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Mozambique. Après une offensive islamiste, Total suspend à nouveau ses activités gazières

Cette nouvelle offensive des rebelles islamistes pourrait pousser en faveur d’une intervention militaire directe des puissances impérialistes, dont la France.

jeudi 1er avril

Entre le 24 et le 28 mars dernier une nouvelle offensive menée par l’organisation armée islamiste Ahlu Sunnah Wa-Jamo (ASWJ) s’est attaquée à la ville de Palma dans le nord du Mozambique. Cette offensive a fait les grands titres de la presse occidentale car la ville de Palma se situe à seulement 10 kilomètres du site où Total et ExxonMobil sont en train de construire des infrastructures pour l’exploitation du gaz naturel mozambicain. Un projet d’investissements de 20 milliards d’euros rien que pour la multinationale française. Cette nouvelle offensive a obligé Total à suspendre à nouveau ses opérations dans la région ; elles venaient de reprendre le 24 mars même après une première suspension au mois de janvier.

Cette attaque, selon Stratfor, « était sophistiquée, impliquait des centaines de combattants et un grand degré de planification opérationnelle, similaire à la prise, en août 2020, de la ville voisine de Mocimboa da Praia, que le groupe contrôle toujours ». Les combats se poursuivent toujours et la ville a été vidée d’une partie importante de ses 75 000 habitants (selon certains, jusqu’à la moitié de la population a fui).

Cette nouvelle offensive de la rébellion islamiste va sans doute contribuer à faire augmenter la pression sur le gouvernement mozambicain de Felipe Nyusi pour qu’il accepte et fasse appel à l’assistance militaire des puissances impérialistes et à ses partenaires régionaux. Pour le moment le Mozambique a préféré embaucher des entreprises de mercenaires, russes et sud-africaines, pour éviter de voir une intervention massive de troupes étrangères. Même si le gouvernement du FRELIMO (Front de Libération du Mozambique) évoque des raisons de « souveraineté nationale » pour expliquer ses choix, on peut évoquer d’autres hypothèses. D’une part, l’intervention directe de puissances impérialistes pourrait représenter une pression supplémentaire sur le gouvernement de Nyusi, notamment en termes de corruption et de violation des droits humains. Les puissances impérialistes savent très bien manipuler ces questions pour obtenir des avantages encore plus importants pour leurs multinationales et pour leurs intérêts géopolitiques. D’autre part, dans la mémoire des dirigeants du FRELIMO est encore vivant le souvenir de la guerre civile (1977-1992) qui a suivi la guerre d’indépendance (1964-1974). Au cours de cette guerre, le régime d’apartheid sud-africain a soutenu la RENAMO (Résistance Nationale du Mozambique) contre les « marxistes » du FRELIMO. Depuis le FRELIMO s’est complètement converti au néolibéralisme le plus crasse, mais l’intervention sur leur sol de troupes sud-africaines apparaît comme une perspective traumatisante pour eux.

Cependant, si les attaques de l’ASWJ mettent en danger les investissements étrangers, sur lesquels le FRELIMO compte beaucoup, Nyusi n’aurait autre alternative que chercher l’aide internationale. Il va de soi que toutes ces spéculations ne prennent aucunement en compte les intérêts des populations locales. Bien au contraire.

En effet, les habitants de la province de Cabo Delgado au nord du pays vivent dans une situation d’exclusion totale depuis l’indépendance. Le gouvernement central a toujours marginalisé cette région peuplée majoritairement par des musulmans et qui connaît aujourd’hui un profond sous-développement. La découverte de gaz au large de ses côtes n’a pas pour autant amélioré les choses, ni créé de l’espoir chez une population qui pourrait espérer sortir de la misère. Au contraire, l’activité des multinationales et celle des forces armées a provoqué plus d’inégalité et d’humiliations pour les habitants, les expulsant de leurs terres pour l’exploitation du gaz et des richesses minières de la région.

C’est sur ce terrain que la rébellion islamiste a pu recruter des habitants locaux. Bien que leur rhétorique porte sur l’islam, leurs revendications ne sont pas encore très claires. Ce qui est certain c’est que dans cette situation de crise la population locale est la principale victime et se trouve au milieu du feu des islamistes d’un côté, et les exactions des forces de sécurité mozambicaines (et des mercenaires) de l’autre. Une intervention militaire sera incapable de résoudre le problème de fond qui est celui de la pauvreté, des inégalités, du sous-développement des infrastructures, du manque d’écoles et d’hôpitaux, de l’absence d’opportunités de travail. Total et ses investissements ne vont aucunement amener tout cela. Ses investissements vont avant tout bénéficier à ses propres actionnaires et ses partenaires locaux, très liés au pouvoir. De cette façon, les investissements de Total sont en train d’accentuer la crise sociale et écologique dans la région. Si la France venait à intervenir d’une façon ou d’une autre directement sur le sol mozambicain, cela ne ferait qu’approfondir les souffrances des habitants locaux.




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