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Politique

« it's the economy, stupid ! »

Nouvelle « Macronnade » : les attentats du 13 novembre à la sauce ultralibérale

Léo Serge Emmanuel Macron, ancien banquier d'affaires et aujourd'hui ministre de l’Économie, ne rate jamais une occasion de faire son original et de faire passer ses préceptes ultralibéraux en matière d'économie. Cependant, le chemin depuis l'attaque kamikaze jusqu'au code du travail pouvant paraître un peu tortueux, on aurait pu croire que les attentats de Paris allaient compliquer l'exercice, sauf pour Macron. Ce 21 novembre, il a ainsi livré une analyse particulièrement originale devant un parterre de technocrates participant au regroupement des Gracques, un groupe de réflexion prétendument social-démocrate.

mardi 24 novembre 2015

Voilà quelques extraits choisis, et gratinés, de son intervention :
« Je pense que ce sont des fermetures dans notre économie, dans notre société, les pertes d’opportunités, les plafonds de verre qui sont mis, les corporatismes qui se sont construits, qui à la fois nourrissent de la frustration sur le plan individuel et créent de l’inefficacité sur le plan économique. […] Je ne suis pas en train de dire que tous ces éléments sont la cause première du djihadisme. Mais il y a un terreau, ce terreau est notre responsabilité. »

Voilà qui nous rappelle cette fameuse phrase : « it’s the economy stupid ! ». Le problème serait donc le code du travail, les syndicalistes ou tous ces empêcheurs d’efficacité économique. Ce seraient tous ces gens qui ne pensent pas assez à la compétitivité et à la sainte guerre économique permanente ! Les frustrations viennent donc du chômage et des discriminations qui seraient alors la faute des travailleurs eux-mêmes, enfermés dans le conservatisme et le corporatisme. Au fond, les attentats seraient imputables aux licenciés de chez PSA-Aulnay. Ils n’avaient qu’à ne pas voter CGT ! Quant à penser que la réduction du SMIC était une bonne idée, cela dépasse tout. Enfin, remercions Macron pour l’énergie qu’il dépense à tenter de nous embrouiller grossièrement, ce serait presque réussi.

En fait, le personnage aura plutôt fini de nous convaincre qu´il est parfaitement ignoble jusqu’au bout et en toute occasion. L’ultralibéralisme qu’il prône désagrège les filets sociaux, les solidarités et les conditions de travail ; il divise, insécurise et transforme la vie en course effrenée à la survie et en guerre de tous contre tous. Pourtant, Macron veut nous faire croire que cette même recette ultralibérale pourrie, qui nous a amenés là où nous en sommes actuellement, est la solution. Rien ne va, dit-il, mais ce serait la faute des résistances de tout poil contre l´imposition d´un ordre ultralibéral, contre l´avancée dans la « macronisation » de la société française et « l´ubérisation » de nos existences mêmes ! A croire qu’il nous prend pour des idiots – d’ailleurs il s’en cache rarement.

En fait, Macron nous explique que nous l’avons bien cherché. La ghettoïsation des quartiers populaires ? La faute des salariés qui n’acceptent pas des salaires plus bas. La pauvreté ? La faute des travailleurs qui ne sont pas assez flexibles. Les discriminations racistes à l’embauche ? Elles n’existeraient pas si le concept de droit du travail disparaissait. Macron essaie donc de faire porter la responsabilité qui incombe au capitalisme et au gouvernement sur les travailleurs exploités, dont les conditions de vie se dégradent constamment, tout en suggérant de les exploiter encore plus. Ses arguments sont méprisables, son discours, à vomir, et il aime saisir chaque opportunité pour le déclamer. Les attentats du 13 novembre n´y coupent pas.
Jusqu’à quand laisserons-nous des hommes et des discours de ce genre tenir le haut du pavé ? Il faut comprendre que les médias qui les encensent et relaient leurs paroles sont aussi la propriété de vendeurs d’armes comme Dassault et consœurs, ceux là mêmes qui vendent des armes aux dictateurs, copinent avec les financiers du terrorisme islamique et font des profits sur la mort de milliers de personnes, depuis l´Irak jusqu’à la Libye. Ce sont bien eux les responsables in fine : le gouvernement de Macron ainsi que tous ses amis de l’ultra-bourgeoisie, les Dassault, les Bouygues, les Lagardère, les Arnault, tous les grands patrons. Ils mènent leurs guerres tandis que nous pleurons nos morts.



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