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Politique

Casse du service public

Moins de gares desservies par les TGV dans les Hauts-de-France : les cheminots et les Gilets jaunes doivent s’unir !

Dans les Hauts de France, une région à la pointe pour l’ouverture à la concurrence, les élus locaux et les usagers commencent à grincer des dents. En plein mouvement des Gilets jaunes, qui dénoncent l’abandon des villes moyennes, les dessertes régionales (comme Lens, Dunkerque ou Douai) de TGV en provenance et en direction de Paris risquent d’être réduites drastiquement par la SNCF. Un cas d’école pour comprendre certaines conséquences du Pacte Ferroviaire voté l’année dernière.

lundi 4 février

Au printemps dernier, les cheminots se sont battus pendant près de trois mois contre la réforme ferroviaire et la casse du service public. Un conflit parmi les plus longs de l’histoire de la SNCF avec un peu plus de 30 jours de grève, menant pourtant à une défaite en raison du calendrier de « grève perlée » pondu par les bureaucraties syndicales de tout bord qui a invisibilisé le conflit et a rendu cette grève inefficace, en permettant à la direction de la SNCF de s’y adapter.

Pour l’honneur des cheminots et l’avenir de nos marmots

Malgré les tentatives médiatiques du gouvernement de faire apparaître cette grève comme une lutte égoïste pour sauvegarder les privilèges des cheminots au mépris des conditions de voyage, les cheminots ont toujours affirmé se battre aussi pour les usagers, et de manière générale pour l’obtention d’un service public de qualité. Un combat central alors que celui-ci est quasiment saboté par manque d’investissement pour pouvoir conclure de manière simpliste : « La privatisation est la seule solution ! ». Les cheminots dénonçaient en particulier la disparition de 9000km de petites lignes et la priorité donnée au TGV qui n’avantage que les couches sociales les plus favorisées de ce pays.
C’est un problème un peu différent mais complètement lié à la mise en concurrence prochaine de la SNCF (dès 2020 dans certaines régions comme les Hauts de France, obligation légale en 2023 pour l’ensemble du territoire) qui touche aujourd’hui la région des Hauts de France. En effet, les dessertes régionales des TGV en provenance ou en direction de Paris vont être réduites drastiquement (voir schéma ci-dessous) dès la fin de l’année.

 
Il s’agit d’un coup particulièrement dur pour la région puisque l’accès à Paris et même le transport entre les villes de la région se voient entravés. En fait, la SNCF, en prévision de l’ouverture à la concurrence et donc de l’arrivée d’autres entreprises qui pourraient lui prendre des parts de marché, place préventivement ses pions là où les bénéfices sont les plus gros. Dans la région, il s’agit de deux plateformes, deux « hubs » comme on dit dans le jargon de la direction de la SNCF : Lille et Arras. « Dans la région, nous allons limiter les dégâts en augmentant de 40 % le nombre de TER-GV (des TGV financés par la Région). Sur le littoral ça devrait aller à peu près, mais pour Lens, Béthune, Hazebrouck, Douai ou Valenciennes, je suis très inquiet » confie à la Voix du Nord, Franck Dershin (LR), vice-président aux transports des Hauts de France. Car, les plus grands tenants de cette réforme, dont font partie Les Républicains, ne sont pas dupes : ils savent pertinemment que ce que la SNCF abandonne, ne sera pas jugé plus rentable par les autres entreprises et ne sera pas repris.

Xavier Betrand, Président de la Région et champion de la réforme ferroviaire : l’arroseur arrosé

Alors que le groupe UDI du conseil régional a fait adopter une motion d’urgence le 31 décembre, pour demander à la SNCF de conserver les dessertes régionales en raison du « droit fondamental de chaque citoyen à la mobilité », les groupes LREM-UDI et LR ont voté des deux mains la réforme ferroviaire. Mais au sein de ce centre-droit et de cette droite qui rêvaient depuis plusieurs décennies de briser enfin le caractère public de la SNCF, il est quelques élus qui ont été plus zélés que d’autres sur la question, dont Xavier Bertrand... Président des Hauts de France.
Xavier Bertrand a fait de la lutte contre la SNCF son cheval de bataille. Pour justifier la mise en concurrence des TER, en mai dernier, dans les Echos, il déclarait : « Les gens du Sud de l’Oise ne peuvent être recrutés en région parisienne à cause des retards permanents ». Il précisait dans L’Opinion en janvier : « Les financiers ont désormais supplanté les techniciens. […] Et ce ne sont pas les salariés de la SNCF, ceux qu’on rencontre dans les gares et dans les trains qui en sont responsables. Ils sont bien souvent sans information et eux-mêmes victimes du système. »
Nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui sur le constat, mais nous rajouterions que les cheminots sont sûrement les seuls qui luttent pour défendre la SNCF, ce sont eux qui voient au quotidien comment la boîte est gérée, comment elle est sciemment coulée par Pépy & Cie. Les cheminots ont ainsi lutté à maintes reprises pour éviter l’état de fait que dénonce Xavier Bertrand et maintenir un service public de qualité.
Alors, la faute à qui ? Et bien sûrement aux gouvernements successifs qui se sont appliqués à détricoter petit à petit la SNCF pour la rendre inopérante, créer des centaines de filiales qui appartiennent à la SNCF mais lui font directement concurrence, des parts de marché toutes prêtes pour de futurs investisseurs... Rappelons que Xavier Bertrand, ministre du Travail sous Sarkozy a fait passer par décret en 2007 le service minimum qui restreint considérablement le droit de grève et avait par la même occasion attaqué les régimes de retraites de la SNCF et de la RATP : un cadeau pour la direction de la SNCF, contre laquelle il semble aujourd’hui livrer une rude bataille médiatique !

