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Myanmar. La Chine pousse la junte à durcir sa répression meurtrière

Après que plusieurs usines chinoises aient été attaquées pendant le week-end, dans des circonstances encore troubles pour le moment, la Chine menace en expliquant qu’elle pourrait mener des “actions plus dures” pour défendre ses intérêts.

mercredi 17 mars

Ce week-end, plusieurs entreprises chinoises ont été mises à sac et incendiées à Rangoun, la principale ville du pays, dans des circonstances encore troubles pour le moment. Selon un décompte réalisé ce lundi, 32 entreprises financées par la Chine auraient été touchées dans les zones industrielles de la principale ville du pays. Selon l’ambassade chinoise, les pertes totales représenteraient près de 240 millions de yuans (37 millions de dollars).

En conséquence, la diplomatie chinoise a exigé de la junte qu’elle rétablisse l’ordre. En quelques heures, les généraux ont dû s’exécuter. Les soldats ont ainsi tué des dizaines de manifestants et la loi martiale a été déclarée à Hlaingtharyar et dans d’autres quartiers de Rangoun.

Les troubles contre la Chine ajoutent une nouvelle dimension internationale à la crise politique au Myanmar. Les manifestants sont en effet enragés non seulement contre les militaires au pouvoir mais également, et de plus en plus, contre le soutien à peine voilé de la Chine à la junte. Après les événements dramatiques de cette fin de semaine, les manifestants tournent ainsi en dérision le fait que Pékin ait commencé par désigner le coup d’Etat comme une “question interne” au Myanmar. Sur les réseaux sociaux on peut ainsi lire des commentaires expliquant : “On dirait que ce n’est plus une ‘’question interne’’ [sic]. La Chine utilise des mots forts dès lors que ses intérêts sont menacés” a ainsi twitté un patron du Myanmar. Selon Nikkei Asia : “les jeunes du pays sont entrain de boycotter les jeux mobiles les plus connus, développés par des entreprises de Chine continentale.” “Le boycott affectera probablement d’autres produits, comme les téléphones mobiles, mais cela ne sera pas facile pour la population de boycotter l’ensemble des produits venus de Chine, en particulier en ce qui concerne les produits de bases.” Dans le même temps, les militants suspectent que les experts chinois en cybersécurité pourrait être entrain d’aider la junte à développer une technologie de censure d’Internet semblable à celle qui existe en Chine.

Une épreuve importante pour Pekin

Les intérêts de la Chine au Myanmar sont clairs : on y trouve une partie des ressources naturelles dont elle a besoin ainsi que des voies fluviales. Pékin souhaite que les généraux remettent en marche le plan d’un barrage hydroéléctrique qui permettrait de générer de l’électricité pour la Chine. Le projet est controversé car la population locale craint qu’il n’impacte l’environnement et oblige à déplacer des milliers de personnes. Dans le même temps, Pékin est avide des terres rares du Myanmar. La Chine a également besoin que le Myanmar continue la construction d’un gazoduc qui connectera la province chinoise de Yunnan au port d’eau profonde de Kyaupkyun dans l’Etat du Rakhnine, afin d’accéder à l’Océan Indien où la Chine lutte contre l’Inde pour la suprématie maritime.

Pour toutes ces raisons, le gouvernement chinois, dans la première expression de sa préoccupation concernant la situation a exhorté le Myanmar à prendre des mesures pour “éviter résolument que de tels incidents se répètent.” Dans une déclaration réalisée en urgence le dimanche, le porte-parole du Ministère des affaires étrangères chinois a évité de mentionner les victimes civiles et expliqué que la Chine était “très inquiète de l’impact de l’impact de la situation sur la sécurité des institutions et des travailleurs chinois.” En particulier, Pekin s’était alarmé des menaces des militants pro-démocratie contre les deux oléoducs et gazoducs soutenus par la Chine qui courent sur près de 800 km de territoire au Myanmar. Des fonctionnaires de premier rang du ministère des affaires étrangères chinois ont ainsi organisé une réunion virtuelle d’urgence avec des fonctionnaires du ministère de l’intérieur et du ministère des affaires étrangères du Myanmar afin de s’assurer que le régime militaire garantirait la sécurité des oléoducs.

Vers une intervention directe ?

Pekin est très préoccupé par l’instabilité politique à sa frontière, et frustré par l’incapacité des généraux à mettre fin aux révoltes qui ont suivi le coup d’Etat. De fait, en pleine mobilisation au Myanmar, il sera plus difficile pour le gouvernement de Xi Jinping d’impulser des projets stratégiques dans le cadre de son initiative de nouvelle route de la soie, qui connecte notamment le Myanmar et la Chine. En outre, la sécurité de ces projets est de plus en plus remise en question.

Pour le moment, comme à Hong-Kong, Pekin espère que l’ordre revienne après la répression sanglante perpétrée par la junte. Mais si le sentiment anti-chinois se fait plus violent, la Chine pourrait se sentir obligée à agir de façon un peu plus radicale. Après les événements du week-end, le média étatique chinois CGTN a ansi prévenu que “la Chine ne permettrait pas que ses intérêts soient exposés à des agressions”, ajoutant que “si les autorités ne peuvent garantir l’ordre et que le chaos continue à s’étendre, la Chine pourrait se voir obligée à prendre des mesures plus dures pour protégers ses intérêts.” Cependant, une intervention militaire directe serait une rupture avec la fameuse politique chinoise de non-ingérence dans les affaires internes d’autres pays, donnant le coup de grâce à l’image que Pékin tente de projeter, celle d’une superpuissance asiatique bienveillante, principale raison qui explique sa politique diplomatique autour du vaccin contre la Covid. Le souvenir de la dernière fois que Pekin a déployé ses forces militaires à l’étranger, en 1978, quand la Chine a perdu une brève guerre face au Vietnam, pèse également dans l’équation.

En conclusion, à mesure que la situation au Myanmar se radicalise et s’envenime, la Chine fait face à une pression croissante sur la réponse à apporter. A suivre.




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