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Notre classe

Nantes. Les étudiant·e·s de l’école de travail social privé·e·s de restauration pour la 2ème année

Les 700 étudiant·e·s en travail social et en soins de la Cité de la Formation Marion Cahour à Rezé (agglomération nantaise) connaissent leur deuxième rentrée sans restaurant. L'accès à un repas économique et équilibré est donc cette année encore refusé aux futurs travailleurs sociaux et aux futures aides-soignants.

lundi 5 septembre

Les étudiant·e·s de la cité de la formation Marion Cahour pensaient connaître de meilleures conditions d’étude cette année. La cité de la formation accueille les étudiant·e·s de deux centres de formation : l’Arifts forme de futurs travailleurs sociaux et le Cpps de futurs aide-soignants. Tou·te·s espéraient en avoir fini avec les files d’attente interminables devant les 4 micro-ondes poussifs, les casse-croûtes achetés à la boulangerie de quartier, les repas pris dans des salles de cours bondées les jours de froid et de pluie. Il n’en sera finalement rien.

La restauration étudiante est depuis des années un problème à la cité de la formation Marion Cahour en raison de l’absence de participation du Crous. Le service de restauration qui était assuré par l’association Adapei rencontrait ainsi chaque année des difficultés d’équilibre budgétaire ou de qualité. L’ouverture de la cité de la formation, en 2014, avait d’ailleurs été marquée par le boycott d’un restaurant aux prix trop élevés.

À la rentrée 2021, les 700 étudiant·e·s de la cité de la formation apprennent l’augmentation du prix des repas : 7€40 pour un menu. L’accès à la salle de restauration est de plus interdit pour les personnes qui n’achètent pas leurs repas sur place, ce qui était pourtant possible jusque là. Cerise sur le gâteau : le restaurant est maintenant géré par un sous-traitant de l’Adapei, « Poivre et Sel », entreprise privée lucrative. Un nouveau boycott est décidé : les étudiant·e·s n’ont pas les moyens de débourser 37€ par semaine pour cinq repas.

Une réunion de concertation est alors proposée par la direction de l’Arifts et l’Adapei : les étudiant·e·s y apprennent qu’aucune amélioration n’est envisagée et il leur est demandé de renoncer au boycott pour éviter une fermeture du restaurant. L’équation est pourtant claire pour les étudiant·e·s : un repas à 7€40, ce n’est pas dans leurs moyens. Le choix est donc unanime : un boycott est lancé, il est suivi par tou·te·s les étudiant·e·s du site.

Pour toute réponse, courant octobre, les portes du restaurant sont fermées. La société Poivre et sel continue d’utiliser le local de production pour préparer les repas qu’elle propose ensuite en portage à domicile : pas de pause pour le business. Une section syndicale Solidaires Étudiant·e·s est créée : elle interpelle la direction de l’Arifts, le Crous et la Région Pays de la Loire au travers d’une lettre ouverte. Le Crous et la Région ne donnent aucune réponse, ne proposent aucune rencontre.

La direction de l’école fait état des positions de chacun : le Crous refuse d’intervenir car le site est jugé peu rentable et accueille également des formations qui ne relèvent pas de l’enseignement supérieur. La Région Pays de la Loire, responsable des formations en santé et social, avance que la restauration étudiante ne fait pas partie de ses compétences. Elle ne mentionne à aucun moment le fait qu’elle est propriétaire des bâtiments de la cité de la formation et pourrait ainsi diminuer le loyer du restaurant.

Le problème de la restauration est pour les futurs travailleurs sociaux un signe évident du mépris du gouvernement à l’égard du secteur social. La formation coûte chaque année 1000€ à chacun·e, tandis que beaucoup n’ont pas ou peu de revenus et que les salaires en sortie de formation avoisinent maintenant le SMIC. La participation aux manifestations des salarié·e·s du social, sanitaire et médico-social a constitué une occasion pour faire connaître aux salarié·e·s du secteur et à la population leurs conditions de vie et d’étude.

Les fermetures de restaurant et le désengagement des Crous ne concernent bien sûr pas seulement les futurs travailleurs sociaux : la fermeture de restaurant à l’IUT de Montreuil et tout récemment la fermeture pour travaux du restaurant central de l’Université Montaigne de Bordeaux en sont des exemples. Le Crous ne paraît cependant pas réserver le même traitement à toutes les filières : un nouveau site de restauration a ainsi été récemment ouvert à Nantes pour les étudiant·e·s du « quartier de la création ». Les étudiant·e·s des filières de prestige ont de toute évidence droit à des conditions d’étude auxquelles n’a pas accès le reste de la jeunesse.

Face à ces inégalités criantes et face à la précarisation de la jeunesse étudiante et travailleuse, il est urgent de revendiquer un investissement massif dans les lieux d’étude, comme dans tous les services publics, et la mise en place d’un revenu étudiant à hauteur du salaire minimum revalorisé à 1800€ net. La casse des services publics est une politique qui met également leur personnel en danger : les salarié·e·s du Crous de Nantes ont connu récemment le décès d’une de leur collègue dans un contexte de dégradation des conditions de travail et de harcèlement.

Tract de mai dernier :



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