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Politique

Les virages, retournements, trahisons, voltes-faces

Morano et la race blanche

Bill Zabriskie Nadine Morano a franchi un nouveau pallier dans sa course aux déclarations et sorties médiatiques xénophobes. Samedi soir sur le plateau de l'émission télé « On n'est pas couché », au cours d'un débat affligeant de pauvreté, la députée européenne a défendu l'idée selon laquelle la France serait « un pays judéo-chrétien, de race blanche ». Sur la base de ressentis personnels, elle a ensuite déclaré sa peur de voir le pays « devenir » musulman. Au-delà de ces déclarations choquantes qui n'ont fort heureusement pas manqué de soulever une certaine indignation, c'est pourtant l'ensemble de l'échiquier politique qui entame un virage serré à droite.

lundi 28 septembre 2015

A gauche, que ce soit par les récentes déclarations de Jacques Sapir sur l’idée d’un front souverainiste qui rallierait de la gauche à l’extrême droite sur la question de l’euro, soutenue ensuite par Michel Onfray, ou encore par la haie d’honneur aux idées xénophobes faite par Valls à l’Assemblée Nationale sur la question des migrants, les cartes ont tendance à être régulièrement brouillées quant à la séparation idéologique entre la gauche et l’extrême droite. Ces glissades à droites de figures politiques publiquement de gauche sont le témoin d’un climat social pour le moins tendu et favorisant les prises de position floues, dans la lignée de l’esprit « fourre-tout » du 11 janvier, où, derrière la bannière républicaine, la défense de la liberté d’expression et l’islamophobie marchent ensembles dans la rue.

De son côté, la droite embraye plus que jamais sur le terrain lepéniste. Sarkozy, Fillon et Morano donc, ces représentants de la fameuse « droite décomplexée », affichent de plus en plus leur racisme sans retenue et font régulièrement la part belle au nationalisme. Les tactiques politiques traditionnelles de l’extrême droite, qui consistent essentiellement à imputer à une catégorie de personnes la responsabilité des maux de la société, sont maintenant largement pratiquées par la droite républicaine.

Les échéances régionales qui arrivent ne font qu’intensifier cette tendance générale à la droitisation du discours, notamment du fait des récents sondages annonçant une forte montée du FN, et des alliances politiques droite/gauche et droite/extrême droite qui se profilent. Dans ce paysage politique en pleine recomposition, Nadine Morano n’est donc qu’un des symptômes de l’hégémonisation de l’idéologie nationaliste, et du discours xénophobe qui en découle.

Face à cela, la lutte quotidienne contre le nationalisme et ses idées est bien sûr nécessaire, mais elle n’est pas suffisante : elle doit se faire dans une perspective de lutte des classes, et en cela, se faire également contre ceux qui rendent possible et favorisent l’émergence et la propagation de ces idées.




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