^

Politique

Extrême-droite

Municipales : Le Rassemblement National veut s’ancrer et lancer l’opération présidentielle

A l'approche des municipales, le Rassemblement National compte bien capitaliser électoralement sur la colère des travailleurs, en plus d'une stratégie de construction locale en vue de la campagne de 2022. Cette opération est loin d'être gagnée.

mardi 11 février

Credit photo : PHILIPPE HUGUEN / AFP

La politique du RN en vue des présidentielles : conquérir les terrains locaux

Les élections municipales ont été longtemps été boudées par le Front National de Jean-Marie Le Pen car « dans un conseil municipal, il faut rechercher le compromis », comme il le confiait à Libération. C’est une nouvelle stratégie que déploie le parti "décomplexé" de Marine Le Pen, se proposant de conquérir les municipalités afin, au contraire, de renforcer son assise locale en vue des présidentielles de 2022. Un changement stratégique qui rentre dans l’opération de long terme de « dédiabolisation », afin d’apparaître comme une alternative acceptable pour les classes dominantes, face à la crise toujours en cours du bipartisme traditionnel et les difficultés de la Macronie.

Là où la stratégie électorale de l’ancienne extrême droite reposait entièrement sur l’élection de l’exécutif, la figure de Jean-Marie Le Pen ne souffrant d’aucune concurrence à la tête du parti, sa fille a compris l’intérêt que constituerait le maillage des mairies comme relai de leurs idées, d’autant plus dans le contexte anti-politique actuel. Ces relais locaux seraient un atout conséquent dans la course pour la présidentielle, pour laquelle elle est donnée en bonne place.

L’enjeu de la conquête des corps intermédiaires que constitue les mairies est bel et bien majeur dans le contexte de fronde sociale actuel. C’est aussi, depuis le "Grand Débat" de Macron, un des axes importants de la politique menée par la majorité. Le Rassemblement national tente en effet de se solidifier son image de premier opposant à Macron, en chercher à s’appuyer sur la mobilisation sociale, tout en étant l’une des pires ennemis des travailleurs.. Une mobilisation soutenu par plus de 60% de la population, alors que Marine Le Pen se prononce pourtant contre l’amélioration des conditions de vie des travailleurs, notamment quand elle soutient le modèle d’Orban, la casse du code du travail et la protection sociale, soutenant les multinationales et, en dernière instance le système actuel, le tout saupoudré de xénophobie et de racisme. Une grossière façade donc, construite en vue de remporter les prochaines échéances électorales.

Une stratégie adaptée aux villes moyennes

Un objectif de conquête pour le Rassemblement National donc d’une cinquantaine de villes accessibles sur des critères précis : une base électorale solide pronostiquée en fonction des résultats des européennes desquelles le RN est sorti renforcé, dans des villes moyennes (5000 à 30 000 habitants) puisque dans les villes plus importantes, le RN ne parvient pas faire de percée, et dans les plus petites, le vote se fait par connaissance. Ils tablent aussi sur des villes dont le maire sortant ne se représente pas ou est septuagénaire ou encore ayant des ennuis judiciaires et surtout, dans les endroits où leur candidat est connu de ses administrés, s’était déjà présenté en 2014.

Dans nombre de villes moyennes se présentent et sont en bonne place des candidats RN, et, là où la base électorale est trop faible pour la droite et l’extrême droite, on voit l’apparition d’unions de la droite, entre les candidats du Rassemblement national et des Républicains comme à Sète, Carpentras, Cavaillon, Bédarrides, etc. Une telle alliance montre une tendance à la droitisation d’une frange des Républicains. Cela marque aussi la fin d’un "front républicain" pour faire "barrage au RN" pour une partie de la droite traditionnelle, là où une autre partie de LR fait liste commune avec LREM. En dernière instance, ce type d’alliance stratégique n’avait pas eu lieu depuis les élections municipales de 1983 où Mitterrand était alors au pouvoir, un essai de la droite pour faire barrage aux « socialo-communistes » d’alors.

