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Notre classe

La prison tue

Mort d’un jeune homme à Seysses : les détenus remettent en cause la thèse du suicide

Dans la nuit du samedi au dimanche 6 décembre à la prison de Seysses en Haute-Garonne, Jules, un jeune détenu de 21 ans alors placé en quartier disciplinaire, aurait mis fin à ses jours. Une version des faits contestée par les détenus. Cet événement vient renforcer la réputation ultra-violente du quartier disciplinaire de la prison et plus largement celle système carcéral dans son ensemble.

mercredi 9 décembre 2020

Crédits photos : La Dépêche du Midi / DDM archives

Selon la version officielle, Jules se serait donné la mort au « mitard » – officiellement nommée « cellule disciplinaire » – après la découverte de cannabis dans sa cellule. L’arrivée des pompiers n’a rien changé au sort du jeune homme. Selon France3 Régions, « Les circonstances de la découverte du corps et l’autopsie excluent toute intervention d’un tiers, il était seul dans sa cellule. »

Sur les réseaux sociaux, les détenus expliquent qu’il ne présentait pas de signe de dépression ou de déprime, qu’il devait sortir dans 6 mois et qu’il avait des projets. D’après eux, vendredi dernier, Jules discutait de son avenir en cours de promenade. Les deux « matons » Dominique et Patrick qui étaient en charge du quartier disciplinaire ont la réputation d’être très violents au sein de la prison, ce qui vient renforcer les doutes.

Sur Twitter, le Syndicat des détenu(e)s de France relaie l’information et souligne que le jeune homme vient signer le centième décès dans les geôles de l’État depuis le début de l’année.

À Seysses, la mort de Jules vient s’ajouter à celle de Jaouad, un détenu de 27 ans retrouvé mort au mitard en avril 2018 après avoir – selon les surveillants – mis fin à ses jours ; ainsi qu’un autre décès d’un condamné trois jours plus tard, toujours sous la thèse de la pendaison. À l’époque, ces morts douteuses et contestées par la famille ainsi que les co-détenus avaient suscité la colère des habitants de banlieues toulousaines. Ceux-ci dénonçaient alors la répression policière et judiciaire, le durcissement carcéral envers les personnes issues de quartiers populaires ainsi que le racisme d’État et la précarité croissante : « On veut la vérité, que justice soit faite. Qu’on voit dans les médias ce qu’il se passe réellement dans nos quartiers. Chaque fois qu’il se passe un truc on entend un frère à nous qui meurt, ils font ce qu’ils veulent ».

L’évocation d’un possible suicide de Jules ne parvient pas à convaincre. Les prisonniers dénoncent sur les réseaux sociaux les agissements violents et humiliants des matons, à l’instar de 2018 avec l’affaire Jaouad où l’établissement pénitentiaire avait connu un épisode de révolte avec plus de cent prisonniers refusant de monter dans leurs cellules pendant plusieurs jours. Les détenus avaient alors rédigé un communiqué s’opposant à la thèse officielle de l’administration pénitentiaire, pointant du doigt les « morts suspectes » et dénonçant les agissements des matons et de la direction : « si plus d’une centaine de prisonniers ont refusé de remonter en cellule plusieurs jours de suite cette semaine, c’est parce que c’est tout ce qu’on peut faire pour protester, ici. J. est mort au mitard, et l’autopsie aurait conclu à un suicide. Mais on sait que ce n’est pas le cas, car il y a des témoins qui étaient présents dans les cellules environnantes lors de son passage à tabac, qui ont tout entendu, qui ont assisté à tout ça. C’est suite à un déferlement de coups que J. est mort samedi. » Avant de souligner les conditions atroces de détention avec des crachats, des insultes racistes, des passages à tabacs mais aussi des longues périodes enfermé pendant parfois quinze jours sans pouvoir prendre de douche, sans matelas et sans vêtements, dans une cage de béton pouvant avoisiner les -5°C. Les prisonniers parlent alors de « vraie descente aux enfers », signalant que les surveillants « jouent avec nos vies dans ce quartier disciplinaire » et que ces actions répétées sont « plus que de l’humiliation, ils nous terrorisent, et ce qui est arrivé à J. pourrait arriver à chacun d’entre nous ».

Bien que les conditions de détention soient de plus en plus difficiles, la réalité n’est pas la même pour tout le monde. L’écrasante majorité des prisonniers qui appartiennent aux classes populaires sont durement touchés par ces souffrances quotidiennes dans les bagnes modernes. À l’inverse, les délinquants en col blanc comme Patrick Balkany, lorsqu’ils écopent exceptionnellement d’une peine de prison et qu’ils sont incarcérés, bénéficient d’une cellule de 9m2 avec téléphone, frigo, plaques chauffantes, douche personnelle et toute une panoplie de mobilier et de gadgets...




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