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Politique

« Progressistes VS Réactionnaires », vraiment ?

Nathalie Loiseau, « meilleur rempart à l’extrême droite » : l’homophobie et la « diversité » européenne

Après les révélations de sa participation à une liste syndicale d'extrême droite lorsqu'elle était étudiante, Nathalie Loiseau, tête de liste LREM pour les élections européennes du mois de mai, est accusée de « banalisation de l'homophobie »... Difficultés à incarner dans la réalité le camp des progressistes, ou appel du pied aux électeurs de droite ?

lundi 29 avril

Crédit photo : John Thys / AFP

Si ce n’est pas encore par une brillante manière d’intervenir dans les débats des européennes, Nathalie Loiseau a un don pour se faire remarquer et faire parler d’elle ! De sa participation à une liste d’extrême droite à Science-Po lorsqu’elle était étudiante, à la couverture d’une agression, ses faits, gestes et paroles, présents et passés, attirent le feu des projecteurs et font incessamment polémique depuis son départ du gouvernement pour devenir la tête de liste LREM pour la campagne des élections européennes du mois de mai.

Le nouveau scandale ? Nathalie Loiseau est accusée de « banalisation de l’homophobie » dans la Bande dessinée L’Europe en BD publiée le 17 avril, qu’elle a co-écrite, et qui, à l’occasion des élections européennes, se donne pour objectif d’expliquer l’UE aux enfants. Décidément, pour ces adorateurs de la pédagogie que sont les représentants de LREM, les enfants se révèlent être encore une fois parmi les premiers à convaincre de leur politique ! Après l’apparition très remarquée de Christophe Castaner dans l’émission « Au Tableau ! », au cours de laquelle il assimilait notamment les Gilets Jaunes à « un monstre sorti de sa boîte », ou encore la participation de Macron à un débat avec des élèves de CM2 et 6ème qui avait été l’occasion de brosser à grands traits l’infinie violence des Gilets Jaunes, et qu’en défenseur de la république le président « n’aimait pas » c’est donc au tour de l’ex-ministre des Affaires européennes de diffuser sa propagande gouvernementale auprès des jeunes Français.

« Chaque pays doit pouvoir faire comme il veut, non ? » : l’homophobie comme un simple visage de la « diversité européenne ».

Pour introduire et illustrer la devise européenne « Unis dans la diversité » on trouve ainsi au cœur de la BD une planche mettant en scène des enfants dans une salle de classe, discutant du mariage homosexuel pour illustrer le fonctionnement et la culture de chaque pays. « Vous voulez dire qu’on ne pense pas pareil partout. C’est plutôt normal, non ? » demande alors un jeune garçon avant de développer : « Moi, je suis Polonais. Eh bien, deux garçons qui se marient en Pologne, même pas en rêve ! ».

Si le choix de cet exemple particulier pour illustrer la diversité, comme si la première manière de montrer la grande diversité culturelle des Européens était l’opposition persistante de certains pays à légaliser le mariage pour les couples gays, a de quoi attirer l’attention, la justification et la défense de l’ex-ministre semble bien légère au vu de la vignette suivante. En effet, si madame Loiseau se targue de n’exposer que les faits, avec neutralité : « Décrire la Pologne telle qu’elle est ne veut pas dire qu’on l’approuve. », la conclusion politique semble pourtant suggérer une certaine approbation de cette « différence culturelle », lorsqu’une élève, sur la vignette suivante, poursuit la discussion en disant « Oui, et bien, chaque pays doit pouvoir faire comme il veut, non ? », avant que la planche ne se termine sur les bons mots du professeur qui conclue sur la devise de l’UE : « Nous avons des différences, c’est sûr, et il faut se respecter. D’ailleurs, voici la devise de l’Europe » en écrivant sur un beau tableau blanc « Unie dans la diversité ». La tolérance, grande valeur proclamée de LREM, est ainsi une fois encore reléguée ici à la « tolérance de l’intolérance ».

Capture d’écran d’une page du livre L’Europe en BD, de Nathalie Loiseau

Failles dans l’image du camp « progressiste » ou appels de phare aux électeurs de droite ?

Pour celle qui criait haut et fort il y a quelques semaines être le contraire de l’extrême droite, en s’exclamant « je déteste tout ce que représente l’extrême droite dans notre pays et en Europe » dans une vidéo de justification postée sur Tweeter, évoquer sous cet angle de la « diversité » la politique homophobe et réactionnaire menée en Pologne semble « faire tâche ». C’est sans doute ce qu’a fini par se dire la candidate, qui d’une manière qui semble faire école chez les représentants LREM, qui semblent perpétuellement courir après leurs propres bourdes et débordements (n’oublions pas qu’Olivier Serva député LREM de Guadeloupe avait qualifié l’homosexualité de « péché » et « d’abomination »), s’est empressée de « sévèrement condamner » dans un tweet, comme pour prouver sa bonne foi, les propos tenus par Jaroslav Kaczynski , leader du parti conservateur nationaliste polonais dont est issu l’actuel président : « L’homophobie de Jaroslav Kaczynski, qui désigne les LGBT comme une « menace contre la Pologne », est en réalité une menace contre les valeurs de l’Europe. Ne laissons pas l’obscurantisme gagner en Europe. »

Or, si ces multiples « débordements » et « écartades » de Nathalie Loiseau peuvent passer pour des signes d’amateurisme ou d’erreurs de la part de LREM (notamment quand elle félicite le parti centriste Ciudadanos d’avoir fait rempart à l’extrême droite alors que celui-ci y est allié...), quand on les ajoute à l’autoritarisme dont le gouvernement fait preuve à travers l’immense répression policière de ces derniers mois, ou encore la loi anti-casseurs, on ne peut remarquer une certaine cohérence dans la ligne politique qui s’exprime. En effet, pour LREM qui fait tout pour orienter les élections européennes sur un terrain où les options seraient le camp des « progressistes » contre celui des réactionnaires, en vue de reproduire l’exploit de la présidentielle, l’électorat de droite devient un enjeu central que la liste de Loiseau ne peut se permettre de laisser à ses adversaires. Ainsi, si Nathalie Loiseau évoque elle-même les chances qu’à sa liste de battre l’extrême droite aux prochaines élections, on voit bien que cette victoire ne serait de toute évidence qu’électorale, les concessions faites dans ce but aux idées et mesures les plus autoritaires et réactionnaires étant toujours plus criantes au fil du temps.




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