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« Non, Le Pen n’est pas une alternative à Macron ! » Le billet d’Anasse Kazib

La haine de Macron conduit certains à envisager de voter Le Pen. Celle-ci défend pourtant un programme anti-social et anti-ouvrier qu’il faut combattre autant que celui de Macron. Contre Macron et Le Pen, il y a plus que jamais besoin d’une troisième voie par en bas.

mardi 19 avril

Ces derniers jours, je suis effrayée de voir comment le gouvernement Macron et les politiques de régression sociale poussent des travailleurs et des personnes racisées à envisager de voter Le Pen. Depuis dimanche dernier, je rencontre des personnes, parfois musulmanes, parfois syndicalistes, qui m’expliquent hésiter entre l’abstention ou le vote Le Pen. Parmi les principales raisons évoquées, la barbarie du macronisme ou encore la volonté de créer le « chaos » pour lutter.

Le constat est effrayant mais malheureusement attendu. Cinq années d’attaques anti-sociales, de répression violente, d’offensives racistes contre les musulmans ou les étrangers, ont contribué avec force à légitimer l’extrême-droite. La haine du macronisme est tellement profonde que le « tout sauf Macron » permet à Le Pen d’apparaître comme une alternative.

Sur ce plan, il n’y a pourtant aucun doute : Le Pen n’est en rien une « anti-Macron ». Son projet raciste de « préférence nationale » et sa démagogie sociale, comme ce mensonge sur la « retraite à 60 ans », cachent un projet politique profondément anti-ouvrier. Qui a oublié comment Le Pen s’opposait à nos grèves ? Refusait de parler de « violences policières » à propos des Gilets jaunes tabassés ou mutilés ? Ou encore son refus répété d’envisager la moindre augmentation des salaires ?

Le Pen combine racisme et néo-libéralisme. Au pouvoir, son programme serait dévastateur pour les étrangers, les musulmans, les femmes ou les LGBT, et pour l’ensemble de la classe ouvrière. Comme Trump, Salvini ou Orban, elle ne servira que les intérêts des classes dominantes, avec encore plus de racisme, de xénophobie et d’autoritarisme. Faut-il rappeler pour qui votent très majoritairement les policiers qui tuent dans les quartiers populaires et répriment nos mobilisations ?

Oui, ce duel est totalement réactionnaire, et je partage le rejet du vote Macron. Nous sommes nombreux à considérer qu’à la fin cela ne sera que de l’exploitation et de l’oppression, et à refuser de notre soutien au Président des riches. Mais notre rage ne peut en aucun cas se perdre dans un vote pour l’extrême-droite, pour une millionnaire raciste et anti-ouvrière, pour un parti créé par des nazis.

C’est pour cela qu’il faut une troisième voie, dans la continuité de ce qu’ont défendu les étudiants de la Sorbonne ou encore Jérôme Rodrigues. Refuser le duel Macron – Le Pen, ce n’est pas dire que les deux sont équivalents, mais défendre l’urgence de construire dès maintenant les résistances aux offensives à venir.

Contre Macron, contre Le Pen, nous ne pouvons compter que sur nos luttes. Nous sommes des millions à ne plus vouloir de leur système qui nous laisse dans la galère. Ensemble nous sommes plus forts qu’eux, car leur système tourne grâce à nous



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