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Politique

Tout comme après les attentats de janvier

Nouveau record présidentiel : Hollande a su gâcher en un mois le regain de popularité qu’il avait tiré des attentats

L’Élysée espérait que ce début d’année 2016 marquerait son entrée dans la dernière ligne droite vers l’élection présidentielle. Pari raté. La chute retentissante de sa popularité dans les sondages, l'interminable contestation de sa révision constitutionnelle, et le débat sur la primaire ont mis François Hollande face à un début d'année très inconfortable.

jeudi 21 janvier 2016

Hollande ne cessera pas de nous surprendre. Pour la deuxième fois en moins d’un an il aura réussi à dilapider l’occasion inespérée qui lui était donnée après les attentats de novembre de renouer avec l’opinion publique. Beaucoup de ministres ont du mal à comprendre comment le président a pu gâcher en un mois le regain de popularité qu’il avait tiré du drame. Les doutes sur sa capacité à réussir sont profonds, y compris au sein de son cercle d’intime : « Il s’est mis dans un drôle de bazar. Il y a un malaise partout, même chez ses supporters de toujours. J’ai envie de voter contre sa déchéance de nationalité car il a touché à l’intime, mais une défaite du Président au Congrès, si on en arrivait là, ne serait pas anodine », résume un ancien ministre.{{}}

Chute libre

Ce mois de janvier a aussi vu le président de la République connaître un nouveau trou d’air dans les sondages. Il a perdu entre 7 et 14 points selon les instituts de sondages, alors qu’il avait su capitaliser après les attaques terroristes de novembre. « C’est un bon régatier, il sait prendre le vent mais il ne tient pas le cap », analyse un conseiller ministériel, regrettant que le chef de l’État se soit enferré dans le bourbier de la déchéance de nationalité des binationaux.{{}}

Contestation de son statut de « candidat naturel »

Par ailleurs, François Hollande a vu s’ouvrir un autre front, tout aussi pernicieux, celui d’une éventuelle primaire pour désigner le candidat socialiste en vue de 2017. Le chef de l’État ne s’est pas officiellement prononcé. Face au piège, il préfère jouer l’indifférence. Pour l’instant, sa candidature n’a pas soulevé d’enthousiasme chez le peuple de gauche. François Hollande observe donc les mouvements chez ses adversaires : Jean-Luc Mélenchon a dit non quand son ancienne ministre écologiste Cécile Duflot a dit pourquoi pas. Ses proches continuent de clamer qu’il reste le « candidat naturel » de la gauche, mais s’attendent surtout à ce que le débat sur les primaires s’intensifie dans les prochaines semaines. L’aile gauche du PS réfléchit à lancer les grandes manœuvres après l’éventuelle révision constitutionnelle. Un de ses anciens ministres est catégorique : « S’il y a des primaires, c’est qu’il ne se représente pas et que la gauche a admis qu’elle a déjà perdu la prochaine présidentielle ».{{}}

La déchéance de nationalité comme la goutte de trop de l’état d’urgence

En réalité, en s’appuyant sur la stupeur qui s’était installée suite aux attentats, Hollande avait réussi à faire passer ses méthodes bonapartistes brutales, malgré les doutes du « peuple de gauche ». Mais alors que les semaines passent depuis novembre, et suite aux résultats des régionales, la décision d’intégrer à son projet de réforme de la constitution la mesure concernant la déchéance de nationalité a été la goutte qui a fait débordé le vase. La contestation parmi les rangs socialistes et ses alliés montre que le consensus du « tout sécuritaire » à atteint ses limites. Incapable de redynamiser son quinquennat sur d’autres fronts, comme l’a montré sa pauvre Conférence sur l’emploi lundi dernier, Hollande se prépare à vivre un long hiver. Et le printemps risque lui aussi d’être semé d’embûches. Profitons de ces faiblesses pour passer à l’offensive.




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