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5 février

Montpellier : les postiers en grève depuis 16 jours

Ce mardi 5 février, les postiers de Rondelet étaient encore une fois plus d'une vingtaine à tenir leur piquet de grève pour leur 16eme jour de mobilisation contre les réorganisations et pour de meilleures conditions de travail.

mardi 5 février

Crédits photo : Page facebook Postiers de Montpellier en action

Le mouvement est particulièrement fort : ils sont environ 35 grévistes depuis le lundi 21 janvier, avec des pics a 50 voire 60 lors de journées "temps fort" destinées a montrer l’engagement de celles et ceux qui ne peuvent assumer une grève aussi longue. Cette détermination impressionnante des postiers est la réponse aux conditions de travail particulièrement difficiles qu’ils subissent chaque jour, conditions de travail considérablement dégradées par la réorganisation prévue qui a déclenché le mouvement de grève.

Cette réorganisation, développée a l’échelle nationale dans une logique de rentabilité et d’efficacité chère aux directions, entraînerait la suppression de 35 postes au centre de Rondelet, et aggraverait encore un peu plus les conditions de travail.

En effet, au cœur des discussions des postiers mobilisés, on trouve les "tournées sacoches", qui sont caractéristiques de la perte de sens imposée aux travailleurs : la gestion du courrier est divisée en tâches séparées assurées par des personnes différentes. Ainsi, le facteur en charge d’une "tournée sacoche" distribue un lot de courrier trié par un autre postier, sans logique ni appropriation possible du quartier, des rues et des habitants. L’accomplissement robotisé d’une tâche dont la logique d’efficacité vient condamner tout le caractère humain du métier.

Cette perte de sens du métier de postier est d’autant plus réelle que la précarité est de plus en plus subie : la multiplication des CDD et des missions d’intérim entraîne un roulement constant d’une grosse partie des travailleurs, qui ne sont pas formés et s’acquittent donc des missions sans avoir la possibilité de faire un travail de qualité.

Ces nouveaux salariés sont confrontés à des conditions de travail particulièrement anxiogènes : ils ne connaissent pas les quartiers dont ils sont en charge, les immeubles, le trajet des tournées.
Pour les postiers plus expérimentés, autres difficultés mais même détresse : des tournées tellement longues que physiquement infaisables dans le temps prévu, un nombre de semaines de renfort (pendant lesquelles ils assurent les fameuses "tournées sacoches") très important, le stress du courrier non-distribué qui s’accumule en dépit de l’envie de bien faire son travail.

Si la lutte prend corps aujourd’hui autour de la réorganisation, c’est bien la destruction du métier et de l’esprit de métier de postier, et la casse des services publics en général, menées depuis des années par l’État, qui sont dénoncées par les grévistes.

En effet, les postiers mobilisés se rejoignent sur ce point : ils ne demandent qu’à travailler. "Le but n’est pas de faire grève sans fin", nous dit Bernard, postier depuis 35 ans.

Et au final, c’est ça la seule revendication des grévistes : travailler dans des conditions décentes, qui permettent un certain épanouissement sur le plan personnel et qui ne mettent pas en danger la santé des travailleurs.

Mais l’humain ne semble pas compatible avec le rentable : après seize jours de grève reconductible qui se sont déroulés de manière exemplaire, la direction reste sourde aux arguments des grévistes et ne semble pas disposée à œuvrer pour des conditions de travail qui ne broient pas les salariés.

Lundi 4 février, au quinzième jour de grève, la direction a en effet rencontré les grévistes lors de négociations très fréquentes dont elle a l’initiative depuis le début du mouvement.
Les postiers mobilisés, qui ne demandent que la suppression de tournées extérieures très physiques, de semaines de renfort et la création de postes en CDI, se sont heurtés à une direction qui n’offre rien d’autre que des miettes et ne semble pas tenir compte du sentiment des postiers.

Confrontés à cet immobilisme de la direction, les postiers restent mobilisés. Aujourd’hui, mardi 5 février, la journée était marquée par l’appel national a la grève générale. Si la lutte des postiers a commencé avant l’appel de cette journée de mobilisation, et continuera après si la reconduction est à l’ordre du jour, les similarités entre les revendications pourraient donner lieu a une lutte commune des différents secteurs du mouvement ouvrier, et a la convergence avec d’autres secteurs en lutte de la société.

En effet, dans le contexte actuel marqué par le mouvement des gilets jaunes, c’est plusieurs franges de la population qui se soulèvent contre la précarité, la misère et l’injustice sociale. Ce midi, ce sont plusieurs cheminots en grève qui sont venus partager un repas avec les postiers mobilisés, afin de leur témoigner leur soutien. Cet après-midi, les grévistes de la poste forment un cortège dans la manifestation appelée par les centrales syndicales.




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