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Négociations sur le télétravail : le patronat refuse toute réglementation

Le patronat se refuse à toute réglementation générale qui fixerait un cadre plus favorable aux salariés.

mercredi 4 novembre

(©Illustration / Adobe Stock)

En plein reconfinement s’ouvrait mardi les négociations entre syndicats et patronat sur la question du télétravail. Alors que cinq millions de salariés y étaient soumis au printemps dernier, dans des conditions très difficiles, le patronat se refuse à toute réglementation générale qui fixerait un cadre plus favorable aux salariés. De leurs côtés, les directions syndicales se rêvent à un "dialogue social" apaisée, sans jamais poser la question d’un plan de bataille globale pour l’ensemble du monde du travail, incluant le télétravail mais surtout la lutte contre les licenciements qui touche de plein fouet le monde du travail.

Au printemps dernier, un salarié sur cinq avait du se mettre au télétravail. Sur les 25 millions de travailleurs, cinq avaient dû se mettre, de manière volontaire ou sous la pression, en télétravail pour faire face à la pandémie. Avec le peu d’encadrement législatif sur la question, ce changement brutal de l’organisation du travail avait entraîné un lot de problèmes psycho-sociaux très importants : détresse psychologique liées à la solitude, difficultés à assumer le droit à la déconnexion, pression hiérarchique, destruction des solidarités entre collègues, inégalités liées au matériel, et, dans certains cas, une surveillance accrue via des logiciels de surveillance à distance.

C’est pour faire face à tout cela que les directions syndicales font pression, depuis plusieurs mois, sur les organisations patronales pour mettre en place des négociations sur la question. Le but : aboutir à un Accord National Interprofessionnel (ANI). Ce type d’accord, situé dans la hiérarchie des normes en dessous du Code du Travail et au dessus des accords de branches et des accords d’entreprises, serait contraignant pour les entreprises. Mais face aux syndicats, le patronat continue à ne rien vouloir lâcher : pour Eric Chevée, interviewé par Le Monde, « il est hors de question de revenir sur la liberté donnée par la réforme du Code du travail de 2017 tant aux entreprises qu’aux salariés ». Une position qui illustre la volonté de ne rien changer, et surtout ne pas contraindre les entreprises à de nouvelles dispositions. Derrière cette « liberté » défendue par Eric Chevée, se cache en réalité la totale anarchie en termes d’organisation du travail, qui fait retomber sur les salariés encore plus de pressions liées au reconfinement.

Alors que ces négociations sont réclamées depuis des mois par les centrales syndicales, le patronat ne voulait même pas de ces négociations, et y a été contraint par le gouvernement, inquiet à la rentrée d’une explosion sociale en pleine crise économique. Une illustration de la volonté des actionnaires de s’enrichir coûte que coûte y compris pendant la crise sanitaire en utilisant à leur profit le télétravail rendu obligatoire par le confinement. Pendant que le CAC40 continue à verser des dividendes extraordinaires pendant le confinement, à l’image des 4 milliards d’euros versés par Sanofi à ses actionnaires, le Medef ne veut pas lâcher un sous pour les salariés.

Face à ce patronat déterminé à ne rien lâcher, même pas un ANI, la détermination des centrales syndicales semble cependant peu à la hauteur. D’une part, la CFDT, contrairement à FO et la CGT, annonce déjà être prêt à un accord centré uniquement sur l’urgence sanitaire, alors que la mise en télétravail pendant le confinement a déjà inspiré des entreprises pour un changement à plus long terme de leur organisation du travail. Mais surtout, ce type de négociations, qui restent confinées aux salons de la République, et qui cherchent derrière à renouer avec une logique "dialogue sociale" qui n’a que pour corollaire l’accompagnement de la casse sociale peuvent difficilement aboutir, en l’absence de rapport de force préalable, à de réelles avancées pour les travailleurs.

Qui plus un tel accord s’il était signée sera minimal. Il s’agira pour les salariés qui, obligé par la crise sanitaire qu’ils sont obligés de payer, d’obtenir par la lutte de véritables avancées qui ne peuvent se situer sur ce seul terrain mais en lien avec la lutte contre les licenciements massifs du grand patronat, encouragée par les subsides du gouvernement. En l’occurrence, c’est bien un plan d’urgence qu’il s’agit d’opposer face à la crise sociale, qui pose la question des conditions de travail des salariés dans la crise sanitaire, dont le télétravail, mais surtout la question l’interdiction des licenciements.




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