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Multiplication des grèves au Royaume-Uni : un été de colère en perspective ?

Une inflation élevée, une économie qui passera de la deuxième à l'avant-dernière place parmi les pays de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et un été de grèves à venir suffisent pour que les médias commencent à parler d'un « été de mécontentement ».

vendredi 17 juin

Le gouvernement malmené de Boris Johnson risque de devoir faire face à des perspectives économiques difficiles. Les chiffres officiels de cette semaine devraient en effet montrer que la croissance a été proche de la stagnation en avril, alors que dans le même temps, les ménages ont dû faire face à une augmentation record de leurs factures d’énergie. Les nouveaux chiffres devraient également confirmer que l’écart entre les salaires et le coût de la vie se creuse, pour atteindre des niveaux jamais vus depuis des décennies.

Dans un contexte d’inflation élevée (9 % en avril, avec des salaires gelés depuis deux ans), de baisse du niveau de vie et de graves pénuries de travailleurs dans certains secteurs, les discussions sur les salaires sont passées au premier plan. Les cheminots prévoient trois jours de grève dans tout le pays ce mois-ci, le plus grand mouvement depuis 1989, et exigent un meilleur accord salarial et des garanties d’emploi.

Alors que le pays fait face à des taux d’inflation record, Boris Johnson tente de redéfinir ses priorités politiques, après avoir adopté une motion de confiance avec une majorité courte de 148 voix seulement. Le premier ministre, en plus de se ressaisir politiquement, doit éviter une récession et, comme si cela ne suffisait pas, il doit faire face à des grèves qui pourraient se prolonger par un été de mécontentement.

Plus de 50 000 travailleurs de Network Rail, le réseau ferroviaire national, et de 13 compagnies ferroviaires, représentés par le syndicat RMT (National Union of Rail, Maritime and Transport Workers) seront en grève le 21 juin pour protester contre les suppressions d’emplois et le gel des salaires. D’autres grèves sont prévues les 23 et 25 juin. Ils rejoindront les quelque 10 000 travailleurs du métro de Londres, également membres du RMT, qui se mettront en grève le mardi 21 juin, en défense de leurs retraites et contre les suppressions d’emploi.

A l’annonce de la grève, la première réaction de Johnson a été d’assurer qu’une augmentation des salaires pourrait entrainer une spirale des prix du type de celle des années 1970, ce qui obligerait la Banque d’Angleterre à relever davantage les taux d’intérêt. Affront supplémentaire, dans un contexte de crise du coût de la vie, il souhaite également supprimer plus de 90 000 emplois dans le secteur public.

Entre temps, le ministre des transports Grant Shapps a déclaré au Sunday Telegraph que le gouvernement envisageait des amendements juridiques pour permettre aux travailleurs intérimaires de remplacer le personnel en grève afin de réduire les perturbations des services.
Non content de s’arrêter là, Shapps a ajouté que les travailleurs étaient floués, dans certains cas, par des «  marxistes  » qui sont «  déterminés à transformer cette situation en une sorte de lutte, avec, ce qui est selon eux, un gouvernement conservateur  ».

La grève pourrait même s’étendre à d’autres secteurs que celui des transports. Les travailleurs du NHS (les hôpitaux) en Angleterre risquent d’obtenir un accord salarial qui sera inférieur à l’inflation, ce qui signifierait pour les infirmières une réduction de 10% de leurs revenus réels. Dans le même sens, les accords salariaux dans le secteur public, qui devraient être annoncés sous peu, pourraient provoquer de vives réactions…

Les travailleurs du secteur public ne manquent pas de raisons de faire grève, la dévaluation des salaires touche des millions de travailleurs qui ont servi en première ligne de la pandémie. En effet ce secteur a des taux de croissance des salaires beaucoup plus faibles que l’ensemble du pays, les chiffres officiels indiquant que les salaires du secteur privé augmentent de 8,7 % par an, contre seulement 1,6 % dans le secteur public.

En réponse, ce samedi 18 juin, le Trades Union Congress (TUC) a appelé à une marche nationale à Londres pour exiger une véritable augmentation de salaire pour tous. Le TUC exige également l’interdiction des contrats à durée précaires (contrats dans lesquels le nombre d’heures par jour n’est pas spécifié, dans lesquels un travailleur peut être disponible pour travailler lorsque cela est jugé nécessaire), l’interdiction des licenciements, l’augmentation des indemnités de maladie, d’en finir avec le racisme au travail et une taxe sur les bénéfices énergétiques pour payer les factures des familles les plus précaires.

La secrétaire générale d’UNISON - Christina McAnea - le plus grand syndicat du pays, a appelé la population à se joindre à la marche. Le syndicat regroupe des travailleurs des secteurs de la santé, de l’éducation, de la justice, des entreprises de distribution d’eau, des agences gouvernementales et environnementales, des entreprises du secteur de l’énergie, ainsi que des travailleurs contractuels employés en sous-traitance pour le nettoyage des hôpitaux, les soins, les centres d’appels, etc.

La dynamique de cette situation et la volonté des travailleurs de lutter pour leurs droits n’est pas sans rappeler « l’hiver de la colère ». Une vague de luttes qui a eu lieu pendant l’hiver 1978-1979 au Royaume-Uni, en réponse à la tentative du gouvernement travailliste de l’époque d’imposer un plafond salarial de 5 %, à une époque de forte inflation…

Traduit depuis La Izquierda Diario



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