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Myanmar. L’armée tire à bout portant sur les manifestants

Depuis le coup d'État militaire en Birmanie, le premier février, des dizaines de milliers de manifestants se soulèvent contre le régime autoritaire. La police et l'armée sont aujourd’hui passées à l’étape supérieure en tirant sur la population et en renforçant les arrestations et les contrôles.

mercredi 17 février

Crédits photo : STR/AFPTV/AFP

Le premier février, l’armée birmane s’est emparée du pouvoir par un coup d’État. Depuis, la population du Myanmar se soulève contre la junte et sort dans la rue en appelant à la grève générale. Si les premiers jours de manifestations faisaient déjà l’objet d’une répression violente, avec plus de 400 arrestations, l’armée est passée à l’étape supérieure et organise une répression à grande échelle.

Jusqu’à présent, la police se contentait de surveiller les manifestations. Mais la répression s’était déjà abattue sur le mouvement, avec une femme blessée par balle à Naypyidaw, la capitale du pays. Son état était critique et elle avait été déclarée en état de mort cérébrale. Sa famille a demandé aux chirurgiens de débrancher le respirateur qui la maintenait en vie. À 20 ans, Ma Mya Thwet Khine est devenue la première martyre de ce mouvement. Mais la répression a fait un nouveau saut ce lundi, l’armée ayant rejoint la police pour tirer sur les militants comme elle l’avait fait en 1988 lors des mouvements anti-junte.

Nous ne savons toujours pas si les balles utilisées sont réelles ou en caoutchouc. Des incidents violents, notamment dimanche soir à Myitkyina. ont pourtant été rapportés au journal Le Monde. C’est le média Frontier Myanmar, rapporté par l’agence de presse Reuters, qui nous apprend que le feu a été ouvert pour disperser les manifestants. Le nombre de victimes n’a pas été communiqué. Par ailleurs, des véhicules blindés patrouillent dans les rues notamment à Rangoun en se positionnant dans les lieux les plus stratégiques de la ville afin de contrôler au maximum la population. Plusieurs dizaines de personnes ont déjà été arrêtées lors des manifestations et en grande majorité des étudiants.

C’est la jeunesse birmane, appelée la génération Z, qui n’a pas connu la dernière dictature qui est en première ligne de ce mouvement. « Je suis à la tête d’un petit groupe d’une trentaine de personnes », explique Kyaw au téléphone ; « Si, demain, l’armée coupe Internet et nous empêche de nous organiser sur une plus grande échelle, j’ai déjà prévu des lieux de regroupement afin de continuer la lutte. » Fils de militaire, il relate être fâché avec son père, précisant : « On n’est pas d’accord sur nos visions politiques respectives. »

Au-delà de l’augmentation de la répression dans la rue, le régime autoritaire met en place des décrets réduisant les libertés des habitants du pays. En effet, depuis samedi, suite à une signature du général Min Aung Hlaing, la police et l’armée peuvent effectuer des arrestations sans mandat et garder à vue plus de 48 heures les prévenus sans passer par un mandat du juge. En quelques jours, la junte a réduit à néant la loi de “protection de la vie privée et de la sécurité des citoyens”. Par ailleurs, les arrestations d’opposants sont devenues le quotidien des nuits à Rangoun et Mandalay.

Le nouveau régime autoritaire s’attaque aussi à à la liberté de l’accès à l’information avec une proposition de loi sur la “sécurité numérique” qui va permettre au dirigeant d’accéder aux données des internautes, bloquer certains sites ou ordonner de manière arbitraires des coupures d’internet. Il pourra ainsi dénicher ceux qui se permettent de critiquer le régime et les emprisonner.

Les manifestants ont conscience du danger qu’ils courent et de l’augmentation de la répression : « Nous craignons une répression violente, nous savons que l’armée peut tirer. » « Franchement, je prends conscience que demain je serai peut-être mort », avoue Chris. Mais ils gardent leur détermination et leur conviction : « S’il le faut, je suis prête à mourir. ». Des mots qui ne sonnent pas dans le vide lorsqu’on se souvient des charges contre les jeunes étudiants lors des manifestations de 1988 qui firent 3 000 morts.

Si les plus jeunes sont en première ligne de ce mouvement, le soulèvement balaie un large spectre social en passant par les ouvriers et les bronzes. Comme nous l’écrivions dans un autre article, “pour le moment Suu Kyi reste assez populaire mais rien ne peut garantir que la classe ouvrière et la jeunesse se limitera aux revendications de Suu Kyi et de son parti, profondément liés aux puissances impérialistes” ; “les travailleurs et les classes populaires ont la force non seulement de mettre un point d’arrêt aux militaires mais même mettre en avant leur propres revendications, créant leurs propres organes d’auto-organisation pour mener la lutte et ainsi éviter de tomber dans des pièges que les forces réactionnaires leur tendront, que ce soient les militaires, les partisans de Suu Kyi ou les représentants des puissances impérialistes.”




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