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Déclaration

Non à l’opération militaro-policière à Mayotte ! Déclaration de Révolution Permanente

L’opération Wuambushu a été lancée ce lundi à Mayotte. Révolution Permanente dénonce cette opération xénophobe et coloniale lancée par Gérald Darmanin et Emmanuel Macron.

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Non à l'opération militaro-policière à Mayotte ! Déclaration de Révolution Permanente

Le gouvernement et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin ont lancé « Wuambushu » ce lundi 24 avril à Mayotte. Cette opération militaro-policière consiste en l’expulsion de 24 000 étrangers de l’île (soit 400 par jours) ainsi que des populations mahoraises, comoriennes et malgaches de leurs logements au nom de la lutte contre « l’habitat informel ». Elle aura des conséquences désastreuses à Mayotte et sur l’ensemble de l’Archipel des Comores.

Pour cette opération, l’État français a mobilisé des moyens policiers et militaires massifs en envoyant 500 renforts policiers depuis l’hexagone et notamment des unités spéciales de police et de gendarmerie comme le GIGN, le RAID ou la CRS 8, déjà déployée à Rennes pour réprimer les mobilisations contre la réforme des retraites. Dès dimanche, de premiers tirs à balles réelles ont eu lieu face à des jeunes. Les élites mahoraises, parmi lesquelles des députés comme Estelle Youssouffa, tentent de légitimer cette offensive par une campagne raciste, rendant « l’immigration » comorienne coupable de tous les maux de l’île. Une offensive xénophobe dans le cadre de laquelle Salime Mdéré, 1er vice-président du conseil départemental de Mayotte, a été jusqu’à appeler au meurtre de mineurs isolés en direct au JT. De son côté, Gérald Darmanin n’hésite pas à évoquer une menace « islamiste radicale », qui sert à justifier depuis plusieurs décennies les interventions militaires françaises en Afrique et dans le monde.

Pourtant, la situation sociale dramatique de l’île où près de 80% des habitants, mahorais compris, vivent sous le seuil de pauvreté, n’est en aucun cas la responsabilité de ceux qui arrivent à Mayotte pour fuir la misère de leurs pays d’origine. La France porte une responsabilité coloniale historique dans le sous-développement du sud-ouest de l’Océan Indien et tout particulièrement de l’Archipel des Comores. Mayotte a été arrachée à ce dernier pour assurer les intérêts de l’État français dans la zone, sans égard pour les populations. Dans le même temps, la misère du reste de l’archipel, alimentée par la politique françafricaine, a nourri des flux migratoires qui ont toujours existé entre Mayotte et Anjouan, et face auxquels l’État a durci constamment l’accès aux titres de séjour et à la nationalité française pour les étrangers à Mayotte, fabriquant délibérément des sans-papiers, plongeant ces jeunes dans des situations de précarité extrême et conduisant à la mort des milliers d’entre eux dans les traversées sur des canots.

C’est encore une fois au nom du maintien des intérêts historiques de l’État français dans l’Archipel des Comores et l’Océan Indien que se poursuit cette politique. La présence française dans le sud-ouest de l’Océan Indien et dans le Canal du Mozambique lui permet de défendre les projets gaziers de Total, de continuer à contrôler les routes commerciales de la zone (30% des exportations mondiales de pétrole) et de garder une base militaire centrale pour ses intérêts impérialistes en Afrique et dans le Monde. L’opération ne vise ainsi en aucun cas à améliorer la situation des Mahorais, dont une partie va directement être victime de l’opération. Par-delà ses discours sur une « nouvelle politique pour l’Afrique », Emmanuel Macron et ses ministres se situent dans la droite ligne de la Françafrique et de la politique impérialiste menée dans la région depuis les années 1960.

L’opération Wuambushu servira par ailleurs à expérimenter des méthodes de répression à grande échelle, véritable vitrine pour relancer la loi immigration avec des méthodes coloniales et militaro-policières : c’est une opération ouvertement xénophobe et raciste. L’ensemble des organisations du mouvement social, politique et du mouvement ouvrier et des organisations antiracistes doivent prendre part à une véritable campagne nationale et internationale contre l’opération Wuambushu dont les conséquences sur Mayotte, sur l’Archipel des Comores dans son intégralité et sur l’Océan Indien seront désastreuses.

A l’heure où le régime connaît une importante crise, Wuambushu rappelle l’actualité des racines impérialistes et coloniales de la Ve République, incarnées historiquement par des figures comme Michel Debré, rédacteur de sa constitution. Contre l’impérialisme français, nous nous opposons à l’opération et rappelons que Mayotte est une colonie qui a été arrachée à l’Archipel des Comores par les mécanismes les plus pervers de la Françafrique. Face à la misère à Mayotte et dans l’ensemble de l’archipel des Comores, ni l’État français, qui défend ses seuls intérêts, ni le gouvernement Comorien réactionnaire et autoritaire de Azali Assoumani, pratiquant la persécution systématique de l’opposition et soumis aux diktats impérialistes de la France, n’offrent d’issue aux populations comoriennes, dont seul le combat commun, en alliance avec les travailleurs français et africains, peut offrir une issue à la situation.

Nous lutterons aux côtés de l’ensemble des organisations politiques et syndicales comoriennes, mahoraises et françaises pour exiger :

  •  l’arrêt total de l’opération Wuambushu ainsi que de l’ensemble de la politique de persécution policière des sans-papiers et des personnes immigrées, à Mayotte et en France.
  •  la régularisation de tous les sans-papiers et l’ouverture des frontières.
  •  la fin de l’ensemble des mécanismes de spoliation qui ont maintenu l’Archipel des Comores dans le sous-développement, à commencer par l’abolition de la dette externe et du Franc Comorien.
  •  la reconnaissance des crimes coloniaux de la France aux Comores et à Madagascar.
  •  le retrait de la France des îles spoliées par le gouvernement français à Madagascar et à Maurice (Nosy Malagasy).
  •  le retrait de l’ensemble des troupes militaires françaises de l’Océan Indien et d’Afrique.
  •  le droit à une véritable autodétermination pour l’ensemble des colonies françaises de l’Océan indien qui ne pourra être obtenue dans le cadre de la domination impérialiste actuelle et des régimes à sa botte. Une véritable libération de l’ensemble de l’Océan Indien de l’impérialisme ne pourra advenir sans combat pour une Fédération Socialiste des États d’Afrique du Sud, des Comores, de Madagascar et des Mascareignes.

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