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Nouvelle atteinte à la liberté de la presse en Algérie : plusieurs médias indépendants censurés

En Algérie, une nouvelle vague de censure s’abat sur plusieurs médias en ligne. La crise politique algérienne s’exprime encore une fois par la difficulté du gouvernement à contenir la contestation, à moins de la cacher, si ce n’est de la censurer.

jeudi 3 décembre 2020

Crédits photo : AFP/Ryad Kramdi

Ce mercredi, en Algérie, plusieurs médias en ligne indépendants ont vu leur accès totalement bloqué. C’est le cas notamment de Maghreb Emergent et Radio M, alors même que l’année 2020 avait déjà été marquée par des censures visant les médias Interlignes, L’Avant-Garde et TSA. Un nouveau tour de vis de la part du pouvoir algérien écrivait Le Monde, en pointant du doigt cette nouvelle attaque à la liberté d’expression et de la presse dans le pays.

Une énième attaque qui s’en prend aux droits démocratiques des Algériens dans un contexte de crise politique qui se creuse, y compris dans le temps. En effet, depuis que Bouteflika, figure de la corruption, qui a dirigé le pays pendant des décennies, avait tenté de briguer un nouveau mandat, les réponses de la rue ont plongé le pays dans une crise politique qui s’approfondit avec les crises sanitaire et économique. Si le retrait de Bouteflika a été obtenu, le hirak (mouvement contestataire algérien) ne s’en est pas tenu là, et a continué de dénoncer la caste qui dirige l’Algérie et assume d’être le relais des bourgeoisies impérialistes qui exploitent les Algériens.

C’est à l’issue d’une élection très contestée qu’Abdelmadjid Tebboune devient le nouveau président, avec un taux de participation de 8% seulement. D’autant qu’il s’agit d’un ancien ministre de Bouteflika... Sa gestion catastrophique de la crise sanitaire ainsi que les réformes appliquées au modèle économique, ouvrant des marchés aux capitaux privés, ont attisé la contestation. Le chef de l’État, atteint du covid, a également dû être pris en charge par un hôpital en Allemagne, posant d’autant plus la question de qui dirige le pays. Il s’agit donc pour le gouvernement de faire un nouveau saut répressif pour tenter de maintenir l’ordre.

Ces atteintes aux libertés fondamentales ne sont pas nouvelles. Elles rappellent la lourde répression subie par les journalistes au plus haut du mouvement, lors duquel de nombreux d’entre eux avaient été arrêtés, au même tire que de nombreux opposants politiques, pour la diffusion de contenu sur internet contre le régime et incitation à s’organiser au mot d’ordre de “système dégage”.

Le ministre de la communication n’a pour l’instant pas réagi aux dénonciations et interpellations de l’ensemble des médias concernés, mais aussi d’organismes comme Reporters sans frontières (RSF) qui condamne « vigoureusement la censure de médias libres et indépendants ».

Pour nous, média indépendant et militant en France, il est clair que ces censures représentent une grave attaque politique, tout comme la condamnation en septembre dernier de Khaled Drareni, journaliste fondateur du Casbah Tribune, impliqué dans le mouvement de contestation populaire en Algérie, à trois ans de prison. À l’échelle internationale, les mouvements sociaux et contestataires cherchant à s’organiser contre des régimes réactionnaires et anti démocratiques au service de l’impérialisme se multiplient, et font face à de plus en plus de répression. La censure des médias indépendants en Algérie est significative de la crise du pouvoir, qui ne tient plus que par sa police, face à une colère générale contre le système qui cherche à s’organiser. Tout comme nous dénonçons en France la loi sécurité globale qui porte atteinte aux droits démocratiques, nous devons dénoncer toute censure de la presse algérienne, ainsi que toutes les arrestations de militants pour des publications sur les réseaux sociaux et de journalistes qui couvrent les événements et portent la voix des manifestants.




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