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Débats

Dix ans après…

Nostalgiques du « non de gauche » au référendum ?

Daniela Cobet Pour la commémoration des dix ans de la défaite du traité européen dans les urnes lors du référendum de 2005, les organisations du Front de Gauche sont à l’initiative d’un « Forum Européen des Alternatives » qui aura lieu entre le 29 et le 31 mai à Paris. Pour l’occasion sont invités des représentants de la gauche institutionnelle de plusieurs pays, à commencer par ceux de la « gauche au pouvoir » en Grèce vis-à-vis de laquelle les organisateurs de l’évènement souhaitent exprimer leur solidarité pleine et entière. Mais les objectifs de ce forum ne s’arrêtent pas à la solidarité. Il s’agit pour les initiateurs de « lutter et rassembler pour une alternative à l’austérité, en France et en Europe ». Sur la même longueur d’onde, L’Huma appelle à « faire converger toutes les forces progressistes de gauche pour construire une alternative à l’Europe libérale et austéritaire »

samedi 30 mai 2015

Une date peut-être mal choisie

La date de l’évènement devrait coïncider à quelques jours près avec celle de l’approbation d’un nouvel accord entre la Grèce et l’Eurogroupe où ce qui semble s’annoncer est un maintien global du cadre des mémorandums et donc des mesures d’austérité en ce qui concerne l’emploi, les retraites et les conventions collectives, le tout en échange de quelques mesures notamment concernant la TVA sur les produits de première nécessité. Cette coïncidence hasardeuse témoigne d’à quel point la lutte contre les politiques d’austérité, si elle reste dans le cadre des institutions européennes et capitalistes, n’est, le plus souvent, qu’une sorte de « déclaration de bonnes intentions ». Et ce pour le plus grand malheur des travailleurs et du peuple grecs qui ont voté pour des candidats qui leur promettaient la fin de l’austérité et un véritable « gouvernement de gauche » et qui se retrouvent face à une coalition avec les réactionnaires nationalistes indépendants de l’ANEL et qui, sous la pression de la Troïka, applique pour l’essentiel le même programme économique que ses prédécesseurs.

On a oublié d’inviter Fabius

L’arc de forces réuni autour de ce qu’on appelait à l’époque le « non de gauche » était très large. Parmi les dissidents du Parti Socialiste ayant refusé à l’époque de suivre la ligne générale du parti de soutien au Traité se trouvaient Jean-Luc Mélenchon mais, aussi, l’actuel ministre des Affaires Etrangères et du Développement Laurent Fabius. Une démonstration éloquente que l’éventail de l’opposition au Traité ne permettait pas de faire le tri entre les opposants des politiques capitalistes européennes et une série de personnages pour qui le désaccord avec le Traité était plutôt d’ordre « tactique ». La preuve est que Fabius, le meilleur ami des chefs d’entreprise imposant les pires reculs sociaux, n’éprouve aucune gêne à occuper aujourd’hui un poste stratégique dans le « gouvernement de combat » de Valls. Comme quoi, les ennemis de nos ennemis ne sont pas toujours nos amis…

Pour une Europe… anti-allemande ?

L’opposition de nombre d’hommes et femmes politiques au Traité Européen de 2005 se situait également, pour partie en tout cas, plutôt sur le terrain de la défense des soi-disant « intérêts nationaux » que de celui de la solidarité internationale des peuples dont se revendiquent aujourd’hui les organisateurs du Forum Européen des Alternatives. Au-delà des paroles, parmi ces mêmes organisateurs on retrouve le Parti Communiste Français, célèbre par sa défense du « produire français », ainsi que par sa gestion austéritaire des villes où il est à la tête des mairies. Mais aussi le Parti de Gauche, dont le principal porte-parole, Jean-Luc Mélenchon, vient de sortir un véritable torchon titré Le Hareng de Bismarck, le poison allemand, sorte de recueil des amalgames nationalistes les plus périlleux. Il y écrit, par exemple, dans un rapprochement à peine voilé avec le contexte de la Seconde Guerre Mondiale : « Un monstre est né sous nos yeux, l’enfant de la finance dérégulée et d’un pays qui s’est voué à elle, nécrosé par le vieillissement accéléré de sa population. (...) Cette alliance est en train de remodeler le vieux continent à sa main. Dès lors, l’Allemagne est, de nouveau, un danger. Le modèle qu’elle impose est, une fois de plus, un recul pour notre civilisation ». De quelle civilisation parle-t-il ? De celle qui viole des enfants en Centrafrique et laisse périr des milliers de migrants tous les ans en Méditerranée ?

