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Politique

Scandale Bygmalion et comptes de campagne de Sarkozy

« Nager dans 20 cm d’eau comme Robert Boulin ». Les craintes de Jérôme Lavrilleux

Dans une interview à L’Obs, l'ancien directeur adjoint de campagne de Nicolas Sarkozy, Jérôme Lavrilleux, enfonce le candidat malheureux de 2012. Il a toutes les preuves nécessaires pour montrer que Sarkozy était au courant des malversations dans le financement de sa campagne présidentielle de 2012, notamment les 18 millions d'euros de fausses factures liées à Bygmalion. Il y déclare également qu'il lui arrive d'avoir peur : « je ne protège personne, mais il m'arrive d'avoir peur. Je n'ai pas envie d'apprendre à nager dans 20 centimètres d'eau comme Robert Boulin »

mercredi 14 octobre 2015

Pierre Hodel

C’est que l’affaire Boulin, auquel Nicolas Sarkozy a lui-même fait référence dans un discours, est un scandale majeur de la Vème République, qui en compte pourtant beaucoup. Il y a plus de trente ans, le 30 octobre 1979, mourait un ministre du Travail en exercice. Selon la thèse officielle, il se serait suicidé après avoir avalé des médicaments et se serait noyé dans 10 centimètres d’eau. Le problème, c’est que cette thèse officielle adoptée par la police et le parquet ne tient pas. Les autopsies ultérieures ont montré qu’il avait été battu puis assassiné. Les preuves et les témoignages contraires à la thèse officielle sont si nombreux qu’une enquête officielle a été récemment réouverte grâce à la persévérance de la famille et d’enquêteurs tel le journaliste Benoit Collombat – qui publie avec Etienne Davodeau une BD sur cette affaire.

A qui profite le crime ?

Robert Boulin était doublement dérangeant. D’abord c’était un gaulliste historique, qui avait fait la Résistance et qui était qualifié de gaulliste social ou de gaulliste de gauche. Son intégrité et sa popularité étaient connues de tous. C’est pourquoi l’enquête officielle explique « son acte » par des attaques dans la presse sur un achat immobilier dans le Sud de la France dont il aurait profité illégalement. Ces allégations sont sans fondement et n’iront jamais plus loin, mais le mobile est trouvé. Avant même l’autopsie le mot « suicide » circule déjà. En se débarrassant de Boulin on élimine un concurrent très populaire pour les autres candidats de droite. Autrement dit, le crime profite avant tout à Jacques Chirac.

Qui a tué Boulin ?

Qui est derrière le crime ? Très certainement le SAC, le Service d’Action Civique, le service d’ordre gaulliste, qui réunit mafieux, militants de droite et d’extrême-droite, et qui sert à l’occasion de milice patronale. Il est d’ailleurs financé par des industriels et utilisé par leurs alliés politiques, notamment Chirac et Charles Pasqua qui fait parti de ses dirigeants.

Si l’enquête autour de la mort de Boulin est si facilement bâclée et faussée, c’est que le SAC est une véritable toile regroupant les réseaux françafricains de Foccart, mais aussi des policiers, des barbouzes, des juges, des haut-fonctionnaires, et des politiciens. Boulin a été éliminé parce qu’il avait compris qu’on cherchait à l’éliminer politiquement alors qu’il était premier ministrable et soutien d’un Giscard alors potentiellement rééligible en 1981 grâce à sa popularité. Face à la tentative de discrédit de sa personne dans l’affaire montée de toute pièce autour du terrain de Ramatuelle, Robert Boulin a décidé de contre-attaquer. Il réunit, à l’époque, des dossiers sur le financement de la droite par la Françafrique, et notamment par le pétrole d’Elf, mais avant qu’il n’ait pu utiliser ces dossiers il a été éliminé.

Règlements de compte à droite

Voilà comment hier, comme aujourd’hui, potentiellement, se règlent les différents à l’intérieur même de la droite. C’est d’ailleurs le sens du rappel à l’affaire Boulin par Nicolas Sarkozy en 2007 lorsqu’il déclare : « je n’oublie pas Robert Boulin, victime de la diffamation et du mensonge ». Autrement dit, je me rappelle qu’il existe d’autres méthodes pour éliminer des personnes encombrantes, y compris dans mon propre camp.

L’affaire Boulin fait parti de ces révélateurs du fond politique trouble d’une « république » dans un régime capitaliste. Il s’agit de fait d’un régime où la concentration de capitaux énormes dans quelques mains permet à la grande bourgeoisie de faire la pluie et le beau temps, de peindre des mensonges en vérités et d’éliminer par l’assassinat les opposants trop encombrants.

L’histoire contemporaine de la France est d’ailleurs meublée d’assassinats et de massacres passés sous silence : le 17 octobre 1961 par exemple, mais aussi l’assassinat de Pierre Goldman ou encore le « suicide » de Pierre Bérégovoy. Sans parler bien sûr des meurtres de jeunes de classe populaire qui sont quasiment quotidiens dans un silence assourdissant.

Mais la mémoire de la bourgeoisie est très sélective. Au moins Lavrilleux aura-t-il rappelé Boulin au bon souvenir de Sarkozy.




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