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Notre classe

Réunion publique : ils ne nous ferons pas taire !

Mulhouse. Gilets jaunes, cheminots, enseignants préparent la contre-offensive à partir du 5 !

Ce 26 novembre, une réunion publique était organisée à Mulhouse par le Front social de Mulhouse, les Gilets Jaunes de Mulhouse, SUD-Rail, Solidaires et la CGT du Haut-Rhin. En partant de la répression infligée par le patronat et le gouvernement dans les grèves et dans les manifestations, la centaine de personnes présentes cherchent à s’organiser ensemble et se préparer pour le mouvement qui démarre le 5 contre la réforme des retraites et au-delà.

mardi 3 décembre 2019

Dans la situation à l’approche du 5 décembre, les appels à la reconductible dans certains secteurs du public comme du privé sont une réaction pour partir tous ensemble au front de la lutte des classes. Beaucoup se raccrochent à cette date dans tout le pays, ce n’est pas anodin.

Réaliser cette réunion publique avec une salle comble en pleine semaine, ce n’était pas gagné d’avance. Mais cette envie de s’auto-organiser à la base fait son chemin. Avoir le contrôle de la lutte, de ne pas le laisser aux directions syndicales ou autre, est bien un acquis du mouvement des Gilets Jaunes qui sont justement venus en nombre à la soirée. Le leitmotiv de la soirée a rapidement tourné autour de la réforme des retraites et de la lutte à venir mais le malaise social est bien plus profond que cela et c’est bien un changement de société que tous espèrent. La grève reconductible qui démarre le 5 décembre donne à elle seule une réalité à la contre-offensive, pour qu’enfin la peur change de camp.

Des interventions riches, émouvantes et passionnantes.

Mathieu Relin, cheminot et militant SUD Rail de Mulhouse, réprimé et menacé de licenciement

Mathieu Relin est poursuivi et harcelé depuis 3 ans par la SNCF qui veut le licencier. L’entreprise publique utilise un simple accrochage verbal sans conséquence avec un contrôleur et des clients, dans le train au retour de la manifestation contre la loi travail, le 14 juin 2016, pour s’en prendre à un militant qui lutte depuis toujours contre les injustices, les réformes et les réorganisations. A chaque fois l’Inspection du travail a refusé son licenciement. Mais l’entreprise a utilisé tous les recours. Le dernier en date, au tribunal administratif de Strasbourg, a permis de casser la décision de l’Inspection du travail et du Ministère du travail en créant une jurisprudence dangereuse sur la protection du salarié gréviste. Normalement l’article L2511-1 le protège tout au long de sa journée de grève et en toute circonstance. Le pouvoir disciplinaire de son employeur ne peut pas s’appliquer car le contrat est suspendu. Or le Tribunal Administratif (instance hautement politique) a trouvé que c’était bien trop protecteur et a décidé qu’il fallait limiter cette protection en fonction des circonstances. Cela ouvre une porte dangereuse pour les licenciements des grévistes à l’avenir… A l’instar des nombreuses lois et réformes qui limitent systématiquement le pouvoir et les recours des travailleurs en lutte pour donner toujours plus de droits et de protections aux grands patrons.

Bien sûr, en tant que cheminot, son intervention fut surtout axée sur la future mobilisation contre la réforme des retraites à partir du 5 décembre qu’il faudra reconduire. Il a insisté sur le fait qu’elle n’est pas la bataille des cheminots comme veulent le faire croire tous les médias à la solde du gouvernement et du patronat, mais celle de tous les travailleurs tous attaqués et tous unis contre les reculs sociaux ; Les retraites ne sont pas négociables, il faudra se battre jusqu’au retrait pur et simple et si le mouvement est massif et généralisé, comme il l’espère, il ne faudra même pas s’arrêter à ça.

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Éric Bezou, militant SUD Rail à Saint -Lazare : la direction de la SNCF veut le licencier pour s’être mis en genoux devant sa hiérarchie

Éric est un militant depuis de nombreuses années, et, dans le cadre d’un entretien professionnel, devant le refus de le faire évoluer dans sa carrière pour car il n’aurait pas « la posture d’un agent de maîtrise » et qu’il serait « anxiogène », mais également confronté à l’intense souffrance de ses collègues sur la région de Saint-Lazare (« région test » depuis 2016) s’est mis et genoux devant sa supérieure hiérarchique le 20 mars 2019, en demandant si c’était la posture attendue de lui et de ses collègues. La SNCF considérant cela comme une attaque contre sa hiérarchie (qui a déclaré un accident du travail) a mis en œuvre une procédure de licenciement contre lui.