Opération en vue d’un Syriza à la française

Le calcul est relativement simple. Face à la crise du gouvernement Hollande-Valls, il s’agit de rassembler les éventuelles composantes d’un futur « gouvernement de gauche » en vue des élections de 2017. Syriza se présente, dans ce cadre, comme le modèle à suivre. La confusion sciemment entretenue par les organisations du Front de Gauche entre le légitime soutien aux travailleurs et au peuple grec et celui au gouvernement Syriza-ANEL allait déjà en ce sens. La date de l’anniversaire de la victoire du non au référendum est naturellement parue comme l’occasion parfaite pour rassembler l’arc en ciel des partenaires possibles pour une nouvelle « union de la gauche » (EELV et « frondeurs » du PS compris !), en présence des invités-modèles grecs.

Forces et faiblesses du « non » au Traité

Les comités du « non de gauche » ont suscité beaucoup d’espoir chez les milliers qui s’y sont engagés dans l‘espoir de construire une mobilisation unitaire contre les politiques antisociales avancées par les différents gouvernements européens. Néanmoins, avec dix ans de recul, il est nécessaire d’en tirer un bilan un peu sérieux ; un bilan non seulement du caractère relativement impuissant de ce type de victoire face à la détermination des capitalistes européens à faire passer leurs diktats quoi qu’il arrive, mais aussi par rapport aux limites de l’antilibéralisme qui a constitué l’idéologie de fond de ce mouvement. Car c’est précisément le caractère flou des contours de cette idéologie qui ont permis de rassembler des personnages tels qu’un Fabius ou un Mélenchon, à côté de militants anticapitalistes comme ceux de la LCR de l’époque. C’est la même idéologie, traduite aujourd’hui par le terme « anti-austérité », qui amène Tsipras à vanter les avantages de la politique de « relance » d’un Obama en oubliant que cette relance n’a profité qu’aux 1% les plus riches et que les salaires aux Etats-Unis sont à leur niveau le plus bas depuis 65 ans ou encore que près de 15% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Disons que, comme politique de défense des intérêts des travailleurs et des couches populaires, il y a mieux…

Il n’y a pas de bon capitalisme

C’est bien l’illusion d’un capitalisme à visage humain ou d’une bonne gestion des institutions actuelles, telles qu’elles existent ou légèrement modifiées, qui rassemble les participants à ce Forum Européen des Alternatives. Il y a encore quelques jours, des membres d’Ensemble, considéré souvent comme la gauche du Front de Gauche, ont signé avec d’autres d’EELV une tribune dans Libération où ils expliquent que « pour permettre une dynamique sociale, culturelle, citoyenne, il faut fédérer toutes celles et ceux qui veulent changer le monde et ne considèrent pas qu’il n’y a qu’une seule alternative possible, celle de la gestion du capitalisme tel qu’il est ». On sous-entend, sans avoir besoin de sur-interpréter, qu’un autre capitalisme serait possible. Nous restons, pour notre part, convaincus du contraire, qu’il s’agit d’un système organiquement injuste et destructeur et qu’une solution ne pourra venir que de son renversement par la force de ceux qui en subissent tous les jours les conséquences, qui se voient voler la plupart de leur temps pour un salaire de misère, en Grèce en France… ou en Allemagne !




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