du macronisme. On notera comme symptomatique son recul partiel sur la réforme fiscale pour ne pas s’aliéner les retraités. On les a vus, en effet, dans la rue, la semaine dernière, eux qui étaient pourtant plutôt favorables à Macron, à l’origine, et chez qui la côte de popularité présidentielle commence également à fléchir. Conjointement, la manifestation du personnel des centres de soins des personnes âgées, les EHPAD, contre le manque de moyens et la détérioration de leurs conditions de travail et donc de celle de leurs patients, bénéficie aussi d’un fort appui populaire. Par ailleurs, bien qu’elle peine à se massifier nationalement, il y a également le combat contre la sélection à la fac, avec des universités mobilisées comme Montpellier, Bordeaux et, surtout, Le Mirail. L’occupation, qui dure depuis quelques semaines, par les étudiants et majoritairement par le personnel, enseignants-chercheurs et non-enseignants, pourrait être le signe annonciateur d’un changement en cours. Sans même parler de la grève du personnel d’Air France, vendredi, et des dizaines de conflits plus ou moins invisibilisés dans tout le pays.

Le macronisme, considéré comme invincible par tout le monde jusqu’à il y a peu, a-t-il atteint ses limites ? Avec ce « baptême de la rue », les plus lucides des analystes commencent à se poser la question. C’est en tout cas l’interrogation de Cécile de Cornudet, dans le journal du patronat, Les Echos : « Pour rompre avec l’immobilisme supposé de François Hollande, souligne de Cornudet, Emmanuel Macron s’est mué en bulldozer sûr de sa légitimité. Sauf qu’à l’heure du premier bilan, le bulldozer risque de s’installer en ‘président déconnecté’ et les réformes menacent de n’être pas perçues faute de ‘corps’ politiques, associatifs et intellectuels pour les diffuser ».

Au final, la faiblesse de la base sociale et politique du macronisme en tant qu’ultime avatar tardif du néolibéralisme à la française pourrait commencer à poser de sérieux problèmes. Jupiter, comme aime à s’appeler Macron pour mettre en valeur son bonapartisme assumé, pourrait sembler tout à coup beaucoup plus terrien et beaucoup moins imbattable qu’il n’en a l’air.

Encore faut-il, pour cela, avoir une stratégie pour vaincre. Il nous faut un programme, une organisation démocratique et une orientation pour aller jusqu’au bout et qui permette de dépasser le cadre syndicalo-corporatiste des directions actuelles du mouvement ouvrier. Tout ceci devient un enjeu crucial, non seulement pour se défendre correctement mais également pour passer à la contre-offensive et pour gagner. De façon à ce que ce mouvement qui, hasard de l’histoire, commence un 22 mars, se transforme, cinquante ans plus tard, en un « Mais 68 jusqu’au bout et victorieux ».

Crédit photo : AFP/ Gérard Julien


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Juan Chingo

@JuanChingo
Journaliste

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