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Politique

UN MÉCÉNAT QUI PEUT RAPPORTER GROS

Notre-Dame : Le CAC40 se mue en généreux donateurs sur le dos du contribuable

A peine 24 heures après l’incendie, les millions affluent par centaines dans la « cagnotte » pour la reconstruction de Notre-Dame qui sera torchée en 5 ans, promesse de Macron. L’occasion est trop belle pour le chef de l’Etat et les patrons des grands groupes de se faire une image de grandeur et de générosité à bon compte.

mercredi 17 avril

De l’argent, il y en a dans les poches du patronat

Ils avaient tous leur carnet de chèques sous la main et ils les ont sortis, illico presto, pour jouer à qui sera plus mécène que l’autre. Pinaut (Kening,) prend tous les autres de vitesse, 100 millions. Arnault (LVMH) embraye avec 200 millions, suivi Par Bettencourt (L’Oréal) 200 millions, Total, 100 millions, Bouygues, parent pauvre ou radin, 10 millions ….

Quelle merveille de pouvoir, d’un coup de baguette magique, sortir de telles sommes. Faut-il en avoir des réserves pour faire « ruisseler », en quelques heures, cette pluie d’euros. Quelle délectation de pouvoir se montrer généreux et accourir en sauveur du patrimoine « national ».

Mais, au-delà de la jouissance d’être riche et de le montrer, ces gens –là, même amateurs d’art, même la main sur le cœur et les trémolos dans la voix, sont avant tout des capitalistes pour qui tous les événements de la vie sociale, politique, ou culturelle sont à évaluer et exploiter à l’aune de l’argent qu’ils peuvent récupérer ou économiser.

Ces sommes qui ont l’air somptuaires prennent une tout autre dimension si on les ramène à la fortune des généreux donateurs. Selon le magazine américain Forbes la fortune de Bernard Arnault et sa famille s’élève à plus de 67 milliards d’euros. Le don apporté pour la réfection de Notre Dame représente donc 0,15 % de cette fortune. Pour un smicard, cela équivaudrait à un don d’environ 1,2 euros. Il y a de quoi s’écrier : « Quels pingres ces Arnault, Bettencourt et Compagnie ! »

Au pays de la finance, on appelle ça de « l’optimisation fiscale »

Mais la question n’est pas seulement que nos mécènes soient moins généreux qu’il n’y paraît. Le plus cynique, c’est qu’ils en profitent pour récupérer sur les impôts… et se faire du fric.

En bon langage de Bercy, les « dons » substantiels qui sont annoncés, qu’il s’agisse de dons personnels ou de dons d’entreprises, s’appellent purement et simplement de « l’optimisation fiscale ». Ces « gestes » généreux donnent en effet droit à d’importantes réductions fiscales. Un don personnel permet, selon la loi, une réduction de l’impôt sur le revenu de 66% (dans la limite de 20% du revenu imposable). L’opération est encore plus intéressante si le particulier en question est assujetti à l’impôt sur la fortune immobilière (ex-ISF) ; la réduction passe alors à 75 %. Pour une entreprise, le principe est similaire : en cas de don pour mécénat, elle bénéficie d’une réduction de 60 % de l’impôt sur les sociétés, dans la limite de 0,5 % du chiffre d’affaires annuel.

Comme si ce n’était pas assez, certains ont été jusqu’à demander, pour la circonstance, un taux spécial de 90% de réduction qui est applicable à l’achat public d’œuvres qualifiées de « trésor national ». Parmi eux, Jean-Jacques Aillagon collaborateur de la famille Pinault. Quand même un peu trop gros ! La proposition n’a pas été retenue, mais elle montre bien la duplicité des pseudo-mécènes.

En tout cas, même sans cette prime à l’œuvre d’art, l’opération se traduit en euros sonnants et trébuchants. Prenons simplement l’exemple de Total. Comme le mentionne Libération : « Avec son don de 100 millions, Total peut prétendre à 60 millions de réduction ». En 2016 il avait payé 30 millions d’impôt sur les sociétés. Il peut même, selon la loi, le reporter sur 5 ans. En clair, grâce à ce don et pour un montant dû de 30 millions d’impôt, comme en 2016 « Total pourrait ne payer aucun impôt pendant deux ans ».

Mécénat, sponsoring et autres pubs, sur le dos des travailleurs

Finalement, cet élan des grands patrons au secours du joyau de l’art gothique, n’est ni plus moins qu’un nouvel épisode indécent de leur course effrénée au profit. Loin de représenter un don, ni même seulement une économie, elle est un moyen commode de financer gratuitement une opération de pub destinée à redorer l’image des plus puissants groupes.

Quoi de mieux, dans ce cadre « béni » d’union nationale que Macron s’est dépêché de mettre en place, que de tenter d’adoucir l’image de « riches » et d’abolir les oppositions de classe en « sponsorisant » la remise sur pied de l’épicentre du tourisme parisien.

« Sponsoriser », comme on sponsorise une équipe de joueurs de foot, est bien le mot. A la différence d’un mécène, un sponsor bénéficie, en contrepartie des sommes allouées, d’un espace publicitaire dans le cadre d’un événement à forte audience. Si ce n’est pas dit ouvertement dans le cadre de l’opération de restauration de Notre- Dame, il s’agit bien, en fait, d’un gros coup de pub, finalement gratuit, en faveur de ces « riches » tant décriés par les Gilets Jaunes et dont Macron s’est fait le défenseur inconditionnel. Les patrons des grands groupes ne s’y sont pas trompés puisqu’ils se sont lancés dans une véritable course concurrentielle à qui donnera le plus vite, la plus grosse somme. Des enchères en quelque sorte. Et qui plus est, des enchères au moindre coût.

Car on l’a compris, c’est essentiellement sur les contribuables que reposeront les dépenses de reconstruction de Notre-Dame. Sur les 700 millions de dons annoncés au 17 avril, plus de 420 seront en fait financés par l’Etat.

Plus que jamais, et sans se laisser entourlouper par les pseudo-mécènes, c’est le moment de mettre Macron au pied du mur, après ses révélations post-grand débat qui n’ont pas eu lieu mais dont tout le monde connaît à peu près désormais le contenu. Qu’il rétablisse l’ISF, qu’il cesse de faire des cadeaux à grand coup de CICE aux patrons et qu’il affecte les crédits de l’Etat à la culture et aux loisirs pour tous. Quant aux patrons, nous savons qu’ils en ont plein les poches et que ce qu’ils ont c’est aux travailleurs qu’ils l’ont pris.




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