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« Nous avons tissé des liens profonds » : l’auto-organisation des postièr·e·s du HLU au cœur de la grève

Après trois semaines de mobilisations, la direction refuse toujours de répondre aux revendications des postièr·e·s du HLU à côté de Bordeaux. Face au mépris de celle-ci, les grévistes s’auto-organisent au quotidien sur les piquets de grève et soudent leurs liens pour tenir le mouvement.

mercredi 23 novembre

La direction ne lâche rien et tente toujours de casser la grève

Ce mercredi, un nouveau piquet de grève était organisé de 9 heures à 12 heures au centre de tri du colis du HLU de La Poste à Bordeaux, dans la foulée du débrayage effectué par les grévistes. Pour rappel, les postièr·e·s se mobilisent depuis plus de 3 semaines à présent pour protester contre leurs conditions de travail et pour de meilleures rémunérations, dans un contexte de forte inflation.

Une dizaine de soutiens extérieurs provenant d’organisations politiques et syndicales sont venus soutenir la mobilisation. La vingtaine de grévistes présents - un chiffre majoritaire sur un service d’une trentaine de travailleurs - s’est réunie ce matin au local syndical du site afin de discuter du mouvement, de ses suites, mais également de la délégation qui s’est rendue à la réunion proposée par la direction le matin même. Un rendez-vous appris au début du débrayage et dont les grévistes attendaient qu’il puisse faire avancer la situation.

À la sortie du rendez-vous, Bernard, délégué syndical CGT à l’HLU, rapporte qu’« elle reste figée sur leur position et refuse de faire avancer les négociations ». Plus précisément, Xavier et Océane nous expliquent que « la direction refuse de fournir un protocole de négociations. Ils nous proposent simplement de nous payer les deux jours et demi de débrayage effectués et de nous octroyer la prime challenge de 125 euros, qu’ils estiment eux ne pas nous devoir […] et qu’ils nous enlèveront à la moindre minute de débrayage effectué. » Pour eux, sans répondre aux revendications sur l’augmentation des salaires ou faire de contre-propositions, « la direction veut qu’on arrête la grève » ; les conditions drastiques d’obtention de la prime servant de pression.

Pour autant, Xavier l’affirme : « on continue à être motivés, on n’arrêtera pas là et ils ne savent pas encore ce qui les attend ».

Une auto-organisation spontanée qui permet aux grévistes de tenir

Pour cela, les grévistes ont compris qu’ils ne pouvaient compter que sur eux-mêmes, et surtout sur leur auto-organisation, qui leur permet d’avoir la mobilisation entre leurs mains et répondre aux tentatives de la direction de casser la grève.

Concrètement, à chaque fin de débrayage, les grévistes – syndiqués ou non - se réunissent au local syndical partagé par la CGT et SUD afin de décider démocratiquement des suites du mouvement. Fabrice explique : « il faut que vous le sachiez, les troupes sont bien motivées, on est bien entourés, aiguillés, mais surtout dans une situation qui est très démocratique et participative. » Pour lui, c’est un aspect de la grève « très important, ce sont des moments où tout le monde peut s’exprimer et où tout se décide au vote à main levé. »

Ce matin, à l’ordre du jour des discussions : un premier débrief de l’état de la mobilisation, de l’avancée de la caisse de la grève, mais également l’impact de l’arrêt de l’activité et les manœuvres de la direction pour y pallier. Plus précisément, ici, les 3 heures de grèves effectuées ont permis de perturber grandement le tri des 24 000 colis arrivé le matin même. Pour pallier à cela, les grévistes ont constaté que la direction fait embaucher plus tôt les travailleurs, une pratique habituelle lors de cette période, mais qui se renforce et démarre plus tôt suite au conflit. Également, un délégué syndical d’un autre site de La Poste présent sur le piquet racontait que la direction « fait stocker plus de colis dans notre site qui n’est pas en grève afin de pallier l’impact du mouvement au HLU » .

Se rendant compte de la politique de la direction pour freiner le mouvement, ils ont ainsi, au vu de la dynamique de la mobilisation et des avancées de la caisse de grève, décidés de reconduire le mouvement « le temps qu’il le faudra pour obtenir nos revendications totalement légitimes » . En plus, ils ont désigné la délégation qui est allée au rendez-vous avec la direction composée de délégués syndicaux, mais aussi de grévistes sans aucun mandat particulier.

Une expérience collective qui a permis de rompre avec l’isolement des travailleurs

Bien plus, ces moments et cette expérience d’auto-organisation représente dorénavant un acquis important pour les postièr·e·s. Pour Fabrice, « cela permet de créer des liens sociaux entre nous. Je ne le cache pas, avec certains collègues, on se disait seulement bonjour par politesse sans véritablement avoir échangé, car le site est tellement grand et impersonnel... Sur cet aspect, c’est d’autant plus motivant ! »

« On peut déjà être fiers de ce qu’on est en train d’accomplir, les liens collectifs que nous tissons sont profonds et à présent plus personne n’est isolé. Si un collègue se fait emmerder il y aura des réponses collectives ».

Ce mercredi, une discussion s’est ouverte concernant ce caractère de la grève et a constitué un moment fort de l’AG de ce matin. Nous pouvions y entendre « ce que l’on fait aujourd’hui, c’est aussi des acquis pour demain. On perd des thunes oui, on peut encore en gagner, mais c’est aussi de la dignité que l’on gagne ». Ces discussions ont été chaleureusement applaudies. Elles marquent un acquis important de cette mobilisation qui permet d’installer une tradition sur le site, et lancent clairement un message à la direction qui trouvera à présent du répondant.

Alors que cette grève est pour une partie des postièr·e·s la première, cette expérience représente quoiqu’il arrive un pas important et permet de souder l’unité des travailleurs du service du HLU. À présent, alors que l’évolution du rapport de force reste ouverte, les avancés que permettent l’auto-organisation des grévistes du HLU doivent servir à la rendre favorable pour les grévistes. Cela passera notamment par aller chercher l’extension de la grève, dans les autres services du site, mais également auprès des autres sites, à l’image de Saint-Médard ou Carbon-Blanc qui se mobilisent également. À ce titre, l’idée d’aller tracter et discuter avec ces derniers a émergé à la fin de l’assemblée générale et sera rediscutée à la suivante. Elle serait un premier pas intéressant afin d’accentuer la pression sur la direction et durcir le rapport de force.

Pour soutenir les grévistes, donnez à la caisse de grève !



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