Jusqu’à aujourd’hui, c’est bien la direction de la SNCF qui veut mettre à genoux les salariés de la SNCF et pas Éric, mais surtout pour la direction c’est un militant qu’il faut abattre puisque trop combatif et rassembleur. Eric met aussi en avant la souffrance au travail et la lutte contre la précarité. La région SNCF de Saint-Lazare est le laboratoire du « lean management » à la SNCF et Eric a réalisé une vidéo sur le sujet, afin d’expliquer les rouages de la souffrance au travail à la SNCF après les retours du procès France Télécom et les articles de Vincent Duse sur les suicides à PSA. Pour lui, la précarisation à outrance (par exemple le remplacement des agents SNCF par des intérimaires et des salariés précaires de la sous-traitance) et l’arbitraire (procédures disciplinaires, casse du code du travail sur les licenciements, mais aussi violences policières et judiciaires) sont des techniques politiques calculées pour faire taire la contestation sociale.

Devant le refus du licenciement par l’inspection du travail, la SNCF a demandé au ministère du travail de d’accepter son licenciement. Mais la mobilisation qui sera forte à partir du 5 décembre est aussi liée à ces attaques contre des militants comme Éric qui fait en sorte que les entreprises ne deviennent pas des bagnes salariaux

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Gaël Quirante SUD poste 92 : licencié de la poste mais toujours militant actif à la poste et réprimer pour être militant

Gaël Quirante qu’on ne présente plus, n’a pas pu être présent puisqu’il a, de nouveau, été convoqué au commissariat pendant plus de 4 heures le matin de la réunion, avec deux autres militants de SUD poste, pour le simple fait d’être présent dans les bureaux de postes, ce qui lui a fait rater son train. Mais il est intervenu par téléphone. Il nous a fait un retour de la grève des postiers du 92. Après avoir bataillé pendant 463 jours de grèves, contre une réorganisation à la poste et la recherche de gains de productivité (des questions que nous connaissons toutes et tous dans nos lieux de travail). Gaël a été licencié en 2018 par le gouvernement après un nombre d’appels et de recours hallucinant. La poste a voulu se débarrasser de ce militant radical, mais le licenciement ne l’a pas empêché, d’intervenir dans les bureaux de poste légalement et cela la poste de l’accepte pas. Depuis c’est le harcèlement permanent, avec pas moins de 27 plaintes contre Gael et ses collègues. Mais l’union fait la force et la convergence et la grève du 5 décembre, sonne comme un espoir pour tous les secteurs qui enfin vont pouvoir monter aux créneaux tous ensemble pour aller jusqu’à la victoire.

Vincent Duse, militant CGT PSA Mulhouse, raconte l’enfer de l’exploitation et la précarité chez PSA

Chez PSA qui est un des premiers employeurs de la région Mulhousienne, et un des principaux consommateurs d’intérimaires, les précaires sont de plus en plus nombreux. Beaucoup viennent des quartiers populaires, et personne n’a de CDI à la fin. Aujourd’hui avec la baisse de production ce ne sont pas moins de 1200 intérimaires qui ont été renvoyés à Pôle Emplois équivalent de la fermeture d’une PME. En termes de répression chez PSA cela a toujours été une entreprise de combat contre le syndicaliste et la CGT en particulier qui sont toujours menacés et sanctionnés, mais la lutte se poursuit contre la précarité et il devient central de résister pour que le patron ne puisse pas exploiter comme il le fait depuis des années la jeunesse précarisée à dessein. Nos contrats de travail ne doivent pas nous empêcher de lutter ensemble. Le 5 décembre est une bonne occasion pour montrer que cette société là nous n’en voulons pas. Il a ensuite rappelé que le 5 décembre nous dénombrons plus de 1500 appels à la grève dans le privé plus tous les appels dans les différents secteurs, et que ceux qui ne partent pas en reconductible tout de suite entreront dans la grève très vite s’ils constatent que le mouvement est massif le 5.

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Leila : Gilets Jaunes, le récit d’une combattante

Le récit de cette militante, fut l’un des plus émouvants. Leila, aide-soignante sur Mulhouse, gilet jaune depuis le 17 novembre, a mis l’accent sur la répression en citant plusieurs chiffres : 3 morts depuis de début du mouvement, une morte Zineb Redouane, 42 gardes à vue, 5 mains arrachées, 25 qui ont perdu en œil, 10 700 interpellations. Elle a insisté sur les 313 dépôts de plaines a l’IGPN dont une seule a abouti à une condamnation, pour le CRS qui a jeté un pavé dans la foule le 1er mai écopant ainsi d’une peine très légère de 3 mois avec sursis. Alors que dans le même temps un Gilet Jaune, qui a jeté un pavé a écopé lui de de 8 mois de prison ferme. Pour Leila c’est un signe que notre pays n’est plus un état de droit, que les pouvoirs judiciaires, législatifs et exécutifs se mélangent ce qui est très inquiétant. Elle a ensuite apporté son témoignage de plus d’un an de manifestation gilets jaunes. Les nasses, les gaz, les grenades, les LBD, les matraquages l’ont profondément choquée et révoltée contre l’impunité totale des forces de l’ordre qui leur permet de se passer de tout sang-froid et de toute retenue.

