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Politique

A qui profite le calme ?

Non, ce n’est pas à la préfecture de nous imposer nos parcours de manifestations !

La loi qui encadre le droit de manifester n’est pas neutre. Elle vise avant tout à enserrer les cortèges suivant certaines limites pour en définitive garantir le « maintien de l’ordre » dominant. Après un mois de décembre quasi-insurrectionnel, les manifestations des gilets jaunes tendent depuis l’acte 9 à rentrer progressivement dans le giron des ordres de la préfecture. Négocier en sous-main la gestion du « maintien de l’ordre » n’est pas une solution pour éviter la répression et donner au mouvement de nouvelles perspectives. Nous devons reprendre la main pour décider comment nous souhaitons manifester !

mercredi 23 janvier

Crédits photos : Gianni Giardinelli

Normaliser les manifestations pour mieux négocier ?

Depuis le début du mouvement, gouvernement et médias répètent à l’unisson que les gilets jaunes pacifiques doivent se séparer des « casseurs », que les revendications doivent se faire entendre dans le calme et que les manifestations doivent respecter les lois qui les encadrent et notamment l’obligation de déclaration. Mais un tel calme permettra-t-il vraiment de donner au mouvement plus de poids ? A cela s’ajoute l’enfumage du « grand débat » qui prend surtout les airs d’une grande campagne politique à l’initiative du gouvernement. Toutes ces injonctions ont pour but de restreindre au maximum l’impact du mouvement sur le fonctionnement normal de la société d’une part et sur le crédit politique du gouvernement d’autre part. Les Gilets jaunes ont montré tout au long du mois de décembre que, contrairement aux cortèges syndicaux habituels, l’on pouvait manifester sans demander l’autorisation. C’est la répression féroce de la police qui a conduit à ce que les situations se tendent et alors que Castaner et Philippe dénonçaient la prétendue « volonté de tuer » de certains manifestants, de très nombreux gilets jaunes tombaient, touchés gravement par des tirs ou des grenades mettant en danger leur vie. Le calme que veulent Macron et sa police n’est donc pas synonyme de débat mais de soumission et d’impuissance.

Normaliser les manifestations pour se protéger de la police ?

L’autre argument en faveur d’un mouvement plus « normal », c’est-à-dire privé de son caractère spontané, celui qui a désarçonnée les classes dominantes c’est que cela permettrait d’éviter la répression policière et ses violences. Il faut rappeler à cette occasion que déclarer une manifestation n’est pas une garantie de protection contre la police qui a agressé sauvagement les cortèges des 5, 12 et 19 janvier derniers avec son lot de blessés graves. Seules les voix de celles et ceux qui se sont élevés contre les violences policières ont permis un recul relatif de la violence, mettant la police sous pression. Accepter les conditions de la préfecture pour que la préfecture cesse de nous brutaliser, c’est encore accepter sa violence et celle du gouvernement qui dit aux manifestants : si vous ne voulez pas être blessés, c’est simple, rentrez chez vous ! La meilleure arme pour massifier les cortèges et le mouvement, c’est au contraire de nous organiser davantage pour nous protéger de la police et de nous donner massivement les moyens de dénoncer ses violences, et non normaliser nos méthodes d’actions.

Refuser le contrôle par en haut des « portes paroles » autoproclamés

Derrière cette question des manifestations déclarées, aux airs de cortèges syndicaux traditionnels, se pose celle de savoir qui les déclare et surtout dans quel but. Or on constate depuis plusieurs semaines que certains portes paroles jouent un rôle de plus en plus déterminant dans la conduite du mouvement, hors de tout contrôle démocratique. Aux parcours déclarés de plus en plus éloignés des lieux de pouvoir (comme les cortèges des syndicats) ainsi qu’on peut le voir à l’aide de cette carte https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2018-12-05-gilets-jaunes-Paris-lieux-pouvoir, s’ajoute la présence d’un service d’ordre plus qu’opaque dont la fonction a surtout été de « normaliser » le cortège en expulsant tout ce qui pourrait nuire à l’ordre. C’est par ailleurs ce que souligne le Monde en affirmant : Pour la première fois depuis deux mois et demi à Paris, la manifestation des « gilets jaunes » s’est achevée dans le calme et sans heurts. En parallèle, le service d’ordre s’est employé à dénoncer les prétendues intentions hostiles de certains. Refuser l’encadrement du mouvement revient donc avant tout à refuser de se laisser diriger par de prétendus représentants qui, en définitive tendent à “normaliser” le cadre de l’affrontement contre Macron, c’est-à-dire à nous affaiblir.

Comment faire pour aller de l’avant ?

En dernière instance, déclarer ou non nos manifestations demeure un problème de second plan. En effet, l’acte 8 du samedi 5 janvier, malgré la déclaration en préfecture du parcours allant de l’Hôtel de Ville jusqu’à l’Assemblée Nationale, a démontré un caractère de radicalité des plus importants. On se rappelle notamment de la volonté des manifestants à passer outre les injonctions des forces de police sur le pont Leopold Sedar Senghor. Pourtant, doit-on à l’avenir laisser les préfectures décider de nos parcours de manifestations et nous imposer son cadre « pacifique » ? En effet, le parcours ne passait pas vers des lieux de pouvoir. Cela exprime, en définitive, la nécessité pour les Gilets de reprendre en main le mouvement, en décidant dans les AGs de Gilets jaunes de nos parcours et de la modalité selon lesquelles on souhaite manifester. Cela passera forcément par un approfondissement de la structuration démocratique du mouvement, la seule à même de décider des suites à donner au mouvement. Organiser des Ags à la base est la seule manière de faire participer d’autres secteurs pour permettre une lutte d’ensemble, au travers de la grève, seule à même d’élever le rapport de force du mouvement des Gilets jaunes pour défaire Macron. Ce dernier n’entend que la voix du profit et de l’argent et c’est pour cette raison que nous devons attaquer en bloquant l’économie et en cessant le travail là où c’est possible.




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