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Lobby pétrolier

Myanmar. Chevron et Total en plein lobbying par crainte de sanctions aux Etats-Unis

Des sénateurs nord-américains font pression sur Joe Biden pour imposer des sanctions sur le secteur pétrolier myanmarais malgré le lobby de Chevron (et de Total).

mercredi 28 avril

Depuis le coup d’Etat du 1er février dernier les militaires au Myanmar ont tué au moins 755 personnes et arrêté plus de 3 400 opposants. Cela sans compter les nombreux blessés, les humiliations, la destruction des marchandises et les vols des petits commerçants, les expulsions des grévistes de leurs logements de fonction, la création d’un climat répressif tout au long du pays. Dans ce contexte plusieurs militants et associations ont commencé à faire pression sur les entreprises multinationales possédant des intérêts au Myanmar pour qu’elles arrêtent de faire des affaires avec les militaires et de cette façon les financer. C’est le cas notamment des majors pétroliers dont l’américain Chevron et le français Total, principal financeur de la junte militaire.

Jusqu’à présent les gouvernements occidentaux ont imposé quelques sanctions contre les militaires et certaines entreprises mais ont éludé sciemment de toucher au secteur pétrolier et gazier, qui est pourtant la principale source de revenus en devises étrangères pour la junte militaire. Et cela justement pour protéger les intérêts des multinationales impérialistes dans le pays. Celles-ci de leur part mènent une campagne de communication et de lobby auprès des responsables politiques.

C’est le cas notamment de Chevron qui au cours des premiers mois de l’année a dépensé 2,17 millions de dollars en lobby. Selon un article du New York Times, « Chevron a envoyé des lobbyistes - dont certains sont d’anciens fonctionnaires fédéraux, l’un d’entre eux ayant apparemment quitté le département d’État le mois dernier - auprès d’organismes tels que le département d’État et des bureaux clés du Congrès pour les mettre en garde contre toute sanction susceptible de perturber ses activités au Myanmar ».

Pour justifier cette position Chevron use d’arguments hypocrites mettant en avant leur soi-disant inquiétude à l’égard de leurs employés et des populations locales. Ainsi, Braden Reddall, porte-parole de Chevron, est cité dans l’article du NYT et affirme : « nous condamnons les violations des droits de l’homme au Myanmar et nous soutenons le peuple de ce pays dans son cheminement vers une démocratie moderne, pacifique et prospère [mais] (...) si nous ne payons pas nos impôts, nous nous trouvons en situation de rupture de contrat, ce qui pourrait faire courir aux employés un risque excessif de poursuites pénales ». Reddall a également suggéré que les sanctions pourraient avoir d’autres effets secondaires négatifs pour les populations de la région, notamment l’interruption de l’approvisionnement en énergie. Curieusement ce sont pratiquement les mêmes arguments mis en avant par Patrick Pouyanné, PDG de Total, dans une lettre ouverte publiée récemment.

Mais ce mardi un groupe de sept sénateurs nord-américains démocrates et républicains ont demandé au gouvernement de Joe Biden de prendre des sanctions contre la compagnie de pétrole myanmarais MOGE (Myanmar Oil and Gas Enteprise) contrôlée par les militaires. Cela affecterait les affaires non seulement de Total et de Chevron mais aussi de la sud-coréenne POSCO, de la thaïlandaise PTT, de la malaisienne Petronas et de la chinoise CNPC. Toutes ces entreprises génèrent un revenu d’autour de 1,5 milliards de dollars annuels pour la junte. Le mécanisme proposé par les sénateurs implique que « les joint-ventures impliquant des multinationales du pétrole et du gaz versent leurs revenus sur un compte fiduciaire ou protégé, soit pour être conservés jusqu’à ce que le Myanmar ait un gouvernement légitime et démocratiquement élu, soit pour être utilisés à des fins humanitaires ».

Même si pour le moment rien n’a été décidé, et que rien ne garantit que des mesures allant en ce sens soient prises, les multinationales et leurs soutiens mettent en garde sur le fait que de telles sanctions pourraient pousser les militaires dans les bras de la Chine afin de substituer les entreprises occidentales. En réalité, Total et Chevron partagent les intérêts à éviter des sanctions sur le secteur pétrolier et gazier. Car au-delà des spéculations sur les alliances avec la Chine, la junte militaire serait très affaiblie si elle perdait les revenus tirés de toute l’activité gazière et pétrolière ; cela sans parler de l’isolement international dans lequel elle se trouve.

Pour la classe ouvrière, les jeunes et les minorités nationales au Myanmar, même en cas de sanctions, il ne faudrait pas se faire d’illusion : jamais l’impérialisme ne prend des mesures en faveur des peuples. Les Etats impérialistes ne sont nullement des alliés dans la lutte contre la dictature. Leurs intérêts économiques et géopolitiques passent évidemment avant ceux des exploités et opprimés de la région. Comme l’exemple de la campagne de lobby de Chevron le démontre, les hauts fonctionnaires de ces Etats sont totalement liés aux multinationales. Les principaux alliés de ceux et celles qui se battent contre la dictature au Myanmar aujourd’hui sont les exploités et opprimés des pays voisins et dans les pays impérialistes.




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