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Une Gilet Jaune : contre la réforme de l’assurance chômage qui va faire plonger les plus démunis dans la misère

Nous avons eu un témoignage des plus éloquents sur les conséquences désastreuses pour les vies humaines de la réforme de l’assurance chômage, avec son application dès le premier novembre. Elle nous a rappelé que même sans elle, 14000 morts par an sont directement dues au chômage et que visiblement pour Macron ça n’est pas encore assez. Avec cette réforme, les conditions d’accès aux chômages sont plus restrictives : le salarié privé d’emploi doit avoir travaillé plus de 6 mois sur 24 (au lieu de 4 sur 28 mois jusque-là). Pour prolonger leur période d’indemnisation ils devront travailler à nouveau 6 mois d’affilé (au lieu de 1 mois) et ceci pour prolonger seulement d’autant de mois qu’ils auront travaillé. Mais en plus au 1er avril prochain, le calcul de l’indemnisation va passer de 57% de l’ancien salaire brut calculé sur les 12 derniers mois sans prise en compte des périodes non travaillée (maladie, grossesses, périodes de chômage…) à toujours 57% du brut, mais calculé sur les 12 derniers mois avec prise en compte des périodes non travaillées. Évidemment cela va faire baisser les chiffres du chômage mais aussi mettre à la rue des milliers de privés d’emploi qui rebasculeront sur le RSA (moins de 500€ par mois). C’est une catastrophe sociale qui s’annonce. Tout ça pour ne plus dépenser « un pognon de dingue » et mettre sous pression les chômeurs afin qu’ils acceptent tous les travaux, même les plus mal payés. Le 5 décembre une mobilisation des travailleurs qui peuvent être ou devenir à tout moment des sans-emplois doivent se mobiliser aussi contre cette réforme terrible qui les concerne tous.

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Une militante Gilet Jaune : contre la répression du mouvement écologique

Cette militante gilet jaune a remis dans le débat des faits, que nous avions déjà dénoncés dans Révolution Permanente : la répression du mouvement écologiste. En effet, lors de l’action du 30 octobre, pour sensibiliser sur les risques de l’enfouissement des déchets de StocaMine vers Mulhouse. Il y a eu une mobilisation commune des écologistes et des gilets Jaunes. Lors de l’action pacifique la répression a été d’une rare violence avec une camarade qui s’est vue fracturer le sternum par un policier qui s’est posé de tout son poids avec son genou sur son thorax. Elle voulait uniquement manifester pour que l’eau ne soit pas polluée pour nos enfants. Ce genre de violence ne nous laisse pas de marbre, bien au contraire. Cette violence que nous avons vue à Lyon récemment fait que nos luttes se rejoignent et nos convergences feront battre en retraites le gouvernement et le capital a sa botte.

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A partir du 5, tous et toutes en grève et dans la rue ! Pour nos retraites, mais pas que !

Cette soirée très riche, avec des interventions d’une grande qualité a donné beaucoup de motivations à tous les présents. Un « pôle de lutte » sera présent le 5 décembre à 8h du matin devant la gare de Mulhouse pour élargir la grève à un maximum des secteurs et notamment le privé, qui a aussi un

énorme rôle à jouer dans cette lutte qui s’annonce historique ! Et puisque la réforme des retraites cristallise une grogne sociale qui dure maintenant depuis plusieurs années et qui a vu son apogée depuis 2018 avec la bataille du rail, suivie par le mouvement des Gilets Jaunes et les luttes de l’éducation nationale et des hospitaliers, il est bien évident que les gens ne vont pas dans la rue, uniquement contre cette réforme.

Nous en sortons de cette réunion pleins d’enthousiasme et détermination pour construire un mouvement d’une grande ampleur, non pas par désir personnel, mais par nécessité, pour l’humanité, contre la politique néolibérale à la sauce Macron, pour que cette idéologie mortifère et destructrice sur tous les plans soit éradiquée de notre paysage social. Mais nous savons également que nous ne pourrons gagner la partie que par l’auto-organisation a la base, par ceux qui luttent, car ces luttes ne sont pas celles des directions syndicales, mais celles de nos frères et sœurs de classe. Pour cela, il est évident que la mobilisation doit s’étendre au maximum, Gilets Jaunes, retraités, chômeurs, étudiants, précaires, public et privé, tous doivent se retrouver dans cette lutte !

Nous sommes également conscients, qu’une seule journée ne suffira pas. Il nous faut nous inscrire dans une durée, que nous espérons la plus courte possible, si nous sommes nombreux, mais qui ne pourra malheureusement se contenter du 5 ou du 6. C’est l’engagement de tous les présents à cette réunion ! A partir du 5 décembre, tous ensemble dans la lutte contre la réforme des retraites, qui nous rassemble tous ! Et tant que nous y serons, pourquoi ne pas aller au-delà ?

Vidéos issues du Direct Facebook réalisé par David Otis




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