Hauts de France : après le démantèlement industriel, les services publics
 
Dans la région des Hauts de France (fusion du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie), en 30 ans, ce sont environ 200.000 emplois qui ont été détruits. Elle est aujourd’hui la région avec le plus fort taux de chômage (11,3 % contre 9,1 à l’échelle nationale). Cette région est la plus tristement représentative de l’offensive de la bourgeoisie après les années 1970 en termes de démantèlement industriel, visant à briser les grandes concentrations ouvrières.
Ainsi, si le chômage est plus élevé que la moyenne nationale, la part d’emploi en interim se maintient, expression d’une reconfiguration orchestrée par le patronat pour offrir des emplois plus précaires, qui empêchent les travailleurs, sous la menace permanente du licenciement et du chômage de longue durée, de se révolter contre l’exploitation. Aujourd’hui, et en parallèle, de ce sabotage économique, ce sont les services publics qui sont attaqués, et on le voit, l’offensive continue de plus belle.
Or, la baisse du nombre de TGV par jours dans les villes de la région implique leur isolement, et constitue un véritable problème écologique. Un comble pour Emmanuel Macron, qui se présente comme un chantre du progrès écologique, stigmatisant les pollueurs, tout en alimentant des tendances qui obligent les salariés dont l’entreprise ferme à aller chercher du travail à 50km de leur domicile. Le cas des Hauts de France est finalement assez représentatif de ce que dénoncent les Gilets Jaunes. Travailleurs et travailleuses des périphéries des grandes métropoles et des zones rurales, où l’on détruit les emplois et où l’on ferme les lignes de bus et de train, jugées pas assez rentables, obligés de prendre la voiture pour aller bosser toujours plus loin, et de payer des taxes et des impôts pour des services publics toujours plus réduits.
En 2016, le Monde Diplomatique publiait une carte en faisant ce constat : en train, Paris est plus près de Lille qu’Amiens !. Une situation qui s’explique par des choix politiques, favoriser les grandes lignes, le TGV pour les cadres et autres professions supérieures, employés de grandes entreprises à Paris, à Lyon, en capacité de payer un billet toujours plus cher, tandis que l’on délaisse les petites lignes qui ne rapportent pas assez et dont l’entretien ne semble pas assez rentable sur le court-terme pour la direction de la SNCF et pour l’Etat. Mais doit-on calculer cette rentabilité en termes financiers ou en termes de service rendu à l’ensemble de la population ?

Cheminots et Gilets Jaunes : lutter pour un service public aux mains des travailleurs et des usagers !

Face à l’annonce de la SNCF de restructuration des passages de TGV dans la région, les politiciens locaux, les commentateurs et les journaux bourgeois ont une réaction unanime : « Pas maintenant ! Ce n’est pas le moment d’attaquer les villes moyennes ! ». Sur tous les articles de presse, dans toutes les déclarations, plane une certaine nervosité qui a un nom : les Gilets Jaunes. Après avoir fait trembler le pouvoir en décembre, les Gilets Jaunes continuent de manifester et d’inquiéter la bourgeoisie qui ne sait pas comment refermer cette crise.
Il est temps aujourd’hui de lutter pour un véritable service public qui serve l’intérêt de la majorité de la population et pas juste les fractions les plus riches qui voyagent en avions et en TGV. La lutte des usagers pour les services publics, tant attendue par les cheminots l’année dernière, a enfin lieu depuis le mois de novembre, il faut saisir cette chance. Bien entendu, la révolte des Gilets Jaunes ne se cantonne pas du tout à la question des services publics mais il est évident qu’elle fait partie, parmi bien d’autres choses, des racines de la colère. Les Gilets Jaunes se battent pour de meilleures conditions de vie et pour plus de démocratie, ces deux combats sont intimement liés. Une véritable démocratie serait en effet une démocratie où la production serait sous contrôle de ceux qui travaillent et de ceux qui consomment ou bénéficient des services.
Guillaume Pépy a prouvé à maintes reprises qu’elles étaient ses ambitions à la tête de la SNCF, privatiser, mettre les trains au service des plus riches. Face à cela, cheminots et Gilets Jaunes doivent se rejoindre. La grève du 5 février peut être un premier pas pour se battre pour une SNCF nationalisée à 100 %, sous contrôle des cheminots et des usagers, seuls capables de prendre en compte les besoins réels de la population et les enjeux écologiques !




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