Perpignan reste l’exception, une grande ville (120 000 habitants) qui donne le candidat RN vainqueur avec plus de 30% d’intention de vote. Louis Aliot, candidat déjà en tête au premier tour en 2014 s’était vu ravir le siège suite au désistement de la gauche pour faire barrage au RN. La situation aujourd’hui est différente puisque son adversaire d’alors, Jean-Marc Pujol doit affronter, en plus de la liste Europe Ecologie et PS, le candidat LREM. Celui qui semblait être peu attaché au parti de Marine Le Pen – il s’en détache dans les faits depuis quelques années, et se présente aujourd’hui sans l’étiquette RN, mais avec une campagne très offensive (rencontre publique avec Éric Zemmour…), il est soutenu activement non seulement par Marine Le Pen, mais aussi par les acteurs locaux, têtes d’affiches du RN, tel que Robert Ménard (maire de Béziers) et Emmanuelle Ménard-Duverger (députée RN). Véritable vitrine du parti comme le commente un cadre RN : "Si les marcheurs gagnent Paris, et nous, Perpignan, on aura chacun la sensation d’avoir gagné ces municipales".

Une campagne non sans difficultés

Cependant, même avec cette stratégie qui semble donner le RN gagnant dans les villes moyennes, les difficultés s’accumulent pour le parti de Marine Le Pen. En effet, les candidats idéaux ne sont pas toujours rendez-vous : « Nos cadres locaux sont des braves gens, confie un député européen RN. Pas forcément capable de diriger des villes ». « Et quand on trouve de bons profils, on a du mal à les convaincre », ajoute un cadre du mouvement. Ainsi sont parfois parachutés des « fidèles » du RN, comme à Calais ou encore à Lens où « la greffe n’a pas encore pris, constate un conseiller régional RN. Mais il n’y avait personne d’autre ».

Plus généralement, c’est aussi la stratégie de recherche de « dédiabolisation », qui franchit un pas avec la tactique d’alliance ouverte avec des pans de la droite traditionnelle, qui continue de diviser en interne. Une stratégie qui ne manque pas, par ailleurs, de refroidir la part la plus radicale de l’électorat historique du parti d’extrême droite, tout en peinant d’attirer massivement l’électorat de droite classique, comme nous avons pu le voir en 2017. Ainsi, le fait de ne pas pouvoir postuler sérieusement à la conquête de ville importantes est un véritable frein pour RN, reflétant que l’émergence d’une nouvelle bipolarisation autour de LREM et de RN est encore loin d’être solidifiée.

En outre, la question du financement de cette campagne reste une inconnue de taille. Le Rassemblement National ayant plus de 9 millions de dettes auprès de la Russie, les banques refusent de prêter de quoi financer ces campagnes. Marine Le Pen a donc annoncé ce 8 février la création d’une « banque de la démocratie », appelant la population aux dons pour pallier à ce manque à gagner. Il y a, bien sûr, derrière cette appel au peuple, une stratégie visant à donner l’illusion de l’« anti-système ». Bien pratique pour faire oublier les multiples casseroles qui se sont accumulées ces dernières années, notamment sur des questions de fonds publics touchant directement Marine Le Pen !

S’il semble acquis que le RN aura sous sa coupe plus de mairies qu’après les élections municipales de 2014, le parti d’extrême droite est loin d’être le seul à pouvoir capitaliser sur la crise touchant LREM. Un contexte instable donc, témoignant de la crise politique actuelle, apparue au grand jour en 2017. Cette situation pose d’autant plus l’urgence d’une alternative politique de classe, un parti résolument révolutionnaire, à mille lieues de toute recomposition placée sous le label de la « l’union de la gauche ».




Mots-clés

Rassemblement National   /    Municipales   /    Marine Le Pen   /    Politique