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Monde

Face au coup d'Etat

Myanmar. 2 morts et plus d’une trentaine de blessés ce samedi : la répression s’accentue

Depuis le premier février, date du coup d’Etat militaire en Birmanie, les manifestants font face à une répression féroce, avec, rien que ce samedi, deux morts et des dizaines de blessés. Mais la détermination ne faiblit pas, et la contestation continue de s'organiser, avec une nouvelle journée de mobilisation et de grève générale ce lundi.

mardi 23 février

Crédits photo : STRINGER / REUTERS

Trois semaines après le coup d’État militaire au Myanmar, la répression des manifestations se fait de plus en plus forte. Si la semaine dernière nous écrivions que l’armée était passée à l’étape supérieure en tirant à bout portant sur les manifestants, aujourd’hui ce sont de nombreuses victimes que l’on déplore. Par ailleurs, ce lundi était particulièrement important, de nombreux Birmans ayant relevé l’enchaînement des cinq 2 dans la date du 22-02-2021, rappelant le symbole des quatre 8 du 8 août 1988, date du grand soulèvement contre la junte militaire.

Ce samedi, les manifestants rendaient hommage à Mya Thwate Khaing, première victime du nouveau régime autoritaire. Jeune épicière de 20 ans, elle meurt la veille de la manifestation des suites de ces blessures et devient une icône du mouvement anti-junte. “La balle qui l’a transpercée a touché toutes nos têtes”, déclare un contestataire.

C’est lors de cette manifestation que la violence fut la plus sanglante, la police ayant ouvert le feu sur les manifestants après avoir eu recours à des canons à eau. Rien que ce soir-là, à Mandalay, selon le journal The Irrawaddy, on compte au moins deux morts et plus de six blessés dont certains très graves (un mineur aurait reçu une balle dans la tête). “Nous avons reçu six hommes atteints de blessures par balle, dont deux atteints grièvement”, explique un soignant. Un reporter de Frontier Myanmar témoigne : “Une des deux victimes a été atteinte à la tête tandis que l’autre a reçu une balle dans la poitrine et est morte sur le chemin de l’hôpital.”. L’armée ne cesse de renforcer la répression et aujourd’hui c’est plus d’une centaine de blessés que l’on dénombre à travers le pays, toujours selon le journal The Irrawaddy.

Cette répression se poursuit en dehors des manifestations, la junte ayant entamé une réelle chasse aux opposants. Ce sont ainsi plus de 550 personnes, pour la plupart opposants politiques, qui ont subi une arrestation depuis début février, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. La junte s’attaque aussi à la liberté d’expression, à l’accès à l’information et a bloqué Internet six nuits d’affilée selon NetBlocks, un observatoire spécialisé basé au Royaume-Uni. L’encyclopédie en ligne Wikipedia est quant à elle totalement bloquée dans toutes les langues. Facebook a par ailleurs supprimé la page de la junte, qui publie des messages de haine notamment envers les Rohingyas, victimes d’un génocide. Génocide qui n’a par ailleurs jamais été dénoncé par l’ex-dirigeante de la Birmanie, Aung San Suu Kyi, qui n’a d’ailleurs pas hésité à protéger l’armée devant la Cour internationale de justice en décembre 2019, déclarant même que certains généraux étaient « plutôt gentils ».

Mais malgré la répression, et face à une junte qui a déclaré ce dimanche qu’elle n’hésitera pas à “recourir à la force létale si les protestataires confrontaient les forces de sécurité”, selon le CNN, des centaines de milliers de personnes continuent de se réunir pour contester ce coup d’État.

La détermination des manifestants est d’autant plus forte depuis que la répression s’intensifie avec, pour certains, un discours plus radical, comme le groupe Mouvement de Désobéissance Civile qui prône une “révolution de printemps”. Par ailleurs, un Comité de grève générale se serait formé, « comprenant des groupes militants qui ont été à l’avant-garde des manifestations jusqu’à présent, formés notamment de syndicats étudiants, de groupes professionnels et de partis politiques », selon le journal Frontier Myanmar. Jusqu’à maintenant, le mouvement a été relativement canalisé par la revendication de la défense d’Aung San Suu Kyi et de son parti ainsi que de la libération des autres prisonniers politiques, et ce Comité de grève générale, lui, aurait des revendications plus radicales, prônant ainsi « l’abolition de la constitution de 2008 » et « la fin de la dictature ». L’émergence d’un tel Comité pourrait constituer une étape importante dans la mobilisation, si celui-ci se donnait pour tâche de pousser à l’organisation à la base des manifestants, et en particulier de la classe ouvrière du pays, à la tête du mouvement démocratique.

Par ailleurs, les jeunes sont toujours en première ligne du mouvement : « Nous, les jeunes, avions des rêves, mais le coup d’Etat militaire les a brisés », s’emportait Ko Pay, dans l’une des manifestations de dimanche, citée par l’agence Reuters : « c’est pourquoi nous marchons en tête des cortèges de protestation. ».

C’est donc une détermination très forte qui s’accompagne d’une radicalisation croissante qui dirige ce mouvement de contestation contre le coup d’État militaire. Les habitants du Myanmar ne comptent pas se laisser intimider par toute cette violence, mais doivent s’attendre à une augmentation de celle-ci. Mais c’est en s’organisant à la base du mouvement, en développant des organes d’auto-organisation pour faire face à la répression et en commençant à élaborer un projet politique alternatif à la junte qu’ils parviendront à la renverser, pas en appelant en renfort les pays impérialistes tels que la France ou les Etats-Unis qui ne feront qu’envoyer une armée de plus.




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