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Escalade guerrière

Nouvelle escalade du conflit en Ukraine : plusieurs villes ukrainiennes bombardées

Le bombardement de plusieurs villes ukrainiennes ainsi que de Kiev pourrait signifier une escalade massive de la guerre après 8 mois de conflit.

Wolfgang Mandelbaum

10 octobre 2022

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Ce matin à l’aube, des explosions ont retenti dans plusieurs villes ukrainiennes. Pour la première fois depuis juin, l’armée russe a bombardé les villes de Kiev et Lviv ; des quartiers résidentiels ont été touchés, et plusieurs victimes civiles ont été dénombrées. Dans le reste du pays, des infrastructures énergétiques ont été visées, et une partie du pays est coupée du réseau électrique et de distribution d’eau. Ces bombardements interviennent deux jours seulement après la destruction du pont du détroit de Kertch, qui relie la Crimée au continent, un revers majeur pour la Russie.

Des missiles de croisières auraient été utilisés pour mener à bien ces attaques. L’armée ukrainienne affirme avoir abattu la plupart des missiles et des drones avant qu’ils ne touchent le sol, mais les habitants de Kiev, épargnés par la guerre depuis plusieurs mois, ont été pris aux dépourvus. Les images vidéo qui nous parviennent montrent que les missiles ont touché sans discrimination des routes, des habitations et un parc du centre-ville. Un bilan provisoire fait état d’au moins 11 morts, dont 8 à Kiev.

Le président Volodomyr Zelenskyy a partagé une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il fait état des zones touchées. Vladimir Poutine s’est quant à lui exprimé peu après, annonçant que les frappes sont une réponse directe aux « attentats terroristes » perpétrées sur le sol russe (comprendre : en Crimée). Pour leur part, les Renseignements Ukrainiens affirment que l’attaque était planifiée depuis le début du mois, soit avant l’explosion du pont de Crimée, dont ils n’ont pas endossé la responsabilité. Poutine a en outre justifié les bombardements par d’autres attentats qui auraient été commis par l’Ukraine et/ou l’OTAN, à savoir les attaques contre les gazoducs Nord Stream et TurkStream ainsi que l’explosion à de la voiture du philosophe russe fasciste et proche du président, Aleksandr Dugin.

Les réactions internationales ne se sont pas faites attendre ; le bloc occidental a condamné les attaques, et plusieurs pays ont accusé la Russie de crimes de guerre. Le président français Emmanuel Macron s’est dit prêt à accroître son assistance à l’Ukraine, notamment par des livraisons d’équipement militaire. La Chine a, pour sa part, appelé à une désescalade du conflit, sans exprimer de condamnation. Le ministre des Affaires étrangères moldave, Nicu Popescu, a dénoncé le survol de leur espace aérien par une partie des missiles qui ont touché l’Ukraine. Certains missiles auraient été tirés depuis le Bélarus, alors que son président-dictateur Lukashenko a annoncé des mouvements de troupes en commun avec la Russie, dans un acte qui annonce une régionalisation du conflit.

Si ces nouvelles attaques semblent avoir pour déclencheur immédiat la destruction partielle du pont de Crimée, elles s’expliquent avant tout par l’escalade du conflit que l’on observe depuis plusieurs semaines. Les troupes russes subissent des revers importants depuis plusieurs semaines sur les lignes de front  ; la stratégie plus défensive adoptée par la Russie depuis cet été ne parait pas porter ses fruits  ; les Ukrainiens ont repris une partie du territoire occupé par la Russie du fait d’une aide technique et militaire massive de l’OTAN, et mènent désormais des attaques sur les territoires « annexés ». Le Kremlin a dû se résigner à impliquer directement la population russe dans la guerre, en annonçant la mobilisation d’une partie des réservistes.
Dans un même temps, Poutine doit faire face à ce que les médias occidentaux décrivent comme une « fronde » de la part de ses alliés, mécontents que celui-ci n’utilise pas toute la puissance de son arsenal pour venir à bout de l’Ukraine. Ramzan Kadyrov, le chef de la république tchétchène, l’a notamment enjoint d’utiliser des missiles nucléaires à faible rendement pour venir à bout des Ukrainiens. Dans la même veine, des commentateurs politiques et des personnalités de la télévision, y compris sur Russia Today, l’ont exhorté a écrasé les Ukrainiens quel qu’en soit le coup. Ces nouvelles attaques, dirigées par le nouveau commandant de l’« opération spéciale » en Ukraine, Sergueï Sourovikine, décrit comme impitoyable, pourraient être une manière pour Poutine de désamorcer ces critiques.

Quel que soit le raisonnement pour expliquer ces frappes, la stratégie du Kremlin n’a probablement pas changé : il est vraisemblable que l’objectif à moyen terme soit d’attendre l’hiver et un enlisement de l’avancée ukrainienne, dans un pays qui en connait des particulièrement rudes. Mais le plus décisif dans le renversement de la dynamique semble être de miser sur une dislocation du bloc européen, déjà extrêmement fragile dans un contexte de pénurie énergétique–qui fait suite à l’embargo sur le gaz et le pétrole russe, conséquence des sanctions de l’UE à l’égard de la Russie. Poutine mise sur une explosion de l’union sacrée des pays européens autour de la politique de sanctions, qui aurait pour résultat une reprise des activités commerciales de certains pays avec la Russie, voire un rapprochement sur la question du conflit ukrainien, comme c’est déjà le cas dans certains pays d’Europe de l’Est et des Balkans, avec au premier titre la Hongrie et la Serbie.

Reste à voir si les bombardements qu’a subi l’Ukraine aujourd’hui sont un événement isolé, ou si d’autres actions de ce type auront lieu en automne. Les exactions commises contre les civils, habituellement menées pour démoraliser la population et déstabiliser les gouvernements, ont déjà montré leur inefficacité, la politique de défense de la patrie à tout prix menée par Zelenskyy ayant été en grande partie acceptée par les Ukrainiens. Cependant, la destruction d’infrastructures énergétiques et de communication, qui sont un des nerfs de la guerre, pourraient s’avérer déterminante dans le renversement de la dynamique. Si l’armée russe a été en mesure de toucher des cibles aussi cruciales avec tant de facilité, il n’est pas inconcevable que des attaques contre des objectifs de ce type se multiplient cet automne. L’ensemble de ces attaques rappellent encore une fois le caractère profondément réactionnaire de cette guerre et de son escalade menée par la Russie et l’OTAN.


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