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Notre classe

Pas de bébés à la consigne !

Nouvelle journée de grève dans la petite enfance

Nouvelle journée de grève et de mobilisation conséquente, hier, pour les travailleuses de la petite enfance, vent debout contre Adrien Taquet, le très macroniste secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et des familles.

mercredi 31 mars

Après avoir protesté et débrayé par milliers en mai 2019, en novembre 2020, en janvier et février 2021, à l’appel du collectif Pas de bébé à la consigne - qui rassemble plusieurs syndicats et associations – et à l’appel de tous les syndicats du secteur, les professionnelles de la petite enfance se sont remobilisées, hier, dans toute la France, pour bloquer la réforme présentée par le secrétaire d’État à l’Enfance et aux familles, Adrien Taquet. Le texte menace de dégrader encore davantage les conditions de travail des salariées des crèches et des autres établissements d’accueil, avec des conséquences graves, également, pour les enfants.

Comme nous l’expliquions à l’occasion de la précédente journée de grève et de mobilisation, avec l’excuse de créer de nouvelles places en crèche – qui manquent cruellement en France – le gouvernement entend augmenter le nombre d’enfants à la charge de chaque professionnelle, diminuer l’espace prévu pour chaque bébé et donner aux patrons du secteur la possibilité d’embaucher davantage de personnel sous-payé.

La réforme Taquet, si elle venait à passer, aggraverait encore plus des conditions de travail qui sont déjà dégradées dans un secteur où l’exploitation éhontée est la règle. C’est d’ailleurs ce que pointaient, dans le cortège parisien d’hier, deux grévistes salariées d’une crèche appartenant au groupe Babilou – géant de l’accueil de la petite enfance dont les fondateurs font partie des 300 premières fortunes de France. Elles expliquaient, ainsi, à RévolutionPermanente.fr, que si la réforme menace d’empirer la situation, le nombre d’enfants par professionnelle est déjà trop élevé et est en hausse depuis des années. Dans leur crèche, « c’est du surbooking tout le temps. Dès qu’il y a des enfants absents on les remplace ». La galère du travail à la chaine dont parlent beaucoup de professionnelles de la petite enfance c’est aussi ça : « Paul est absent ? Pas de problème on appelle Margot pour qu’elle le remplace tout suite, sans un seul moment de répit ». Et les deux salariées mobilisées de raconter que pour 24 places dans leur crèche, on compte déjà 27 enfants en liste, avec la possibilité d’en ajouter d’autres pour garantir tous les jours les profits du groupe qui, comme les autres groupes privés, reçoit les financements de la CAF. Par contre, « s’il y a un adulte absent, on ne le remplace pas ». Et cela arrive souvent, car les conditions de travail dégradées entrainent un fort turn-over et des départs fréquents, surtout dans le privé.

C’est ainsi que les équipes se trouvent avec toujours plus de travail. Et toujours moins d’effectifs. Autre exemple, dans une autre crèche parisienne, toujours du secteur privé, mobilisée, hier mardi. Si, jusqu’à il y a quelques années, il y avait 5 professionnelles pour 20 enfants, aujourd’hui elles ne sont que 4 pour 24 : cela préfigure la reforme qui va être approuvée. En outre, expliquent les grévistes de cet établissement, « quand on dit qu’on est 4 pour 23 ou 24 enfants, cela ne veut pas dire qu’on est 4 toute la journée, mais seulement de 11h à 15 h45… alors que la crèche est ouverte de 8h à 19h ! Le reste du temps on est 2 ou 3 ». Résultat : « les conditions se dégradent de plus en plus, on n’a pas le temps de faire du vrai travail avec les enfants. On aime bien de faire des temps d’éveil ou faire des choses qui sortent de l’ordinaire, mais en fait on est prises par le temps. On est dans la surveillance ».

Ce qui s’apparente à un véritable « travail à la chaîne » qui ne connaît aucun répit (pas davantage pendant les vacances scolaires, puisque les groupes privés, comme Babilou, veulent rentabiliser au maximum les places disponibles), est en plus très mal payé : les salaires des travailleuses peuvent varier entre le smic, voire un peu moins, et 1700 euros selon les diplômes. Pas de surprise si le secteur fait face à une « crise de vocations ». Pour l’instant, et même si les professionnelles de la petite enfance ont fait partie de la « première ligne » depuis le début de la crise du Covid, pas question d’augmenter leurs rémunérations : les travailleuses attendent encore le lancement d’un comité filière petite enfance. Le gouvernement, de son côté, préfère dégrader davantage leurs conditions de travail pour faire semblant de vouloir résoudre le problème du manque de places d’accueil au détriment de la vie et de la santé des travailleuses et du bien-être des enfants et en faisant, au passage, un autre cadeau aux patrons.

Face à cette situation la colère ne cesse de monter. La mobilisation, hier, a été plus large et plus diffuse que lors de la précédente journée. On est ainsi passé de 31 manifestations dans toute la France, le 2 février, à 40, ce mardi. La participation à la grève a été, elle aussi, massive, et quand bien même le secteur de la petite enfance est souvent vu comme « peu mobilisé ». Dans plusieurs crèches du XVIII° arrondissement, à Paris, seules les directrices ou responsables étaient présentes et disaient comprendre et soutenir leurs collègues qui débrayaient. A Lyon, sur 400 agents de la ville, 285 étaient en grève, hier. Le nombre de crèches complètement fermées en raison de la grève était aussi très élevé. A Tours, 9 crèches sur 10 ont fermé leurs portes, 14 sur 15 à Amiens, alors que dans certaines ville comme Martigues ou Tremblay-en-France c’est 100% des crèches qui ont fermé. Et la lutte ne semble pas prête de s’arrêter avec la journée de hier, le gouvernement continuant à camper sur ses positions.




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