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Jeunesse

Témoignage

« Nous avons besoin d’étudier sans nous soucier de comment payer le prochain loyer »

Nous relayons le témoignage de Luna*, étudiante en troisième année de licence à Toulouse, qui raconte les conditions dans lesquelles se déroulent ses études : entre recherche de stage, 30 heures de cours en distanciel, et isolement, elle vit le quotidien de nombreux étudiants.

jeudi 4 février

A l’heure de la crise sanitaire, nombreux sont les étudiants en difficulté financière, notamment ceux qui ont perdu leur job à cause de la pandémie. S’ajoute à cela l’isolement, la difficulté à suivre les cours et à éviter le décrochage, effets directs de l’enseignement à distance, des confinements, et du couvre-feu. Mis à part nos études, nous avons mis nos vies sociales, familiales et personnelles entre parenthèses, et cela depuis presque un an.

Depuis mars dernier, dans ma licence, nous n’avons pas suivi un seul cours en présentiel. Les annonces de l’université en octobre indiquaient un format d’enseignement hybride, comprenant une semaine de cours sur quatre en présentiel. Mais déjà, nous recevions des informations de la part des directeurs de département de notre licence, qui nous indiquaient que nos cours se tiendraient uniquement à distance. Ce scénario s’est reproduit en janvier, après les annonces de Macron et son gouvernement, qui annonçait une reprise partielle, à raison d’un jour par semaine, en petits groupes. Là encore, nous avons appris que ce second semestre se déroulerait entièrement à distance, puisqu’il est impossible de mettre en place cet enseignement en présentiel, faute de moyens pour pouvoir organiser le retour des étudiants sur les campus. L’autre raison avancée est celle de « maintenir une stabilité », ironique face à la conjoncture actuelle.

Notre programme en troisième année est chargé, avec 30 heures de cours par semaine, dix-sept matières différentes, sans compter la charge de travail personnel très conséquente. Ces modalités n’ont pas changé avec la crise, alors que nous, nos conditions se sont nettement dégradées. Les facs misent sur notre capacité à nous adapter. Suivre un volume de cours aussi important sur un ordinateur est difficile, la concentration est réduite, les échanges rares, les questions nombreuses. Face à ces conditions, associer un job aux études est extrêmement complexe, et ce alors qu’on sait que presque 50% des étudiants travaillent pour vivre.

Nos partiels se sont également déroulés à distance. Nous en avions pour certains dix-sept, étalés sur deux semaines, la plupart en synchrone donc en temps limité et prévu. Là encore, peu de changements et peu d’adaptation à la situation. Les examens continuent de se tenir et nous montrent bien que la sélection est toujours bien présente.
Avec autant de travail et le couvre-feu à 18h, autant dire que nous ressentons un isolement grandissant. A cela vient s’ajouter le stress de parvenir à trouver un stage, puisque dans ma licence, le stage est maintenu obligatoire pour valider notre année, avec un module non-compensable. Les entreprises et les collectivités ne sont pas disposées à accueillir des stagiaires au vue de la situation sanitaire, ayant subis des changements en interne. En expliquant la situation à laquelle nous sommes confrontés aux professeurs chargés des stages, on nous répond que les difficultés sont similaires aux années précédentes !

Fermer les yeux sur la situation ne la règle pas. Être étudiant cette année c’est être isolé, se sentir pour certains loin de nos proches, notamment pour les étudiants étrangers. C’est aussi se poser la question de comment tenir financièrement lorsqu’on a perdu notre travail. C’est se demander ce qui nous attend après nos études, si ce n’est un chômage grandissant. Les étudiants sont encore plus précarisés, et psychologiquement épuisés. Nous avons besoin de mesures effectives, bien plus grandes que celles annoncées dernièrement par le gouvernement. Nous avons besoin d’étudier sans nous soucier du moyen par lequel nous allons payer le prochain loyer, ou remplir le frigo la semaine d’après. Nous avons besoin de moyens pour nos facs, pour qu’elles puissent nous accueillir de nouveau sur les campus, dans des conditions sanitaires acceptables. Nous avons besoin que nos programmes soient adaptés et que la sélection cesse. Nous demandons des moyens qui soient à la hauteur de la situation.

* Le prénom a été changé