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Non aux sanctions à l’encontre d’Anissa et Aziza, lanceuses d’alerte dans l’Ehpad Emile Gérard !

Anissa, aide-soignante et déléguée syndicale Sud Santé, et Aziza, aide-soignante, dans l'Ehpad Émile Gérard à Livry-Gargan dans le 93, sont menacées de sanctions pour avoir lancé l'alerte dans un article du Parisien sur les problèmes de gestion de la crise sanitaire dans leur établissement. Soyons nombreux.ses à les soutenir ce lundi 6 juillet pour leur premier entretien disciplinaire !

vendredi 3 juillet

Livry-Gargan, le 16 juin. Environ 70 personnes ont manifesté dans la ville avant de rejoindre le cortège parisien. Crédit photo : Le Parisien/A.L.

Le 29 avril dernier nous avions publié un entretien avec Anissa, aide-soignante et représentante du personnel, dans l’Ehpad Émile Gérard suite à un article paru dans Le Parisien dans lequel elle alertait sur les mauvaises conditions de travail liées à l’épidémie du Covid.

Pour rappel, Anissa, représentante CHSCT, relatait dans le journal Le Parisien, et dans Révolution Permanente, le déroulement de la gestion du Covid dans son établissement depuis le 19 mars, et l’annonce du confinement, ainsi que sa préoccupation, et celle de ses collègues, depuis ce jour pour garantir la protection maximale des résidents ainsi que du personnel. Loin de critiquer uniquement la gestion par la direction de l’Ehpad, Anissa tout comme de nombreux soignants, a critiqué la gestion de la crise "à tous les niveaux" : commandes de masques réquisitionnées par l’État, livraisons de masques tardives et insuffisantes, manques de masques, confinement qui a tardé à se mettre en place, manques de personnels et pressions exercées sur le personnel sur place, surcharge de travail, ou encore l’absence de transparence sur le nombre de contaminés, et de décès, tant du côté des résidents que des personnels. Un récit qui recoupait alors celui de centaines de soignants dans les Ehpad, confrontés à un manque de moyens, de personnels, envoyés au front "sans armes" et qui, comme le disait Anissa, "se sentaient les grands oubliés". C’est ce témoignage, partagé par des milliers de soignants, de la réalité du terrain pendant la crise sanitaire dans plusieurs médias qui vaut aujourd’hui à Anissa d’être convoquée le 6 juillet prochain à un entretien préalable à sanction disciplinaire "en raison de ses déclarations à la presse, susceptibles de constituer un manquement aux devoirs de réserve, de neutralité, de respect hiérarchique, de discrétion professionnelle et de dignité que doivent respecter tout agent public".

Dans le communiqué de Sud Santé Sociaux qui appelle au rassemblement en soutien à Anissa et sa collègue ce lundi, on peut lire "la dignité aurait été que la direction présente des excuses aux agents de l’Ehpad, qui ont dû travailler sans protections suffisantes pendant le pic épidémique, mettant leur vie en danger, celle de leurs proches et des résident.e.s dont nombreux.ses sont décédé.es dans des conditions indignes. Des excuses à tous et toutes ces collègues mal payés, en sous effectif chronique, qui venaient travailler la peur au ventre". A l’inverse, à l’image d’Agnès Buzyn qui a estimé le 27 mai dernier que le gouvernement avait été remarquable dans sa gestion de la crise sanitaire, la direction de l’Ehpad public a souhaité une fois la crise passée s’en prendre à celles et ceux qui ont dénoncé de qu’il s’était réellement passé. En tant que membre du CHSCT, Anissa n’a que rempli ses fonctions, celles de "’contribuer à la protection de la santé physique et mentale et à la sécurité des agents dans leur travail" en alertant d’abord la direction d’une chaîne de contamination engendrée par des mesures d’hygiène prises trop tardivement, de l’aberration d’avoir laissé ouvert le cabinet d’un médecin indépendant, situé dans l’Ehpad, alors même que l’Ehpad était fermé, du manque de matériels, ou encore de s’être vue refuser la tenue d’un CHSCT exceptionnel. C’est face à ce silence de la direction, qu’elle a alors pris la décision de contacter les médias. Une initiative qui a porté ses fruits vu que suite aux articles sortis dans la presse plusieurs changements ont été opérés (personnel venus en renfort, amélioration de la communication avec les agents, tests réalisés sur tout le personnel...). Anissa expliquait alors, "les agents ont vu qu’il a fallu médiatiser, dénoncer ce qu’il se passe pour être visibilisés, entendus et voir des changements. C’est une bataille." La direction de l’Ehpad avait alors décidé de porter plainte contre Le Parisien pour diffamation et publier un communiqué, toujours en ligne sur leur site et placarder dans l’établissement, pour démentir les faits.

Aujourd’hui, c’est à Anissa et Aziza que la direction s’en prend au motif qu’elles n’auraient pas respectées leur droit de réserve, Anissa pour l’article du Parisien, et Aziza pour avoir posé sur une photo où elle portait des masques FFP2 apportés par les brigades de solidarité populaire.
Une situation qui n’est pas isolée. Le mardi 30 juin dernier se tenait un rassemblement à l’hôpital psychiatrique du Rouvray en soutien à deux soignants visés par un Conseil de discipline pour avoir dénoncé une note interne de la direction, en mars dernier, enjoignant le personnel à réutiliser des masques jetables et à ne pas en donner aux patient·es, mêmes atteint·es par le virus. En plein cœur de l’épidémie, une infirmière était déjà mise à pied pour avoir demandé des masques, pour remplacer ceux livrés par la direction de l’hôpital, périmés depuis 15 ans. Deux infirmiers avaient eux été licenciés à Toulouse pour avoir simplement réclamé des masques pour protéger les résidents.

Cette répression à l’encontre de soignants qui dénoncent les manquements de leur direction d’établissement mais aussi questionnent la responsabilité de l’État ou encore de l’ARS, arrive en plein milieu d’un débat ouvert sur les responsabilités de l’État ; et des institutions, dans la gestion de la crise sanitaire. Dans le cadre de la commission d’enquête sur le Covid 19 Agnès Buzyn a défendu ce 30 juin son bilan, le fait d’avoir anticipé la crise dès janvier et a soutenu n’avoir eu aucune informations sur le manque de masques. De l’autre côté, le collectif inter-urgences (CIU) a déposé cette semaine une nouvelle plainte contre X sur la gestion de la crise du Covid 19 et les mises en danger du personnel. Il y a donc une bataille qui s’est ouverte pour rétablir la vérité sur ce qui s’est réellement déroulé et sur qui repose les responsabilités. Et il semblerait que celles et ceux qui portent un discours qui diffèrent de celui du gouvernement et des directions d’établissement, dérangent. Pourtant, une chose est sûre, les responsables de la gestion catastrophique de la crise ne sont pas à aller chercher du côté des soignants.

Face à cette volonté de réprimer et faire taire celles et ceux qui ont défendu l’intérêt et la vie des salariés et de leurs patients, alerté sur les dangers qu’ils encouraient, soyons nombreux et nombreuses à venir en soutien à Anissa et Aziza ce lundi 6 juillet et à exiger l’arrêt de toute procédure de sanction disciplinaire à leur égard.

Rendez vous lundi 6 juillet à 9h30 devant l’Ehpad Émile Gérard à Livry-Gargan, RER B jusqu’à gare d’Aulnay Sous Bois puis tramway (station Abbaye) ou bus 613.




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