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Myanmar. Grève générale suivie par des millions de travailleurs et travailleuses contre les militaires

Trois semaines après le coup d’État militaire au Myanmar, la répression des manifestations se fait de plus en plus forte. Après l’assassinat de deux jeunes manifestants, les travailleurs du Myanmar ont répondu par une journée de grève générale massive.

mercredi 24 février

Depuis le coup d’Etat militaire du 1er février au Myanmar, le pays est traversé par une forte résistance ouvrière et populaire dont son expression la plus puissant a été la journée de grève générale du 8 février. Cette journée de grève, qui avait révélé le rôle central qui joue la jeune classe ouvrière industriel au sein du mouvement, avait aussi, par sa force, élargi le champ des revendications au-delà de l’opposition au coup d’Etat. En réaction les militaires avaient imposé la Loi Martiale et entamé une vague de répression sanglante qui s’est traduite par plus 600 détenus, des centaines de blessés et au moins 3 morts dont 2 ce week-end lors de l’hommage à Mya Thwate Khaing, la première victime du gouvernement militaire.

La répression meurtrière de ce samedi 20 février, loin de freiner le mouvement par la terreur, a remis encore une fois la puissance de la classe ouvrière au centre de la scène et a poussé en avant la combativité des manifestants. En effet, à l’appel de 25 organisations parmi lesquelles des syndicats ouvriers et étudiants, mais aussi d’organisations d’intellectuels et religieuses, ce lundi 22 février a été marqué par une journée de grève générale historique. Avec des millions de personnes dans la rue, des autoroutes bloqués, des entreprises et des commerces fermées, cette journée de grève qui a touché presque tout le pays et notamment les grandes villes comme Yangon, Mandalay ou Naypyidaw a été la journée de mobilisation la plus importante depuis le coup d’Etat militaire. Et cela malgré les tentatives d’intimidation des militaires qui se sont multipliées dimanche suite à l’appel à la grève.

Comme le relève l’Indian Expres : « À Yangon, la plus grande ville du pays, des camions ont navigué dans les rues dimanche soir en lançant des annonces selon lesquelles les gens ne devraient pas assister aux manifestations lundi et doivent honorer l’interdiction des rassemblements de cinq personnes ou plus ». De même, « la chaîne de télévision publique MRTV a diffusé dimanche en fin de journée une annonce publique de la junte, officiellement convoquée par le Conseil d’administration de l’Etat, mettant en garde contre la grève générale : « Il est constaté que les manifestants ont incité à l’émeute et à l’anarchie le jour du 22 février. Les manifestants incitent maintenant les gens, en particulier les adolescents et les jeunes émotifs, à un chemin de confrontation où ils subiront la perte de vies » ». Les menaces ont été vaines.

Comme le reportait The Guardian, en hommage au soulèvement massif des « Quatre Huit (8888) » du 8 août 1988 contre la dictature militaire de l’époque, les manifestants ont appelé cette journée de grève générale la « Révolution des Cinq Deux (22222) ». Bien que le soulèvement de 1988 se soit terminé dans un bain de sang un mois plus tard, le parallèle montre tant la détermination des manifestants que leur volonté de s’attaquer non seulement aux militaires putschistes, mais aussi au régime hérité des années 90 et qui persiste malgré les réformes démocratiques et la politique d’Aung San Suu Kyi. Cet élargissement des revendications et de l’horizon de la lutte avait aussi eu lieu suite à la grève générale du 8 février. Comme l’expliquait The Guardian : « les revendications des manifestants vont maintenant au-delà de la contestation du coup d’État. Ils demandent également l’abolition de la constitution de 2008 élaborée sous supervision militaire qui donnait aux généraux un droit de veto au parlement et le contrôle de plusieurs ministères, ainsi que l’instauration d’un système fédéral dans un Myanmar ethniquement diversifié »

Bien que le coup d’Etat du 1er février ait réveillé la puissance sociale et les potentialités politiques de la classe ouvrière, différentes forces, au-delà des militaires, bataillent pour un retour au statu quo et dévier la colère des manifestants. A commencer par Ligue Nationale pour la Démocratie (LND) de Suu Kyi qui influence le mouvement et qui a maintenu pendant ces années l’entente avec les militaires pour garantir les baisses salaires et préserver les intérêts économiques des élites du pays mais aussi des puissances impérialistes qui essayent de jouer le rôle d’arbitres. C’est le cas notamment des Etats-Unis mais aussi de l’Union Européenne, la Chine ou le Japon.

D’un autre côté, les organisations internationales comme l’OIT (Organisation Internationale du Travail) et de grosses confédérations syndicales occidentales tentent elles aussi de « canaliser » la radicalité des travailleurs en les amenant vers des stratégies conciliatrices avec le patronat et l’Etat.

Pour sortir de l’impasse où les différentes forces politiques essayent d’amener la contestation et aller vers la voie politique ouverte par la force que les ouvriers ont démontrée lors de ces deux journées de grève générale, les travailleurs du Myanmar doivent construire leurs propres organisations politiques de classe et de lutte, afin de défendre leurs propres intérêts contre les patrons locaux, les militaires et les capitalistes internationaux.




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