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Mort d’une jeune Nigériane dans les Alpes : les gendarmes l’auraient poursuivie et vue tomber dans l’eau

Quatre ans après les faits, un nouveau témoignage, révélé par Mediapart, nous éclaire sur la mort de Blessing Matthew, noyée dans les Hautes-Alpes alors qu’elle traversait la frontière franco-italienne. Le témoin accuse les gendarmes de l'avoir poursuivie et vue tomber dans l'eau, remettant leur version des faits en cause.

mardi 31 mai

Crédits photo : DENIS CHARLET / AFP

Le 9 mai 2018, le corps de Blessing Matthew, jeune Nigériane de vingt ans, est repêché dans la Durance dans les Hautes-Alpes. La jeune femme est décédée alors qu’elle tentait de rejoindre la France par la frontière italienne. L’association Tous migrants et la sœur de Blessing avaient alors déposé une plainte pour « non-assistance à personne en danger », « mise en danger de la vie d’autrui » et « homicide involontaire ». Celle-ci a débouché sur un non-lieu définitif en février 2021. Or, un nouveau témoin interviewé par Mediapart dit avoir assisté à sa chute alors qu’elle tentait d’échapper aux gendarmes.

Sous prétexte d’un manque de témoin direct des faits, la justice avait donné raison aux gendarmes qui affirmaient alors n’avoir pas eu de contact avec la jeune femme ni ne l’avoir poursuivie. Pourtant, Hervé, en livrant son témoignage sur Mediapart, vient contredire cette version et affirme qu’il y aurait eu course-poursuite, interaction avec les gendarmes et que ces derniers n’auraient pas fait le nécessaire pour venir en secours à Blessing après sa chute dans la rivière.

Selon lui, ils ont été trois à avoir été poursuivis par les gendarmes dans la nuit. Il raconte auprès de Mediapart avoir réussi à se cacher et observé la scène : « j’ai vu Blessing passer par le parking et descendre les escaliers menant au jardin. Un des deux policiers qui lui courrait derrière l’a suivie dans les escaliers. Il criait : ‘Arrête-toi, arrête-toi ou je vais tirer !’ ». Il dit l’avoir vue courir vers la rivière et l’avoir entendue crier « leave me, leave me ! » lorsque le gendarme l’aurait attrapée par le bras avant de l’entendre, sans la voir, crier à l’aide alors que sa voix s’éloignait. Après cette scène, il dit avoir entendu le gendarme dire à ses collègues que Blessing était tombée sans toutefois appeler les secours : « Ensuite, le gendarme est allé dire à ses collègues qu’elle était tombée dans la rivière mais qu’elle avait peut-être traversé. Ils n’ont pas appelé les secours ».

Hervé a refusé de témoigner en 2018, il n’a pas non plus raconté cet épisode lorsqu’il a été accueilli par un centre de la Croix-Rouge. Mais depuis qu’il en a parlé à l’association Tous migrants en été 2021, son discours n’a pas changé. Il dit avoir souhaité attendre l’aboutissement de sa procédure d’asile avant de rendre son témoignage public. Ce vendredi 27 mai, toujours selon le site Mediapart, les avocats de l’association Tous migrants et de la sœur de Blessing Matthew ont demandé la réouverture du dossier.

Déjà en 2021, l’affaire avait été classée sans suite malgré les contradictions dans les déclarations des gendarmes. En effet, toujours selon Mediapart, les témoignages semblent confus et les agents se contredisent quant à l’endroit où Blessing aurait fait tomber son sac, sur la durée de l’opération ou sur quelles rives de la Durance ont été effectuées les recherches suite à sa chute. De plus, un troisième migrant présent ce soir-là qui a été entendu lors de l’enquête initiale en 2018, Roland, affirme avoir été poursuivi avec Hervé et Blessing par les gendarmes. Son témoignage a été balayé sous prétexte qu’il n’en avait pas parlé lors de sa première déclaration, quelques jours après les faits, la justice protégeant une fois de plus les gendarmes.

Ces interpellations nocturnes qui s’apparentent à des course-poursuites avec les migrant.es tentant de passer la frontière à pieds, les poussant à se mettre en danger et ayant des conséquences dramatiques, voire mortelles comme ce serait le cas ici selon le témoignage d’Hervé, montrent l’ampleur de la politique répressive de l’Etat vis-à-vis des migrant.es. En effet, ce drame est loin d’être une exception. En novembre 2020, la police expulsait par exemple violemment près de 500 migrant.es qui occupaient la place de la République, lacérant leurs tentes, gazant et frappant les occupant.es.

Blessing Matthew est en outre loin d’être la seule migrante décédée en essayant de rejoindre la France. Depuis 2015, 87 migrant.es sont mort.es dans les Alpes d’après Sarah Bachelière chez Franceinfo. Selon The Guardian, 2 000 migrant.es ont également été tué.es par les retours en mers illégaux pratiqués par l’organisation européenne Frontex. Or, comme dans la majorité des cas de violences policières, les agents impliqués ne sont pas inquiétés par leurs actions et bénéficient d’une véritable impunité, révélatrice du caractère répressif et raciste de la justice et de l’État.



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